L'enjeu des prochaines élections

Québec - prochaines élections 2007


Le Québec est en mode électoral. Il ne manque plus qu'une date. Mais les machines partisanes sont déjà en marche. Les journalistes s'y préparent. Chaque parole prononcée par Jean Charest et André Boisclair sera désormais évaluée en fonction des chances de chacun de l'emporter.




Le gouvernement sera tenté d'apaiser les appréhensions à son endroit et de répondre favorablement, au cours des prochaines semaines, aux doléances et aux demandes de certains groupes de la société. Il reportera les décisions difficiles. Le Parti québécois fera flèche de tout bois, publiera des bilans catastrophiques de l'ère Charest et voudra se démarquer. M. Boisclair a parlé d'audace. Nous verrons. Les tiers partis chercheront, quant à eux, à se faufiler dans les interstices de ce duel.
Mais quel sera l'enjeu du prochain scrutin québécois ? Sur quoi portera principalement le vote des électeurs ? Qu'est-ce qui les incitera à militer pour un parti, à lire leurs programmes, à suivre les débats télévisés, à consacrer une heure de leur temps pour exercer leur droit de vote ? Quelle est donc la question que se pose le pays ?
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La lecture du programme du Parti québécois inciterait à croire que les prochaines élections porteront sur la souveraineté du Québec. Le PQ promet en effet un référendum le plus tôt possible dans le mandat. Le parti offre un programme de pays.
Jean Charest a pour sa part adopté une attitude, sinon une stratégie, pour confiner le Parti québécois dans le rôle d'un parti obsédé par la question nationale.
Pour y parvenir, il cherche à occuper le terrain d'un certain nombre d'enjeux-clés pour l'avenir du Québec qu'André Boisclair aurait pu adopter comme thèmes électoraux, notamment l'éducation, pour laquelle le gouvernement se découvre un nouvel intérêt, le développement durable, les régions, les énergies renouvelables, la culture, l'immigration, la présence du Québec à l'étranger. M. Charest s'est même approprié le concept de souveraineté parlant de sa volonté de favoriser l'occupation de l'ensemble du territoire québécois.

Pour éviter d'être identifié à une seule idée, celle de la souveraineté, André Boisclair n'aura d'autre choix que de bâtir, sur toutes ces questions, un programme solide. C'est ce qu'il est en train de faire tout en travaillant à la réconciliation au sein de son parti après une course au leadership déchirante.
Mais sur aucun de ces sujets, le PQ ne pourra reprocher au gouvernement de Jean Charest de n'avoir rien à proposer. Sauf sur des modalités, l'opposition a du mal à pourfendre les plus récentes politiques libérales. En outre, les mouvements sociaux conservent du gouvernement péquiste qui a précédé, une image mitigée. Malgré leurs critiques virulentes à l'endroit de Jean Charest, tous sont loin d'être convaincus que le PQ ferait mieux que les libéraux sur cet ensemble de questions.
Les auteurs du manifeste Pour un Québec lucide ont contribué également à semer le doute sur les capacités du Parti québécois et de son nouveau chef à faire mieux. En outre, deux anciens premiers ministres péquistes, Lucien Bouchard et Pierre Marc Johnson, collaborent volontiers avec le gouvernement.
Ni le développement durable, ni celui des régions, ni l'éducation, ni l'immigration ne pourront être les enjeux de la prochaine campagne électorale pour la bonne et simple raison que tout le monde en parlera abondamment dans des termes semblables, les campagnes électorales fortement médiatisées n'étant pas propices à l'expression des nuances qui permettraient de départager les deux principaux partis. La santé non plus ne sera pas un sujet déterminant, maintenant que Philippe Couillard a éloigné de nous le spectre de la privatisation du système de soins.
Dans ce contexte, la souveraineté deviendra-t-elle l'enjeu principal des prochaines élections ? Rien n'est moins sûr. La montée des conservateurs au fédéral et le recul du Bloc, la baisse de l'appui à la souveraineté dans les sondages au cours des six derniers mois, sont de nature à inciter les dirigeants péquistes à une certaine prudence. En fait, on ne sait pas comment André Boisclair va jouer cette carte. Croit-il suffisamment dans la force mobilisatrice de cette idée pour en faire le thème principal voire unique de sa campagne ? La décision lui appartient.
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Même si André Boisclair en faisait le thème unique de sa campagne, la question que se pose le pays est-elle celle de son statut constitutionnel ? L'enjeu demeure structurant de l'univers partisan. Et si ce sujet n'est pas celui des conversations dans les autobus, aux tribunes téléphoniques ou à la pause-café, il se peut qu'un leader talentueux l'impose comme l'un des moyens à notre disposition pour affronter d'autres problèmes.
Mais depuis quelque temps, plusieurs acteurs de la société ont évoqué un certain immobilisme. Les investissements privés sont en baisse. Certaines industries liées à l'exploitation des matières premières sont en difficulté, nommément celle de la forêt. Des problèmes sociaux graves subsistent. Les inégalités s'accroissent. L'individualisme gagne du terrain. Le dialogue est difficile. Bien que les raisons d'espérer soient nombreuses, il semble qu'une certaine morosité se soit emparée du Québec, que chaque individu combat à sa façon.
S'il y avait un enjeu à la prochaine campagne électorale, il me semble que ce serait celui-ci : comment le Québec pourra-t-il sortir de cette forme de torpeur, redécouvrir ses forces et retrouver le goût de l'avenir ? Qui, quel chef, quel parti, saura le mieux mobiliser, ou remobiliser, tous les secteurs de la société vers quelques buts essentiels ?
Qui, parmi les chefs en lice, inspire le plus confiance pour cette tâche de rassembler et de faire agir, en donnant le meilleur d'eux-mêmes, les Québécois et Québécoises de tous horizons ?
michel.venne@inm.qc.ca

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Michel Venne35 articles

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Directeur général Institut du Nouveau Monde

Michel Venne est le fondateur et le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde. Il est le directeur de L’annuaire du Québec, publié chaque année aux Éditions Fides. Il prononce de nombreuses conférences et est l’auteur de nombreux articles scientifiques. Il est membre du Chantier sur la démocratie à la Ville de Montréal, membre du comité scientifique sur l’appréciation de la performance du système de santé créé par le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, membre du conseil d’orientation du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques favorables à la santé, membre du conseil d’orientation du projet de recherche conjoint Queen’s-UQAM sur l’ethnicité et la gouvernance démocratique.





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