Écoles privées financées à 100 %

Les musulmans songent à imiter les écoles juives

Écoles privées juives

Le ministre de l'Éducation a accordé en décembre dernier le statut d'«école associée» à cinq écoles privées juives, leur permettant ainsi d'être financées à 100 % par l'État, comme Le Devoir le révélait hier. Une dizaine d'autres pourraient s'ajouter sous peu. La décision a à la fois soulevé un tollé chez ceux qui croient à une école commune laïque et suscité l'envie des autres écoles privées.
«C'est une nouvelle fantastique!», s'est exclamé d'un ton intéressé le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, en réagissant à la décision du ministre de l'Éducation de financer à 100 % des écoles juives. Il y voit une «possibilité à examiner» pour les trois écoles musulmanes privées subventionnées.
«C'est très bon de savoir que l'État est prêt à aider les autres religions. [...] Le ministère va devoir trouver des arrangements avec les autres communautés et faire preuve de la même ouverture face à des demandes similaires», a déclaré M. Elmenyawi.
Il s'est cependant avoué conscient du «backlash» que cela pourrait occasionner: «Le sécularisme extrême voit toute action religieuse comme une menace.»
L'Association des parents catholiques a aussi vu dans le geste du ministre Reid une ouverture à prendre en compte le lien souvent «indissociable» qui unit «la culture, la religion et l'ethnie». «Lorsque les chrétiens québécois présenteront la même demande, pour les mêmes raisons, nous souhaitons qu'ils soient écoutés aussi respectueusement», a fait valoir la présidente de cette association, Jeanne Chevrier, faisant allusion à l'obligation pour le gouvernement de statuer sur les cours de religions à l'école d'ici l'été prochain. Elle souhaite par ailleurs que les écoles catholiques privées puissent profiter des mêmes avantages.
Rien à voir avec la religion
Applaudi par les tenants de l'enseignement religieux et vilipendé par ceux qui favorisent une école commune laïque, le ministre de l'Éducation a quant à lui souligné que sa décision n'avait rien à voir avec la religion.
«Dans le contrat d'association, les activités prévues [entre les commissions scolaires et les écoles juives] ne doivent en aucun cas être confessionnelles», a plaidé Pierre Reid.
«Étant donné les événements qui ont eu lieu [l'incendie de la bibliothèque de l'école juive Talmud Torah] et l'idéal que nous avons de garder un Québec et une ville respectueux de la diversité et de l'harmonie entre les communautés, [...] la demande qui est sur la table depuis dix ans [...] nous est apparue comme une possibilité de passer aux actes de façon extrêmement claire», a justifié le ministre.
M. Reid ne ferme pas la porte à des demandes similaires provenant par exemple de la communauté musulmane si elles sont formulées sur les mêmes bases. «Cela ne veut pas dire qu'elles seraient acceptées tout de suite. Cela a pris dix ans aux écoles juives avant de voir ce statut leur être accordé», a-t-il nuancé.
Sur les ondes de Radio-Canada, le ministre Reid a par ailleurs refusé de confirmer ou d'infirmer des informations voulant que la décision ait été imposée par le cabinet du premier ministre. Une chose est certaine: le gouvernement répond ainsi à un lobby intensif. En effet, une semaine avant l'annonce - discrète - de M. Reid, en décembre dernier, une délégation d'une cinquantaine de représentants de la communauté juive avait rencontré tour à tour sept ministres du gouvernement libéral ainsi que le premier ministre Charest et les deux chefs des partis d'opposition.
Signe d'une volonté gouvernementale, les fonds - qui pourraient s'élever à dix millions de dollars - ne proviendront pas des coffres du ministère de l'Éducation, a révélé le ministre en entrevue au Devoir: «Cela ne vient pas enlever l'argent ni des commissions scolaires ni des écoles privées.»
Ces dix millions font tout de même rougir d'envie les autres écoles privées, qui ont d'ailleurs réclamé une somme identique pour rénover leurs bâtiments vétustes. «Si le ministre nous avait consultés, on aurait sûrement fait valoir qu'il y aurait peut-être d'autres endroits pour investir cette somme», s'est exclamé le directeur des communications de la Fédération des établissements d'enseignement privé du Québec, Auguste Servant.
Tollé
L'argumentation du ministre voulant qu'on «favorise les échanges culturels» ne tient pas la route, ont scandé en choeur ses détracteurs dans un véritable tollé.
«C'est prendre le monde pour des valises», a tonné le président de la Centrale des syndicat du Québec, Réjean Parent, en entrevue au Devoir. «Le vrai message aurait été de mettre un terme au financement public, et surtout pas d'accentuer la ghettoïsation sur une base religieuse», a-t-il lancé, faisant observer que les «mauvaises langues» diront que le gouvernement «prend soin de ses amis».
La présidente de la Coalition pour la déconfessionnalisation du système d'éducation, Louise Laurin, a pour sa part accusé le ministre de faire «par la porte d'en arrière» ce qui est maintenant interdit par la loi. «On n'apprend pas à vivre ensemble en étant séparés en fonction de la religion», a critiqué Mme Laurin, notant que des «échanges culturels» sont possibles sans un tel financement.
Même son de cloche du côté du président du Mouvement laïque du Québec, qui argue que le ministre «donne dans le communautarisme». Le président du MLQ, Daniel Baril, décode ainsi le message lancé: «Développez vos petites écoles à saveur communautaire locales, de préférence religieuses, et vous allez être financés.»


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