« Le courage de changer »

PQ - stratégie revue et corrigée

Le Parti québécois a été ramené lundi soir au début des années 70. Le choc est brutal pour le parti fondé par René Lévesque, placé aujourd'hui devant une réalité implacable. S'il ne se redéfinit pas, il pourrait se retrouver lors des prochaines élections au rang de tiers parti, marginalisé. Il y a urgence, car le prochain rendez-vous électoral sera l'ultime chance qu'il aura de retrouver sa place.

Le chef péquiste, André Boisclair, indiquait hier sa volonté d'engager son parti dans une telle réflexion et de tout faire pour qu'il ne sombre pas dans le déni. Dire cela, et le dire aussi rapidement, était la chose à faire, ce qui toutefois ne lui assure pas que les militants le suivront sur cette voie. Au lendemain de la défaite de 2003, ils ont résisté à un tel exercice qui, reconnaissons-le, exige une forte dose d'humilité.
La première question qui viendra à l'esprit portera inévitablement sur le leadership d'André Boisclair. Les militants voudront-ils que ce soit lui qui préside à cette réflexion? Les premiers appels à la démission ont surgi dès hier. Le chef péquiste n'a pas l'intention de les entendre, mais il ne pourra éviter de voir son autorité remise en cause. La personne même du chef et sa relation avec les électeurs ont été un facteur déterminant de ce nouvel échec électoral. Ce n'est toutefois pas par là qu'il faut commencer.
Le coeur de la réflexion des militants doit d'abord porter sur l'essence même du Parti québécois. Pour être souhaitable, la souveraineté n'est à l'évidence pas réalisable, soulignait hier M. Boisclair pour lancer la discussion. Cette constatation, qui est indiscutable en raison des positions constitutionnelles de l'ADQ et du PLQ, avait pourtant été faite par certains au lendemain de la défaite de 2003. En vain!
La liste de ceux qui avaient alors lancé un cri d'alarme est longue. [Le premier à le faire avait été le politologue Jean-Herman Guay->4769]. Devant le Conseil national du PQ, il avait invité les souverainistes à s'ouvrir les yeux sur les causes de la dégringolade de leur parti, qui n'avait rien de conjoncturel ni de subit. Il leur rappelait que ce n'est pas parce qu'un Québécois sur deux se dit souverainiste que cela se traduira par un appui au PQ. Les Québécois se disent catholiques dans une proportion de 83 %, mais les églises sont vides, avait-il rappelé.
Plus tard, les trois jeunes députés péquistes qui avaient entrepris un tour du Québec des jeunes, on les avait appelés «les trois mousquetaires», étaient arrivés à des conclusions similaires. Dans leur rapport, ils se disaient «bousculés, choqués et assommés» de constater que la souveraineté du Québec ne correspondait pas aux aspirations de cette génération. Il y eut par la suite le député François Legault qui présenta un manifeste intitulé Le courage de changer, dans lequel il posait un regard cru sur ce qu'était devenu le mouvement souverainiste.
Tous ces regards ont été ignorés, voire sifflés et conspués, comme ce fut le cas pour Raymond Bachand lorsqu'il décida, après des années de militantisme pour la souveraineté, de se joindre au Parti libéral. Les militants péquistes ont plutôt consacré la période de réflexion amorcée sous le nom de «Saison des idées» à trouver la façon d'accélérer le processus d'accession à l'indépendance. Pas un instant ils ne s'arrêtèrent à réfléchir à la pertinence du projet souverainiste qui a pris corps au cours des années 60. Jean-Herman Guay leur avait pourtant souligné que les Québécois, de peuple de locataires qu'ils étaient alors, formaient aujourd'hui l'une des sociétés les plus progressistes de la planète et que les raisins de la colère n'y étaient plus. L'impopularité persistante du gouvernement Charest les convainquit que le pays était à portée de main et ils décidèrent de tenir un référendum le plus tôt possible dans le prochain mandat. Les électeurs leur ont donné tort lundi.
Les militants péquistes pourront vouloir faire porter la responsabilité de l'échec du 26 mars à André Boisclair. Ils pourront lui reprocher, non sans raison, de ne pas avoir su se démarquer comme leader. En revanche, celui-ci pourrait leur rappeler que c'est leur programme, celui adopté en congrès en juin 2005, qu'il a porté durant cette campagne. Pour incarner le changement, il fut réduit à mettre en valeur sa jeunesse et celle de son équipe et à procéder à quelques retouches cosmétiques de l'image du parti.
Avoir le courage de changer est le défi qui se pose aux militants du PQ. Il leur faut se demander, à la lumière du résultat des deux dernières élections, si la formulation de la souveraineté correspond à la réalité d'aujourd'hui. Également, se demander s'il est possible de redéfinir le projet de pays et de remobiliser les Québécois autour de ce rêve. Ce sont là quelques-unes des questions dont les militants péquistes ne peuvent faire l'économie. Elles vont beaucoup loin que de repenser les stratégies de communication, ce qui a été souvent la réaction adoptée. Ce sont des questions déchirantes et les réponses, une fois trouvées, pourront ne pas être faciles à accepter. Leur choix est de faire un nouveau Parti québécois, redéfini sous tous ses angles, ou de s'accrocher au passé en espérant que survienne improbable alignement des planètes.


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