Quelle gaffe?

Nous avons les moyens de faire l'indépendance



Éditorial - Le Parti québécois et le Bloc sont parvenus à faire croire qu'un bout de phrase sans importance de Jean Charest représentait un tournant historique, une " victoire définitive " pour les souverainistes. Et déjà des commentateurs ajoutent cet incident au relevé minutieux qu'ils tiennent des supposées gaffes du premier ministre.
Quelle gaffe? Ceux qui ont vu la longue entrevue qu'il a accordée à la télévision française, y compris des souverainistes, conviennent que M. Charest a livré là une solide performance. Il a parlé avec compétence, conviction et humour non seulement de l'avenir politique du Québec, mais de nos relations avec la France et les États-Unis, de la guerre en Irak, de l'intégration des immigrants, des prochaines élections présidentielles françaises et... de la Coupe du monde de football! C'est d'ailleurs toujours le cas, bien que les journalistes en fassent rarement état: à chacune de ses visites à l'étranger, M. Charest a fait honneur à ses concitoyens.
Sur le plateau d'Europe 1, Jean Charest a projeté une image forte du Québec moderne. Cet homme dont les souverainistes ont mis en doute les loyautés québécoises (" John " Charest), dont ils ont dit qu'il était " à genoux " devant Ottawa, qu'ils ont traité de " pire premier ministre de l'histoire du Québec " a dit aux Français que " le Québec est une nation ", que " ce que nous voulons, c'est affirmer notre identité, avoir la liberté d'occuper la place qui nous revient ", que les Québécois ont " le devoir sacré de protéger leur langue et leur culture ", que la langue française est " un instrument de liberté ". Bref, M. Charest a montré combien il était fier d'être Québécois et démontré pourquoi nous pouvons être fiers de notre premier ministre.
Cependant on n'a rien retenu de tout cela. Ce qu'on a retenu, c'est la " clip ". L'animateur de l'émission Le Grand Rendez-Vous a posé la question suivante: " On sait que le Québec aurait les moyens, en tout cas au plan financier, budgétaire, éducation, recherche, d'être une nation à part entière. Qu'est-ce que le fait d'être dans le Canada vous apporte en plus? " Jean Charest a répondu l'évidence: " Oui nous avons les moyens. Personne ne remet en question la capacité du Québec, financièrement (...) Sauf que la vraie question est la suivante: qu'est ce qui est dans notre intérêt à nous? " Et de démontrer que le Québec avait tout à gagner à faire partie d'un plus grand ensemble qui, entre autres avantages, est membre du G8 et dispose de phénoménales richesses pétrolières.
Imaginons un instant que M. Charest ait répondu: " Non, le Québec est trop pauvre pour être indépendant "; MM. Boisclair, Landry et Duceppe auraient immédiatement convoqué la presse pour dénoncer cette réponse méprisante pour les Québécois. Et à Paris en plus! Jamais un premier ministre du Québec n'aurait humilié à ce point son peuple!
Or, le premier ministre ayant répondu avec intelligence, nuance et honnêteté, les leaders souverainistes sont partis au galop sur un bout de phrase, vantant même- c'est vraiment loufoque!- l'" objectivité " de M. Charest (objectivité qui curieusement ne s'appliquerait qu'à ces quelques mots et pas au reste de son propos...). Et c'est ainsi qu'ils ont transformé un éloquent plaidoyer fédéraliste en " nouveau chapitre " dans la marche vers la souveraineté!
Une fois qu'ils seront revenus de leur " high " de la fin de semaine, les péquistes réaliseront peut-être dans quel paradoxe les plonge leur " nouveau slogan ". La prospérité du Québec d'aujourd'hui, sa démocratie, la santé de ses habitants (l'une des espérances de vie les plus élevées du monde), sa forte scolarisation, bref ses " moyens " ont été développés au sein du Canada. Voilà la preuve concrète, quotidienne, irréfutable que malgré les inévitables conflits et frustrations, le Québec trouve son compte dans la fédération canadienne.
Est-ce que ce serait mieux dans le Québec indépendant? Les souverainistes jurent que si. Sauf que pour le démontrer, ils ne peuvent qu'avancer théories et scénarios roses bonbon. D'un côté des faits, de l'autre des hypothèses. Interdit toutefois de le souligner: campagne de peur!
Bernard Landry a rappelé que du point de vue de la richesse par habitant, le Québec se classe 20e parmi les quelque 200 pays du monde. C'est ainsi que le PIB par habitant du Québec est plus élevé que ceux de l'Italie, de l'Espagne, de la Grèce, de la Pologne, du Portugal, du Mexique, de l'Arabie saoudite, de la Corée du Sud, d'Israël, de Singapour, de la Nouvelle-Zélande et 170 autres États. Si l'indépendance était la clé du succès pour chaque nation, comment expliquer que ces peuples, qui avaient tous " les moyens " de se constituer en pays souverain et qui l'ont fait, sont aujourd'hui bien moins prospères que la province de Québec?
Se pourrait-il que Jean Charest ait eu raison dans cet autre bout de phrase où il disait que " pour le Québec, le système fédéral est idéal pour que nous puissions à la fois défendre nos intérêts et assumer notre identité "?

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André Pratte875 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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