Moins de deux ans après, c'est reparti...!

Le court mandat de Jean Charest a été peu fertile en grandes réformes.

En guise de bilan du gouvernement Charest

Les Québécois sont de nouveau conviés aux urnes, après un court mandat où le gouvernement s'est employé à ne pas faire trop de vagues. La stratégie mène le Parti libéral sur la ligne de départ avec l'espoir de former un gouvernement majoritaire. Survol politique des 20 derniers mois.
Il y a de cela un peu moins de 20 mois, le Québec se réveillait surpris de l'élection d'une opposition officielle adéquiste, avec un gouvernement minoritaire libéral élu de justesse. Le chef libéral semblait alors en sursis, le chef péquiste (André Boisclair) gisait sur le pas de la porte et le chef adéquiste, en pleine montée, était encore tout étonné de voir autant de recrues affluer à l'Assemblée nationale.
En ce jour de la marmotte électoral (inspiré du film Groundhog Day), alors que les Québécois sont de nouveau plongés en campagne électorale, le chef libéral est bien en selle avec une image redorée; une nouvelle chef, Pauline Marois, a pris les rênes du Parti québécois et le chef adéquiste a renoué avec des sondages électoraux qui laissent peu d'espoir pour la réélection de plusieurs de ses protégés.
Le court mandat de Jean Charest a été peu fertile en grandes réformes. Le menu législatif n'est pas particulièrement fourni, gouvernement minoritaire oblige. Le ton du gouvernement est souvent réactif: un plan d'action sur l'intégration des immigrants en réponse à la commission Bouchard-Taylor et les préoccupations identitaires qui ont mené à sa création; un bulletin chiffré et une loi sur la gouvernance des commissions scolaires en réaction au discours adéquiste; une dénonciation des coupures du fédéral en culture...
Signe que le gouvernement voulait à tout prix fuir la houle qui l'avait fait tanguer auparavant, le rapport Montmarquette, qui préconisait plusieurs hausses de tarifs des services publics en avril dernier, a été promptement relégué sur les tablettes.
Sitôt élu, le gouvernement Charest a annoncé son Plan sur les infrastructures, en vertu duquel il consacre cette année 12,5 milliards et 13,5 milliards pour les deux années suivantes aux routes, bâtiments publics et autre réseaux d'aqueducs. Ces investissements majeurs, qui semblaient alors découler directement du traumatisme de l'effondrement du viaduc de la Concorde et des demandes de réseaux publics aux bâtiments décrépits, constituent néanmoins aujourd'hui une des pièces maîtresses de la stratégie économique pour résister au vent de récession venu du Sud.
Qui dit infrastructures dit partenariat public-privé. L'Agence des PPP, implantée lors du premier mandat, a fonctionné à plein régime au cours des deux dernières années, pavant la voie à la réalisation de plusieurs projets, tels le prolongement des autoroutes 25 et 30, la construction d'hôpitaux universitaires ou encore de la nouvelle salle de l'OSM.
Le mandat a aussi été traversé par la crise du papier commercial adossé à des actifs (PCAA). La Caisse de dépôt et placement, bas de laine collectif des Québécois, a été particulièrement touchée par l'effondrement du marché des PCAA, dans lequel elle avait investi 15 milliards. Les partis d'opposition alimentent d'ailleurs encore le doute sur la situation financière de la Caisse.
En matière de gestion de crise, le gouvernement a aussi dû réagir aux révélations sur la situation financière chaotique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Québec a allongé quelque 400 millions pour assurer le sauvetage de l'université. Au passage, les règles régissant les opérations financières des institutions financées par l'État ont été resserrées, et un projet de loi sur la gouvernance des universités et des cégeps meurt au feuilleton avec le déclenchement des élections.
En éducation, la ministre Michelle Courchesne a par ailleurs entrepris d'adoucir quelque peu les irritants de la réforme, notamment en déposant un plan d'action sur l'apprentissage du français (qui mousse la lecture quotidienne et la dictée) et un autre portant sur les élèves en difficulté.
Du côté de l'environnement, le gouvernement Charest s'est employé à redorer son blason, malmené lors du mandat précédent par les décisions controversées sur la centrale thermique du Suroît et la privatisation d'une portion du Mont Orford. On a donc fait volte-face sur Orford et décrété un moratoire de deux ans sur le développement immobilier sur les îles de Boucherville. La ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, a aussi géré la crise des algues bleues à l'été 2007, en misant sur les relations publiques et une campagne de sensibilisation. Un projet de loi sur l'eau a aussi été déposé (mais pas adopté). Ce dernier a cependant été critiqué par les milieux écologistes, selon lesquels il prive les citoyens de leur droit à l'eau comme bien commun au profit d'un monopole d'État.
Le Charest nouveau
Au-delà des projets de loi et des décisions gouvernementales, ce mandat se caractérise peut-être par la résurrection de Jean Charest, dont plusieurs prédisaient le départ et supputaient sur les remplaçants potentiels il y a un peu plus d'un an. Deux piliers du PLQ, l'ancien homme de confiance de Robert Bourassa, John Parisella, ainsi que l'ancien président de la Commission jeunesse du parti, Michel Bissonnette, sont venus en renfort.
Leur arrivée coïncide avec la remontée de Jean Charest dans les sondages, amorcée il y a environ an. Lui qui peinait depuis des années à se départir de son image d'ancien politicien fédéral a mis de l'avant ces derniers mois, a fortiori lors de la dernière campagne électorale fédérale, des positions à saveur nationaliste. Ainsi, on l'a vu décrier les coupures du fédéral en culture et dans les organismes de développement économique ainsi que le programme conservateur sur les jeunes contrevenants. M. Charest a aussi réclamé, entre autres, la pleine maîtrise du domaine de la culture et des communications.
Cette opération charme amorcée par Jean Charest pendant la campagne fédérale s'est couronnée la semaine dernière par le recrutement de deux députés adéquistes, André Riedl et Pierre Michel Auger. La table électorale était mise, avec comme prétexte la crise économique qui se profile et le peu de cas fait de cet enjeu par les deux partis d'opposition lors de leurs instances respectives, du moins au dire de M. Charest. En fond de scène, on trouvait aussi la raclée parlementaire subie il y a deux semaines, lorsque l'ADQ et le PQ ont imposé l'élection de François Gendron comme président de l'Assemblée nationale.
Et c'est parti pour une autre ronde...


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