Revue de presse

Le choix d'un chef

PQ - succession de Boisclair

Quand, dans une autre province, le chef d'un troisième parti tire sa révérence, à peu près tout le monde s'en fiche. Sauf si ce parti est au Québec et qu'il s'appelle le Parti québécois. À peu près tous les journaux du Canada anglais ont mentionné le départ d'André Boisclair cette semaine et certains y sont allés de commentaires et d'analyses. Dans bien des cas, c'était pour se réjouir des déboires des souverainistes et espérer voir les fédéralistes en profiter.
L'équipe éditoriale du Globe ne s'est pas montrée tendre, considérant que le PQ avait, avec Boisclair, choisi le mauvais homme pour les bonnes raisons. «Confrontés à une lente perte de pertinence, les séparatistes étaient désireux de voir un nouveau visage à la tête du parti, celui de quelqu'un capable de rejoindre, au-delà de la base déclinante du parti, une population plus jeune et plus urbaine. M. Boisclair semblait répondre à ces attentes. [...] Mais le PQ n'est ni ouvert ni inclusif. Il n'a pas non plus quoi que ce soit de neuf à dire aux électeurs, peu importe ses efforts pour présenter avec les couleurs du jour son désuet boniment séparatiste et étatiste.» Selon le Globe, Boisclair est surtout victime de ses propres erreurs, mais aussi de son parti. Si son départ devait entraîner l'arrivée du chef bloquiste Gilles Duceppe à Québec, le quotidien souhaite que Boisclair ait raison et que cela ait pour effet d'affaiblir le Bloc et le PQ.
Le Toronto Star s'est lui aussi penché sur la perte de pertinence du PQ. À André Boisclair qui a dit que les Québécois choisiraient éventuellement la liberté, le Star répond qu'ils ont déjà fait ce choix en optant pour «la liberté de rester citoyens canadiens». Tenant pour acquis l'arrivée de Duceppe à Québec, le quotidien soutient que le problème des souverainistes «n'est pas le manque de vendeurs efficaces» mais son insistance à promouvoir «un produit qui ne tente pas particulièrement les Québécois».
Dans le cadre d'une analyse sur les défis qui attendraient Gilles Duceppe à Québec, Tu Thanh Ha, du Globe and Mail, dit que le problème est plus profond. «Les deux dernières élections fédérales et provinciales au Québec ont mis en lumière l'intérêt des électeurs pour une nouvelle dynamique politique.» Les conservateurs pensent être les premiers à pouvoir en profiter et ils cachaient mal leur plaisir cette semaine, ont relevé plusieurs journalistes et commentateurs. Les retombées d'un départ de Duceppe pour les conservateurs étaient d'ailleurs le thème du texte repris par la majorité des journaux de la chaîne CanWest.
Convoitise
Le chroniqueur-vedette de la chaîne, Don Martin, comparait la démission de Boisclair et la réaction en chaîne qui s'ensuivrait à un tremblement de terre suivi d'un tsunami. «Si elle provoque une vague, celle-ci sera énorme et elle sera bleu conservateur.» Pour Martin, il est à peu près certain que Duceppe ira à Québec, maintenant que le Bloc est en déclin et que l'ennui a frappé les bloquistes, mais surtout parce que le chemin vers la souveraineté passe par Québec. La santé du mouvement souverainiste commence avec celle du PQ, reconnaît Martin. Mais il est persuadé que les conservateurs seraient les premiers à tirer profit d'un Bloc laissé entre des mains inexpérimentées. Il rappelle que le PC est arrivé deuxième dans 36 des circonscriptions remportées par les bloquistes. Dans ce contexte, il pense que le PC peut arracher une douzaine de sièges ou plus au Québec et parlait de possible secousse sismique politique.
Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, tire des conclusions similaires. Avouant trouver le crêpage de chignons des souverainistes «délicieux», elle compare les tourments du mouvement souverainiste à ceux qu'il a connus au début des années 1980, ce qui avait permis à Brian Mulroney de s'imposer. Selon elle, les fédéralistes ont maintenant le champ plus libre au Québec. Yaffe note que Harper doit trouver une façon de ne pas indisposer les libéraux de Jean Charest tout en flirtant avec l'ADQ mais que, peu importe ce défi, les déboires des souverainistes sont pour lui une bonne nouvelle. Si Duceppe, comme elle le présume, part pour Québec, le Bloc sera affaibli et cela ne peut que servir l'objectif de Harper de déloger le plus de bloquistes possible lors du prochain scrutin.
James Travers, du Toronto Star, ne conteste pas cette analyse mais offre une autre perspective.
Il incite à la prudence ceux qui célèbrent déjà le déclin éventuel du Bloc. «Cet enthousiasme est prématuré et les gens omettent un aspect essentiel, à savoir que la présence du Bloc au Parlement [...] fait davantage pour le fédéralisme que pour le séparatisme. [...] La présence du Bloc à Ottawa démontre la flexibilité du système tout en atténuant la pression sur celui-ci.» Travers pense que le Canada ne devrait pas trop souhaiter le départ de Duceppe pour Québec, car il «représente peut-être exactement ce dont les séparatistes ont besoin».
Pendant ce temps...
Et Dion, dans tout ça? Don Martin, de la chaîne CanWest, concède avec sa verve empreinte d'ironie que le chef libéral a fait du progrès depuis quelques mois et qu'il fait bien de se préparer à sillonner le pays pour rencontrer les Canadiens. «Alors qu'un contact familier avec le glacé premier ministre Harper peut faire craindre de lui confier les pouvoirs dictatoriaux d'une majorité, Dion a le problème inverse. Il possède une décence empreinte de principes mais qui attend encore d'être découverte.» Martin s'amuse donc à lui offrir des conseils pour se transformer en «chic Stéphane». Ses avis vont des plus sérieux aux plus comiques, comme celui de ne pas manger de hot dogs avec une fourchette et un couteau. Et, en passant, de ne pas laisser parler Justin Trudeau avant que ce dernier n'ait suivi quelques cours d'histoire...
mcornellier@ledevoir.com


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