Le choix du <i>Devoir</i> - Le Parti québécois

Après une campagne éprouvante, le Québec aura d'abord besoin de refaire ses forces et son unité. L'indépendance, ne l'oublions pas, n'est pas une question de temps mais de volonté collective. Ce projet, s'il se réalise, doit être celui d'une forte majorité de Québécois.

Québec 2007 - Parti Québécois

La campagne électorale qui prend fin, pour peu inspirante qu'elle ait été, aura permis de faire ressortir les forces et les faiblesses des trois partis de tête dans la course. Parmi ceux-ci, nous devons choisir celui qui sera le plus en mesure d'exercer le pouvoir et qui le fera de la façon la plus responsable possible. D'emblée, nous écartons l'Action démocratique. Ce parti n'est pas prêt. Restent le Parti québécois et le Parti libéral. Entre les deux, notre préférence va au premier.

Le premier ministre Jean Charest a ouvert cette campagne électorale en demandant aux Québécois de le reporter au pouvoir pour qu'il puisse mener son oeuvre à terme. En un mot, il s'agirait de continuité, ce qui signifie la poursuite de la réalisation des grands axes du programme présenté aux élections de 2003 avec l'équipe qui l'accompagne depuis, quelques personnalités de prestige en plus et d'autres en moins.
Le Parti québécois, pour sa part, s'est présenté en misant sur l'idée du renouveau: renouveau par rapport au gouvernement sortant et renouveau par rapport à l'«ancien» Parti québécois.
Le fardeau de la preuve, dans cette campagne, appartenait au Parti libéral. Son bilan s'est avéré à la fois sa force et son talon d'Achille. Ce premier mandat, les libéraux l'ont terminé sur une note positive. Il faut leur donner de bons points pour le contrôle exercé sur les finances publiques, le règlement du dossier de l'équité salariale et la mise en place du programme de congés parentaux. Il faut dire qu'ils ont bénéficié d'un climat économique favorable dans l'ensemble, et l'arrivée du Parti conservateur à la tête du gouvernement fédéral leur aura facilité la vie.
Côté négatif, leur gestion du système de soins de santé s'est révélée comme étant un boulet. En ce domaine, ils avaient beaucoup promis, beaucoup plus qu'ils ne pouvaient en faire, car les solutions miracle n'existent pas. Le ministre Philippe Couillard a bien travaillé, mais il n'a pas toujours eu l'appui qu'il aurait fallu de la part de son gouvernement. S'il est vrai que les pénuries de médecins et d'infirmières constituent un obstacle insurmontable à court terme, on aurait tout de même pu faire mieux en injectant les centaines de millions de dollars qui avaient été promises.
Le cas de l'hôpital Pierre-Boucher illustre bien cela. Quatre salles d'opération neuves viennent d'y être ajoutées, mais elles ne pourront pas être utilisées avant 2008, comme le révélait Le Devoir il y a deux semaines. La cause: le plan d'effectifs médicaux ne prévoit l'embauche d'aucun anesthésiste, non par manque de candidats mais par manque de budget. Lorsqu'on voit le premier ministre promettre en fin de campagne des baisses d'impôt de 700 millions en puisant dans les montants de péréquation supplémentaires reçus d'Ottawa, on ne peut que se demander pourquoi on n'a pas utilisé cet argent pour ouvrir ces salles d'opération. Ce choix ne peut que soulever des questions au sujet des véritables priorités du Parti libéral. Son programme, inspiré par le clientélisme électoral, est à tout pour tous. On n'y retrouve plus la vigueur qu'il avait en 2003.
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En comparaison, le programme du Parti québécois peut être qualifié de volontariste. Cela s'incarne dans plusieurs éléments. Retenons-en deux. D'abord, la réussite en éducation, qui figure en tête de liste de ses priorités même si les Québécois, nous disent les maisons de sondage, veulent que leur gouvernement s'occupe d'abord de santé. Aller ainsi à contre-courant manifeste une volonté politique d'agir et une capacité à définir une vision d'avenir. Le développement économique, culturel et social passe par les écoles, les collèges et les universités. Le savoir est ce qui permettra de gagner la bataille de la compétitivité. C'est le choix qu'a fait l'Ontario ces dernières années.
Les politiques péquistes en environnement sont un autre exemple. Outre le fait d'établir des cibles précises de réduction des émissions de gaz à effet de serre, un gouvernement dirigé par André Boisclair chercherait à réduire la dépendance du Québec au pétrole, ce qui ouvre la voie à la recherche de nouvelles technologies vertes prometteuses et génératrices de développement économique.
Ce volontarisme est ce qui a caractérisé les gouvernements passés du Parti québécois et ce qui a permis au Québec de progresser. Rappelons que la paternité de l'une des réalisations dont s'enorgueillit le plus le gouvernement Charest, le programme de congés parentaux, appartient au PQ. D'ailleurs, tous les fondements de la politique familiale que défend aujourd'hui le Parti libéral ont été puisés dans les programmes péquistes.
L'accent mis sur le progrès social dans le programme du Parti québécois et cet engagement à faire avancer le Québec sont en définitive ce qui nous mène à favoriser l'élection d'un gouvernement dirigé par André Boisclair. L'équipe qui l'entoure comprend des gens d'expérience qui ont assumé d'importantes responsabilités ministérielles. Parmi ceux-ci, mentionnons Louise Harel, François Legault, Diane Lemieux et Agnès Maltais. De nouvelles figures se sont ajoutées, par exemple Pierre Curzi et Guy Lachapelle. Au total, la valeur de l'équipe péquiste se compare à celle du Parti libéral. Quant au chef, André Boisclair, il s'est révélé solide dans cette campagne et a levé plusieurs des doutes que son leadership avait pu susciter parmi les Québécois, y compris au sein de son propre parti.
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Notre appui au Parti québécois doit toutefois s'accompagner de mises en garde. Une première a trait à la gestion des finances publiques. Le volontarisme qu'on apprécie chez les gouvernements péquistes comporte son lot d'effets pervers. Les dérapages financiers en font partie. Ce n'est pas un hasard si le Québec consacre autant d'argent à certains services comparativement à ses voisins, dont le service de la dette, et pas assez à d'autres.
André Boisclair a pris des engagements formels. Il promet une reddition de comptes annuelle, tout particulièrement en ce qui concerne le respect d'un «cadre financier clair, précis, réaliste et transparent». Qu'il sache que s'il est élu, les Québécois ne lui permettront pas de se soustraire à cette promesse.
Notre deuxième mise en garde a trait à la volonté clairement affirmée du Parti québécois de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec. La transparence d'André Boisclair est appréciée. Personne ne pourra lui reprocher d'avoir caché son jeu, le cas échéant. S'il est appelé à former le prochain gouvernement lundi soir, il devra toutefois se demander s'il a la légitimité requise pour engager de nouveau un tel exercice. Ces élections se gagneront à la marge, nous indiquent les sondages d'opinion publique. Quel qu'il soit, le prochain gouvernement ne pourra pas se lancer dans n'importe quelle aventure, y compris dans l'aventure référendaire. Après une campagne éprouvante, le Québec aura d'abord besoin de refaire ses forces et son unité. L'indépendance, ne l'oublions pas, n'est pas une question de temps mais de volonté collective. Ce projet, s'il se réalise, doit être celui d'une forte majorité de Québécois.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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