Au sujet de Michael Ignatieff...

Quelle fatuité!

2006 textes seuls


Doctus cum libro , docteur dans les livres, imbu d'une science d'emprunt qui se gausse de mots pour les mots et donne aux mots une autorité qu'ils n'ont pas, science de cuistre, de demi-instruits imbus d'eux-mêmes. La véritable science est humble et complètement dans le discernement entre opinions et certitudes, entre universaux, opposés aux perceptions fondées sur l'affect.

Ce discernement est inexistant chez les cuistres et les savantasses, experts en pelletage de nuages et qui pullulent dans le monde actuel. N'allez pas le dire au savantasse Michael Ignatieff, un de ces individus bardés de diplômes qui connaissent tout sauf l'essentiel.

Toute certitude concernant le statut d'une collectivité se fonde sur les continuités qui ont fait leurs preuves pendant plusieurs siècles. Le Québec résulte d'un investissement de quatre siècles par la population initiale de colons, qui ont défriché dans ce coin d'Amérique du nord un des territoires les plus rudes de toute la terre, territoire dont le climat ne permet qu'une seule récolte par année, marqué par les glaciations du Quaternaire, recouvert de moraines, de sables et d'argiles, difficile, extrêmement difficile à défricher, ouvrir, développer et mettre en valeur.

Ce travail, les premiers colons, leurs descendants et les rares alliés qui sont venus les joindre, l'ont poursuivi pendant maintenant quatre siècles. Ce territoire mis en valeur, les premiers Habitants et les générations qui ont suivi ont contribué lourdement à le défendre, d'abord sous l'Ancien régime, puis sous le régime anglais et finalement sous le régime des Orangemen et United Empire Loyalists, qui ont fondé leur pouvoir et leur fortune sur la construction des canaux et des chemins de fer, sans lesquels ce que nous appelons communément Canada n'existerait pas et qui ont aménagé à Ottawa une capitale arbitraire au service d'une oligarchie et d'une autocratie dont nous faisons tous les frais aujourd'hui, Québécois et citoyens des autres provinces.

Sans les contributions obligées des Québécois, ni les canaux ni les chemins de fer ni l'oligarchie de Bay Street ni l'autocratie d'Ottawa ne seraient venus à l'existence. La propagande se charge depuis longtemps de l'ignorer ou de nous le faire oublier. Les politiciens de service, tels P.E. Trudeau et la menace Ignatieff, se sont chargés et vont se charger de nous traiter "comme les autres", expression prolixe qui se passe de définitions et par conséquent d'obligations mais qui exerce une énorme emprise sur les populations qui ont perdu leur jugement critique.

Ces réalités simples, P.E. Trudeau, l'homme au service de l'oligarchie et de l'autocratie orangiste, loyaliste et unitaire, a pris soin de l'ignorer, jusqu'à proférer des menaces contre quiconque oserait attirer l'attention sur le fait qu'Ottawa est un pouvoir illégitime, autocratique et unitaire et qu'au contraire, ce sont le Québec et les autres provinces qui possèdent de facto le statut d'États naturels et optimaux, potentiellement plus efficaces que l'État central si on veut d'abord se décider à les reconnaître pour ce qu'elles sont réellement et les laisser faire.
Or, M. Michael Ignatieff, le savantasse, l'homme nouveau au service de l'oligarchie unitaire que Trudeau avait protégée, se prépare à prendre la relève. Tout ce qui va s'opposer à ses projets est déjà illégal, farfelu et voué aux orties. Avec lui, la guerre que livre le Québec pour conserver les statuts naturels acquis au prix d'un travail considérable reprend de plus belle. Comme P.E. Trudeau, l'autre intellectuel qui pelletait des nuages pour le beau et grand Canada, M. Ignatieff n'hésite pas à recourir à la force pour imposer ses idées. Quelle suffisance et quelle fatuité dangereuse si ce monsieur parvient à accéder au pouvoir, aidé par l'argent de Bay Street.

Le Québec est reconnu depuis longtemps. C'est pourquoi l'oligarchie de Bay Street que sert M. Ignatieff et que servait P.E. Trudeau, fait des pieds et des mains réduire l'État du Québec et l'inféoder à perpétuité. Que cette politique soit casus belli en partant n'a aucune espèce d'importance pour ces gens qui veulent le pouvoir pour le pouvoir et l'argent pour l'argent. Pas question pour eux de reconnaître les facteurs naturels qui influencent en permanence le statut des États comme tels. La propagande fait tout ce qu'elle peut pour fausser les perceptions géopolitiques en conséquence.

Dès l'automne 1759, après la bataille des Plaines d'Abraham, les Anglais l'ont reconnu, ce qui veut dire qu'ils n'avaient pas d'autre choix que reconnaître le travail accompli par les colons et d'en tenir compte. Voyez l'acte de capitulation proposé par Ramezay. C'est lui qui en a dicté les conditions et les articles et les Anglais ont accepté tout de suite. Ces conditions ont été signées dès le 18 septembre 1759, à huit heures du matin, non par faveur ni affection mais parce que le travail acharné des colons pendant les 150 années précédentes était présent sur place, nécessaire aux Anglais pour assurer leur propre survie sur ce territoire impraticable. Le travail de mise en valeur des 150 années précédentes était reconnu et devenu dès les débuts de la présence anglaise à Québec un capital qui rapporte. Car le capital, c'est d'abord l'investissement et le travail continu et soutenu pendant longtemps. Les Anglais ne pouvaient faire autrement qu'agir en conséquence, qu'ils nous aiment ou pas. La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, non de faveurs ou d'affection.

