Dans l'oeil du citoyen

Mardi, rien ne sera réglé

Élection Québec 2012


Il ne s’agit pas de dire que les élections ne servent à rien. Bien au contraire. Les partis ne sont pas tous équivalents. Le 4 septembre, nous choisirons des priorités à mettre en oeuvre, mais surtout un style de gouverne.
Toutefois, rien ne sera complètement réglé mardi.
Si le gouvernement est minoritaire, il va de soi que les volontés du parti au pouvoir peuvent être bloquées par ses adversaires. Pour le Parti québécois, cela veut dire mettre une croix sur le référendum, la charte de la laïcité ou l’annulation de la hausse des droits de scolarité. Si c’est la Coalition avenir Québec, oubliez l’abolition des commissions scolaires ou l’obligation pour les médecins de famille de se tuer à la tâche sous le fouet de Gaétan Barrette.
Même s’il est majoritaire, le gouvernement aura pris le pouvoir avec le soutien d’à peine le tiers des suffrages exprimés. Deux électeurs sur trois auront voté contre lui. Pour engager des réformes durables, il devra convaincre encore la population et les groupes concernés du bien-fondé de ses choix. Un gouvernement ne peut jamais réformer seul. Il a besoin de l’appui de la société pour que les changements soient suivis de résultats.
Dans un cas comme dans l’autre, le gouvernement va devoir discuter, consulter, réfléchir avec la population afin de faire émerger, au-delà de l’Assemblée nationale, des consensus suffisamment forts pour transcender la logique électorale.
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Le premier défi à se présenter concernera évidemment l’issue du conflit étudiant. Si Pauline Marois formait un gouvernement majoritaire, elle pourrait certes annuler la hausse des droits de scolarité, mais elle a promis un Sommet sur l’enseignement supérieur dont l’issue sera déterminante pour la paix sociale, mais surtout pour l’avenir de nos universités.
Je note qu’au cours des derniers jours, François Legault et Jean Charest ont manifesté quelque ouverture à un certain dialogue sur cet enjeu s’ils sont élus. Le dialogue sera incontournable, sinon la rue reprendra ses droits.
La tâche ne sera pas facile et je doute qu’un sommet de deux jours soit suffisant pour accomplir de réels progrès. Ce sommet pourrait lancer une démarche, comme en 1996, après le premier sommet convoqué par Lucien Bouchard, qui fut suivi de la création de groupes de travail dont les recommandations ont été discutées lors d’un deuxième rendez-vous, l’automne suivant. Cette démarche avait conduit au déficit zéro, mais aussi à la création des centres de la petite enfance et du chantier de l’économie sociale.
Il faudra envisager un engagement du même ordre de la part du gouvernement et des parties prenantes. Pour bien faire, il faut inclure les citoyens, les consulter eux aussi. Le conflit étudiant a déchiré la société, il n’a pas seulement divisé l’élite politique et administrative. Il faut donc aller dans la société pour retrouver une paix qui s’appuie sur des valeurs partagées.
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Le gouvernement devra appliquer la même logique à d’autres enjeux majeurs. Le Plan Nord (qui subsistera, même si c’est sous un autre nom) ne sera un succès que si on implique davantage les citoyens de l’ensemble du territoire québécois. Nous avons certainement besoin d’une nouvelle politique énergétique pour laquelle les arbitrages devront s’appuyer sur un large débat public. Les changements de structures en éducation proposés par la CAQ nécessiteraient aussi des négociations qui iront bien au-delà des processus administratifs.
La démocratie a changé. L’élection est un dispositif commode pour désigner les gouvernants. Mais ceux-ci n’ont plus le choix, dans une société fragmentée, pluraliste et scolarisée, d’inclure dans la prise de décisions, entre les élections, des processus reconnus de participation citoyenne.
Les élections du 4 septembre indiquent aussi que le bipartisme ne sied plus guère à la société québécoise, notamment dans le contexte où, bien que toujours importante, la question nationale n’est plus autant qu’elle le fut le principal facteur structurant de la vie politique. Ce multipartisme de fait va exiger également des changements dans le mode de scrutin. L’Assemblée nationale doit devenir plus représentative de la diversité qui est la nôtre. Voilà un autre sujet dont un gouvernement responsable voudra débattre avec les citoyens.
N’oubliez pas d’aller voter.
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Michel Venne35 articles

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Directeur général Institut du Nouveau Monde

Michel Venne est le fondateur et le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde. Il est le directeur de L’annuaire du Québec, publié chaque année aux Éditions Fides. Il prononce de nombreuses conférences et est l’auteur de nombreux articles scientifiques. Il est membre du Chantier sur la démocratie à la Ville de Montréal, membre du comité scientifique sur l’appréciation de la performance du système de santé créé par le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, membre du conseil d’orientation du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques favorables à la santé, membre du conseil d’orientation du projet de recherche conjoint Queen’s-UQAM sur l’ethnicité et la gouvernance démocratique.





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