Parler clairement

Québec 2007 - Parti Québécois

L'adoption d'une démarche accélérée vers l'indépendance a fait l'objet d'un débat d'une rare intensité au sein du Parti québécois ces dernières années. Plusieurs militants voulaient que la présente élection serve à enclencher le processus d'accession à la souveraineté du Québec. À la place, nous avons une campagne électorale on ne peut plus classique. L'enjeu du scrutin du 26 mars est l'élection d'un gouvernement capable de s'attaquer aux problèmes de santé, d'environnement et d'éducation.

Le Québec étant le Québec, on ne pourra éviter la question de la souveraineté. Les libéraux, pour qui c'est une des seules façons de mettre les péquistes sur la défensive, sont déjà sur le mode attaque. Ils seront toutefois forcés de s'avancer prudemment sur ce terrain, car ils ont tout de même besoin, compte tenu de la fragmentation probable du vote aux élections, d'obtenir l'appui d'une partie de l'électorat souverainiste pour être réélus. Tout près d'un Québécois sur deux favorise la souveraineté, un projet dont M. Charest a d'ailleurs reconnu l'an dernier qu'il était viable.
Pour attaquer le Parti québécois sur ce plan, Jean Charest ne dispose que de deux arguments. Le premier est l'attentisme des Québécois, qui disent à travers les sondages ne pas vouloir de nouveau référendum. Puis il y a le flou artistique entourant la démarche référendaire inscrite au programme péquiste. La formule «tenir un référendum le plus tôt possible à l'intérieur du prochain mandat» peut de fait être interprétée de bien des façons, même si on sait qu'elle laisse à un éventuel gouvernement péquiste toute la marge de manoeuvre nécessaire pour se délier d'un tel engagement.
Obtenir une renonciation à tenir un référendum dans le prochain mandat, comme le demanderont les libéraux, sera impossible. André Boisclair a besoin de préserver un certain flou pour composer avec les diverses tendances au sein de son parti. Si certains souverainistes seraient d'accord pour dire clairement que la tenue d'un référendum n'est pas une priorité à ce moment-ci, d'autres verraient une telle déclaration comme un crime de lèse-majesté et décideraient de rester en marge de la présente campagne. C'est à ceux-là que s'adressait jeudi soir l'ancien chef Jacques Parizeau en invitant tous les souverainistes qui ont pu être déçus à un moment ou l'autre de ne pas abandonner leur parti.
Depuis qu'il a posé sa candidature à la direction du Parti québécois, André Boisclair a entretenu ce flou pour ne pas heurter personne. Maintenant que nous sommes en campagne électorale, il se doit de préciser son interprétation des mots «le plus tôt possible». On peut croire qu'il agirait prudemment, tout comme l'ont fait Lucien Bouchard et Bernard Landry, mais cela irait mieux en le disant, surtout que sa tentative des derniers jours de parler de consultation populaire plutôt que de référendum n'a fait qu'ajouter au flou et suscité des interrogations inutiles. L'adoption de la plateforme électorale péquiste aujourd'hui serait le bon moment pour adopter une position claire. Jean Charest ne sera jamais satisfait, mais les électeurs seront à même de mieux comprendre la démarche souverainiste et de mieux juger la capacité du chef péquiste à assumer ses responsabilités.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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