Amorcer le dialogue

Autochtones

Aujourd'hui, 29 juin, sera la Journée nationale d'action des Premières Nations. Elles veulent dire à cette occasion leurs frustrations devant le peu d'attention que les gouvernements, ainsi que les Canadiens dans leur ensemble, portent à leur situation. Cette journée entraînera certaines perturbations qui seront par ailleurs un juste rappel de nos obligations envers ces peuples.
S'il est au Canada une nation qui soit à même de comprendre le ressentiment des communautés autochtones envers la majorité, c'est bien la nation québécoise qui, en quelques décennies, a réussi une prise en main remarquable de son développement économique, culturel et social. Les Premières Nations aimeraient bien pouvoir faire de même, mais elles partent de bien plus loin. Leur retard économique et social est incomparable et, malgré certains progrès, les réserves autochtones demeurent encore notre Tiers-Monde.
De l'ouverture, les Québécois en ont certes manifesté envers les revendications des peuples autochtones. Des textes comme la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et l'accord dit de la paix des Braves demeurent exceptionnels au Canada. Ils ont permis aux communautés cries et inuites de commencer à se prendre en main. Mais ce ne sont pas tous les autochtones du Québec qui peuvent s'appuyer sur de tels outils. Certaines communautés sont totalement démunies et n'arrivent pas à se sortir du cercle vicieux de la pauvreté, de la violence et de la dépendance à l'alcool et aux drogues. L'exemple de la communauté algonquine, sur laquelle le documentariste Richard Desjardins vient de se pencher, illustre la misère à laquelle certaines d'entre elles sont réduites.
Pour illustrer ce drame, le grand chef des Premières Nations, Phil Fontaine, invitait récemment les Canadiens à se demander s'ils accepteraient de changer de place avec les autochtones. On ne peut que répondre non. Aucun Québécois, aucun Canadien ne voudrait subir la dépendance économique et politique qu'impose aux autochtones la Loi sur les Indiens.
Depuis la crise d'Oka, à l'été 1990, la frustration des autochtones n'a cessé de surgir aux quatre coins du pays. Il faut bien reconnaître que les progrès sont plus que lents. Après cinq ans d'examen, la commission Erasmus-Dussault mise sur pied après Oka avait recommandé la création de gouvernements autochtones. Son rapport est resté lettre morte, à l'instar de l'entente de Kelowna conclue par le gouvernement Martin pour injecter cinq milliards de dollars dans le développement social des communautés autochtones, mise de côté par le gouvernement Harper. Il faut cependant reconnaître au premier ministre conservateur le mérite d'avoir accepté ces dernières semaines d'instaurer un processus accéléré de traitement des revendications territoriales, une annonce visiblement destinée à faire tomber la pression devant les menaces d'affrontement que certains laissaient planer lors de cette journée nationale d'action.
Comme le souligne aujourd'hui en page Idées le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, les revendications territoriales sont l'élément le plus litigieux et le plus important du dossier autochtone. La reconnaissance des droits territoriaux a une valeur tangible et, plus important encore, valeur de symbole pour les autochtones. C'est le point de départ de l'autonomie qu'ils recherchent. Soulignons cependant le mot «litigieux». Les revendications territoriales portent une lourde charge émotive de part et d'autre, comme l'ont montré les négociations de l'entente dite de l'approche globale avec les Innus de la Côte-Nord et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Faire la paix avec un passé commun et trouver les voies d'un avenir partagé ne peuvent qu'être oeuvre de patience.
Aujourd'hui, par cette journée d'action, les Premières Nations cherchent à accélérer l'histoire, mais elles ne doivent pas croire qu'on peut prendre des raccourcis pour arriver à la compréhension mutuelle qu'elles recherchent. L'important est de pouvoir amorcer un dialogue plutôt que l'affrontement.


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