Guy Bertrand confesse: «J'ai dérapé»

Souverainiste un jour, fédéraliste le lendemain, il dit aujourd'hui avoir connu six années d'errance

Québec - prochaines élections 2007


Québec - L'avocat Guy Bertrand, un des fondateurs du Parti québécois qui s'est récemment lancé dans une bataille pour créer une Équipe Québec de hockey qui participerait au Championnat mondial du hockey de 2008 à Québec, a qualifié hier de «grand dérapage» sa période fédéraliste, qui a duré de 1996 à 2002. Il rencontre la presse ce matin dans la capitale au sujet d'une rencontre qu'il aura bientôt avec Hockey Canada pour discuter d'une nouvelle requête visant la création d'une telle équipe.
Selon lui, «le Québec est une nation» et devrait avoir sa propre équipe de hockey. À propos de l'époque où il était président du mouvement ultrafédéraliste «Citoyens de la nation» - la nation étant le Canada à l'époque -, il a eu ces commentaires: «Vous savez, dans la vie, on peut perdre le contrôle de sa voiture à un moment donné. Je conduisais trop vite à l'époque.» M. Bertrand juge qu'il n'a jamais pu expliquer les raisons profondes qui ont mené à sa volte-face idéologique au lendemain du référendum de 1995. «Je vais m'expliquer, il y a un livre qui va paraître», a-t-il dit. L'auteur Jacques Beaulieu travaille en effet en ce moment sur une biographie autorisée du personnage pour laquelle trois éditeurs ont manifesté de l'intérêt, a précisé l'avocat.
En 1995, tout a commencé par une blessure d'amour-propre. Avant le référendum, il avait tenté de «prévenir» le chef du Parti québécois d'alors, Jacques Parizeau, que sa démarche d'accession à la souveraineté était illégale. «J'ai demandé à le voir et il a refusé. [...] Je me suis dit: "D'accord, tu ne veux pas me voir, alors on va se voir devant les tribunaux." Et effectivement, j'avais raison: [le tribunal a statué qu']autant sur le plan interne que dans le droit externe, l'indépendance unilatérale n'est ni constitutionnelle ni légale, sauf dans des conditions de décolonisation ou autrement.» Aujourd'hui encore, il trouve que cela a été une «contribution importante au débat public». Mais tout a dérapé par la suite.
À ses dires, c'est son esprit d'avocat qui l'a alors emporté sur ses idées souverainistes. Il en est venu à s'identifier à son «client»: «Si vous venez me voir pour vous défendre [...], je vais épouser votre cause et je vais dire en cour: "Nous faisons ci, nous faisons ça."» À un moment donné, «les arguments que j'invoquais étaient ceux des adversaires de la cause de la souveraineté, que j'ai défendus comme un avocat le fait et qui ont collé à ma peau comme si c'était mes propres arguments». Or, dans son for intérieur, il savait qu'il errait, raconte-t-il: «Quand je me couchais le soir, je n'étais pas bien dans ma peau.» Il considère que ce fut une des périodes les plus difficiles de sa vie: «J'ai été transporté dans le Canada anglais. Ici, on m'a craché dessus, traité de traître.»
Depuis 2002 toutefois, l'avocat est «revenu à [ce qu'il était] autrefois [c'est-à-dire un indépendantiste], mais pas de la même manière», a-t-il précisé. Sa croisade pour Équipe Québec, cause à laquelle il dit croire «depuis 30 ans», est une façon de le démontrer, car «les mêmes arguments sont invoqués». Certes, Équipe Québec, c'est une petite cause, mais «si tu ne triomphes pas dans les petites causes, tu ne réussiras jamais dans les grandes».
Du reste, le ministre du Sport, Jean-Marc Fournier, a déjà rejeté l'idée de M. Bertrand. Ce dernier se désole de «ce manque de volonté». «Ça devrait être Charest qui porte ça. On a un sondage extrêmement favorable. Il est temps qu'on agisse.» L'avocat compte se rendre bientôt en Écosse et au Pays de Galles pour voir comment ces nations non souveraines ont réussi à obtenir des équipes distinctes du Royaume-Uni lors des rencontres internationales


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