Balancier

Écoles privées juives

L'expérience qui vient forcément avec l'âge nous enseigne que le retour du balancier est un mouvement inévitable. Elle nous apprend aussi que si le roseau plie mais ne rompt pas, l'excès de pression produit en général une cassure. Dans notre démocratie menacée par les lobbys, il se pourrait bien que l'année qui débute soit celle du retour, à peine perceptible à l'heure actuelle, du balancier affolé depuis plusieurs années.
La tolérance sociale est devenue un fourre-tout. Elle recouvre l'indifférence ou, au contraire, le noyautage de l'opinion publique par des groupes d'intérêt. Elle indique parfois le refus d'évaluer les comportements, les gestes et les paroles. Or cette tolérance au dos large risque de diminuer. La société québécoise, devenue réfractaire aux institutions, à l'exercice de l'autorité et aux rôles sociaux, ne s'en trouvera pas plus mal. On ne peut pas faire perdurer l'éclatement de nos institutions, de notre mémoire collective, nous déraciner de nos croyances passées, de nos idéaux, sans y perdre le souffle de vie. En d'autres termes, sans créer une culture du cynisme ou, pire, du néant, comme trop d'expressions de notre déprime collective; cette dernière, déjà mise en relief dans cette chronique, le laisse croire.
Une observation attentive de nos nouveaux engouements pour le parler cru, l'absence de normes tant vestimentaires que relationnelles, l'obsession de l'anticonformisme, l'éloge de toutes les marginalités, déviances et outrances, nous amène à conclure que la tolérance serait devenue le nouveau conformisme. Cela expliquerait, en partie du moins, le succès des Jeff Fillion et autres Bougon, travestis ou pas. Jusqu'à présent, l'opinion a semblé tout accepter de ces modèles culturels souvent à l'opposé de la façon de vivre des gens qu'on ne peut plus qualifier de normaux puisque la norme est un concept éculé mais que nous désignerons du terme «ordinaire», comme dans «monde ordinaire». Les sociologues, eux, savent qu'une société n'existe pas hors norme, mais nos gourous actuels, souvent issus du système médiatique, aiment à le prétendre.
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Les institutions les plus susceptibles de créer la sécurité sans laquelle l'activité humaine tourne à vide, à savoir le mariage, la vie de couple et la famille, ont trop souvent servi de repoussoir depuis quelques décennies. Le mariage suscite le scepticisme, voire la risée, alors qu'il est de bon ton de décrier les relations familiales puisqu'elles ne découlent pas d'un choix personnel.
L'individualisme ne semble pas supporter l'existence de structures imposées sans le consentement de ceux qui les subissent. Nous sommes à l'ère de la mutance et de la génération spontanée. Le nombril est exhibé, non comme signe de rattachement à un autre être, évidemment la mère, mais plutôt comme lieu central de l'affranchissement, c'est-à-dire de l'autoconception. Les amis ont été substitués aux parents car ils offrent cet avantage pratique de pouvoir être congédiés selon le bon vouloir du je tout-puissant. Évidemment, on ne congédie pas son père, sa mère et sa fratrie même si, parfois, on les renie. En ce sens, les liens du sang sont indestructibles.
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À quoi rêvent les jeunes filles et les jeunes garçons de nos jours, ceux qui ont vingt ans et moins ? Eh ! bien, contre toute attente, ils sont nostalgiques du bon vieux temps de leurs grands-parents, ils écoutent le groupe Mes Aïeux, ils considèrent la famille comme un idéal, espèrent vivre en couple et croient que l'amour, dans leur cas, pourrait durer toujours. Ils veulent des enfants, souvent plusieurs, c'est ce qu'ils disent, et leur vie sexuelle est plus tardive et, surtout, plus calme que celle de la génération aujourd'hui dans la trentaine. Le mot «fidélité» ne les fait pas s'écrouler de rire et, pour plusieurs, leurs parents sont leurs modèles. Avec un tel état d'esprit, il faut s'attendre, à l'avenir, à un affrontement de taille entre ces enfants dont le conservatisme prend sa source dans un désir légitime d'apaisement et d'harmonie et la génération de tous les éclatements qui est en train de mourir de rire et s'avance vers le pouvoir.
La tolérance comme nouveau conformisme est une coquille vidée de sa substance. Par exemple, la décision de subventionner davantage quelques écoles juives ne relève pas de la tolérance mais de l'aveuglement, de la démagogie et de la gestion politique sous pression d'un petit groupe. Elle ouvre de nouveau la porte à l'enseignement confessionnel, et on comprend la réjouissance exprimée par une association musulmane qui n'attendait que ce genre de bêtise pour exiger la même chose. Cette décision gouvernementale risque de provoquer une réaction chez tous ceux qui croient à la déconfessionnalité de l'école et qui ont contribué à soutirer le pouvoir à l'Église catholique.
Trop de tolérance mène à une vraie intolérance. Le retour du balancier peut se faire ici plus vite que prévu.
denbombardier@videotron.ca


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