Le 13 septembre 1759 marque la fin de la Nouvelle France, et le commencement de l'État du Québec, dont les assises étaient en place, ayant été construites et aménagées au cours d'un siècle et demi par les colons eux-mêmes, leur travail continu et leurs efforts pour défendre le territoire conquis par quatir(voir NOTE), par l'investissement continu que personne ne pouvait nier.

Voyez les termes du message qu'envoyait le général anglais George Townwshend à Pitt le 20 septembre
1759, pour lui demander de faire approuver au plus tôt les termes de la reddition. Ces termes sont basés sur les nécessités qui n'ont pas de loi. Entre autres, il faut retenir les phrases suivantes:

"Considérant l'ennemi qui se rassemble derrière nous, (Lévis et Vaudreuil préparaient la bataille de Sainte Foy qui aura lieu le printemps suivant), et ce qui est beaucoup plus grave, la saison pluvieuse et froide qui menaçait nos troupes de maladie et notre flotte d'accidents, je me flatte que Sa Majesté approuvera les conditions que nous avons accordées. Les routes sont dans un tel état que pendant quelque temps, nous n'avons pu transporter
un seul canon, et si nous ajoutons à ce qui précède, l'avantage d'entrer dans une ville encore protégée par des murs et d'y maintenir une garnison assez forte pour prévenir toute surprise, ces considérations paraîtront suffisantes, si, je crois. pour accorder les conditions de capitulation que j'ai l'honneur de vous transmettre".
On voit que la politique est dictée par les considérations concrètes, non par les émotions, sentiments ou ressentiments.

Les Anglais sont mal pris. Leur Amérique Britannique du Nord est en mauvaise posture et va le rester. Elle survivra grâce à une géographie difficile et grâce à nos contributions obligées jusqu'à ce que Orangemen et Loyalistes aient constitué leur propre capital, avec le travail et la misère des autres. N'étant pas en position de nous dicter une ligne de conduite, les Anglais, en partant, doivent accepter les conditions qui leur sont proposées, comme si les vainqueurs, c'était nous. Ce contexte va se perpétuer pendant les deux siècles et demi qui suivront, jusqu'à nos jours, mais la propagande et la politique centralisatrice se chargeront bien de l'ignorer.

Et Michael Ignatieff tentera de faire fortune en poursuivant contre nous la croisade entreprise par Loyalistes et Orangistes pour nous fossiliser et nous noyer dans un grand tout glauque et indifférencié, où la prolixité tient lieu de pensée informée et critique.

Accepte qui voudra. Je refuse et je nous défends.

René Marcel Sauvé, géographe, auteur de
_ Géopolitique et avenir du Québec.


NOTE
Monsieur Frappier,

J'ai rédigé le texte sur Michael Ignatieff un peu trop vite, sous le coup de l'émotion et j'y vois plusieurs coquilles que j'aurais pu éviter.

Dixième paragraphe quatrième ligne, j'ai employé un terme que j'aurais dû expliciter: quatir, non quatier.

Conquête par quatir est un vieux mot français qui a donné naissance au terme squatteur. Il veut dire conquérir par le travail, suivant le principe reconnu que la terre appartient à qui la laboure. Le terme est apparu après la grande peste bubonique du treizième Siècle, qui a décimé la population de la France. Les fermes et les entreprises avaient souvent perdu tout leur monde, propriétaires et ouvrier et personne ne venaient les réclamer.

C'est alors que ceux qui y sont entrés et ont rétabli des activités laissées en plan une nouvelle dynamique, ceci par leur initiative, non par l'action organisée d'un État incapable d'un tel exercice. Ils ont fini par se faire reconnaître possédants de plein droit, après plusieurs années d'investissement des lieux par leur travail et leur mise en valeur. D'où le terme conquête par quatir, et son substantif squatteur.

En défrichant et mettant en valeur une terra nullia impraticable, les colons de Nouvelle France acquéraient par le fait même les droits et privilèges de squatters, conquérants par quatir du territoire qu'ils ont occupé et conquis par leur travail acharné pendant 150 ans sous l'ancien Régime et bientôt 250 années additionnelles depuis l'invasion anglaise. Ce statut de possédant de fait et de droit par le travail et l'investissement est reconnu presque partout dans le monde. L'essentiel, c'est de savoir en exposer les faits, ce que beaucoup de Québécois ne savent pas faire.

J'ai été horrifié de lire dans le dernier livre de Pierre Godin: René Lévesque, l'homme brisé, que Louise Beaudoin a tenté en vain de convaincre les membres du Parti Québécois élus à Québec de se rendre aux États Unis et faire les représentations nécessaires à la défense du statut de Nation et d'État du Québec. Personne n'a voulu entreprendre cette tâche.

Et pourtant, elle était simple et consistait à exposer aux Américains, surtout dans les États, que le Québec est le foyer national d'un peuple et l'assise de son État naturel et optimal et qu'Ottawa est un État artificiel, arbitraire et unitaire, voué aux intérêts de l'oligarchie orangiste et loyaliste. Je l'ai fait moi-même dans un exposé aux Potsdam Conferences on Ethnicity organisé par l'Université de New York. Je n'ai eu aucune difficulté à me faire comprendre.

À la question: What does Quebec want? La réponse que j'ai donnée est: Statehood, de jure as well as de facto. J'ai expliqué ma réponse dans les termes géopolitiques relatifs aux (conquêtes par quatir} et tout le monde présent a compris. Les Américains instruits savent ce que veulent dire ces termes.

Voilà pourquoi je cherche encore à ré-introduire ce langage, alors que les termes idéologiques ont perdu tout leur sens.

Salutations

René Marcel Sauvé

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René Marcel Sauvé217 articles

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J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





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