Combat extrême

L'affrontement est si soudain qu'il n'en sera que plus dur. Plusieurs rêvaient d'un tandem Marois-Duceppe, la première à Québec, le second à Ottawa. Au lieu de quoi, le PQ offrira le spectacle d'un combat extrême dont le perdant ne se remettra jamais.

PQ - succession de Boisclair

L'ex-premier ministre albertain Ralph Klein avait expliqué avec sa franchise habituelle comment décoder un politicien: non signifie peut-être et peut-être signifie oui.
La rapidité avec laquelle Pauline Marois était passée du non au peut-être laissait peu de doute à propos de sa décision: elle serait candidate à la succession d'André Boisclair. Elle ne pouvait pas plus laisser passer cette chance qu'elle n'espérait plus, pas plus que Gilles Duceppe ne pouvait se laisser dépérir à Ottawa.
Le chef du Bloc québécois l'a bien compris et a décidé de la brusquer, comme Bernard Landry l'avait fait à l'annonce du départ de Lucien Bouchard, mais la perspective d'un affrontement n'est plus de nature à la décourager. Que l'autre tente de l'intimider a plutôt eu l'effet contraire.
Jusqu'à la toute veille de la démission de M. Boisclair, elle avait à toutes fins utiles renoncé à son ambition de diriger le PQ et de devenir la première femme à gouverner le Québec. Soudainement, en 72 heures, le paysage s'est complètement transformé.
Quand elle s'était lancée dans la course à la succession de Bernard Landry, en 2005, les sondages accordaient déjà une très confortable avance à Gilles Duceppe. Et dès le moment où le chef du Bloc québécois avait annoncé qu'il restait à Ottawa, André Boisclair était devenu le grand favori. À aucun moment Mme Marois n'était même passée près de le rattraper.
Beaucoup de choses ont changé depuis. M. Duceppe demeure un homme estimé des Québécois, mais son image de gagnant a pâli depuis les dernières élections fédérales et il s'est la plupart du temps fait rouler par Stephen Harper.
Inversement, Mme Marois n'est plus la mal-aimée d'il y a deux ans, alors que les militants péquistes et ses collègues députés l'accusaient d'avoir sapé le leadership de M. Landry. Au cours des deux dernières années, ils ont eu tout le loisir de réfléchir à l'erreur qu'ils ont commise en lui préférant M. Boisclair.
La froideur du caucus péquiste à l'endroit de M. Duceppe a constitué autant une heureuse surprise pour elle qu'une douche glacée pour le chef du Bloc. Elle est bien placée pour savoir qu'il s'agit d'un handicap très lourd. Cette fois-ci, elle a soigneusement soupesé ses appuis.
Comme tout le monde, Louise Harel croyait sans doute que Mme Marois avait pris une retraite définitive et voyait en Gilles Duceppe la planche de salut du PQ. Certes, M. Duceppe est un vieil ami. Elle aurait sûrement préféré ne pas avoir à choisir, mais elle a mené trop de combats aux côtés de Mme Marois pour ne pas l'appuyer.
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Il est vrai que le PQ est chroniquement indiscipliné, mais le sort réservé à André Boisclair ne constitue pas un bon exemple. Dans n'importe quel parti, un chef aussi erratique aurait été mis à la porte.
On ne peut pas imaginer y mettre de l'ordre à coups de pied au derrière. Il y a sur les banquettes péquistes des gens qui étaient ministres plus de dix ans avant que M. Duceppe n'entre en politique. S'imaginer qu'on puisse les museler comme le sont les députés du Bloc est une vue de l'esprit.
La culture et les méthodes de la CSN ne conviennent pas au PQ. Mme Marois semble mieux à même de rétablir une relative harmonie entre les diverses factions qui s'affrontent au sein du parti et, éventuellement, de reconstituer la coalition arc-en-ciel qui est passée bien près de l'emporter au référendum de 1995.
Pendant la course au leadership de 2005, elle avait réussi le remarquable exploit de s'assurer à la fois l'appui de signataires du manifeste Pour un Québec lucide et du Manifeste pour un Québec solidaire. Le PQ aurait de meilleures chances de récupérer les appuis qu'il a perdus à l'ADQ avec Mme Marois qu'avec M. Duceppe.
Bien sûr, il y a aussi le débat sur l'article 1 du programme. À ce chapitre, aucun des deux candidats n'est plus «pur et dur» que l'autre. Peu importe qui l'emportera, le PQ reviendra aux «conditions gagnantes».
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Le député de Vachon, Camil Bouchard, voudrait un chef provenant d'un «horizon différent», qui aurait une «connexion directe» avec la population. On pense immédiatement à Pierre Curzi, qui a indéniablement apporté un élément de fraîcheur au PQ, mais l'expérience Boisclair a démontré l'absolue nécessité que la population ait confiance dans la capacité de gouverner du prochain chef.
À cet égard, les états de service de Mme Marois sont irréprochables. Aucun de ceux qui ont occupé le poste de premier ministre du Québec depuis 1867 n'avait une expérience ministérielle aussi variée que la sienne.
Ce magnifique CV ne lui servira cependant à rien si elle ne démontre pas d'entrée de jeu qu'elle a appris les leçons de ses défaites passées. La rapidité avec laquelle elle a annoncé sa candidature après que Gilles Duceppe l'eut avisée de la sienne démontre qu'elle a compris la nécessité de ne pas se laisser prendre de vitesse. Il lui reste cependant à démontrer sa capacité d'organisation sur le terrain.
Il est vrai que la course de 2005 s'était déroulée dans un climat un peu surréaliste. Qui aurait cru que le Québec se serait entiché d'un homme qui avait dû reconnaître avoir consommé de la cocaïne pendant qu'il était ministre?
Si Mme Marois a été battue à plate couture, c'est aussi parce qu'elle a été incapable de rivaliser avec la machine d'André Boisclair, qui avait recruté quatre fois plus de nouveaux membres qu'elle. M. Duceppe a autour de lui des gens qui connaissent aussi la musique.
L'affrontement est si soudain qu'il n'en sera que plus dur. Plusieurs rêvaient d'un tandem Marois-Duceppe, la première à Québec, le second à Ottawa. Au lieu de quoi, le PQ offrira le spectacle d'un combat extrême dont le perdant ne se remettra jamais.
mdavid@ledevoir.com


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