Pourquoi y a-t-il tellement de dépressions et de suicides dans ce monde hyper organisé ?

Tribune libre 2008


Pourquoi y a-t-il tellement de dépressions et de suicides dans ce monde hyper organisé ?

Nous avons une réponse: là où l'individu se sent impuissant et ne peut accepter son impuissance, là où il n'est rien, les éléments du suicide sont en place.

Avec une implacable logique, le "non existant" va cesser effectivement d'exister. En somme. c'est terrible de le constater: un homme et une femme sont traités comme s'ils n'existaient pas dans un monde hyper organisé, technique et surtout ANONYME. Alors ils se suppriment.

Il y a différentes manières de se défendre contre de tels traitements, mais ce n'est pas tout le monde qui ose, loin de là. Il y a l'authentique l'originalité, les conduites plus ou moins désordonnées, les mauvais coups qui son des réflexes de défense.

Ces comportements étaient fréquents dans l'armée de mon temps et je n'ai pas connu de suicides pendant mes 28 ans de service. Officiers, sous-officiers et soldats se défendaient au moins contre les abus des autorités, qu'on envoyait parfois promener.

Nous étions tous un peu fous et ce qui aidait, c'était de voir des officiers au comportement original, fous précisément, un peu détraqués. Ce genre d'officier, recherché, faisait la fortune de l'armée à cause précisément de son originalité qui gardait le moral de tout le monde.

Il y en avait au Royal 22e Régiment de mon temps. Il s'agissait surtout de ne pas appliquer les règlements au pied de la lettre, d'être vrai, authentique, donc présent aux autres.

Ce genre d'officier et de sous-officier a été remplacé par des officiers et sous-officiers "modèles".

Je me rappelle que les originaux avaient leur place. Ils avaient leur place dans l'armée britannique, où il était permis d'être original et un peu fou. Ils avaient leur place chez les Finlandais, et un major finlandais avec qui je m'étais lié d'amitié à Chypre était particulièrement original, ce qui avait le don de garder le moral de ses soldats.

Ils n'avaient pas leur place chez les Suédois, où le taux de suicide était élevé.

Ils n'avaient pas leur place chez les Suisses non plus.

Par contre, j'ai constaté beaucoup de révolte chez les non gradés et les gens ordinaires en Suisse. On a au moins le droit de penser et de s'exprimer dans ce pays, où les citoyens ne craignent pas de dire ce qu'ils pensent de leur monde trop empesé.

Dans l'Évangile d'hier, il était précisément question de l'anonymité, fatale pour l'esprit. Personne ne peut exister et vivre. si. il ou elle n'est pas reconnu-e.

Le meurtre de l'âme dont parle la Bible porte le nom de "raca", qui veut dire tu n'es rien, tu n'existes pas. effaces-toi et disparaît.

Au Québec, cette suprême insulte se traduisait par diverses expressions: "Fais du vent", "disparais", efface-toi". Elle est pire maintenant que le Québec a cessé d'être religieux, ce qui veut dire relationnel, pour devenir philosophique, ou rationnel

Dans le Québec religieux que j'ai connu, on pouvait se permettre d'être un peu fou sans risquer l'exclusion. Au moins, on s'engueulait. Aujourd'hui, l'exclusion est froide, implacable.

Avec la rationalité philosophique, c'est l'entrée massive des "modèles" qui réduit les individus à n'être rien du tout. Personne n'est modèle, après tout. Admettons au moins avec les Anciens que nous sommes tous un peu fous et folles. Celà est une preuve d'authentique intelligence qui connaît ses limites et ne fait pas de tort.

Le Christ n'y est pas allé de main morte lorsqu'il a dit à ses apôtres: "Bons ? Vous ? Seul Dieu est bon".

Être bon au sens humain du terme, c'est être "modèle".

Dangereux pour un être humain de se penser "bon". Mieux vaut être-là et être-avec, être présent donc, faire ce qu'on peut et dire : "Je suis là", sans prétention aucune.

Donc, restez un mélange de "bon et de mauvais!, restez un peu fous, souvent beaucoup. N'essayez pas de devenir ce que vous n'êtes pas. Soyez présents, pas bons, pas brillants mais présents.

C'est alors que la Rédemption prend tout son sens.

Dans une société "modèle" composée de "modèles", il n'y a pas de Rédemption.

Si t'es pas modèle, tu n'existes pas.

De toutes manières, tu n'existes pas si tu es modèle, puisque tu t'es réduit toi-même à la non existence.

JRMS

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René Marcel Sauvé217 articles

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J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    7 mai 2009

    Excellent article!

  • Archives de Vigile Répondre

    29 avril 2009

    Monsieur Sauvé,
    Comme j'ai l'habitude de vous lire, j'ai lu vos deux derniers textes - celui-ci et le précédent sur l'argent - après avoir lu vos réponses à mon dernier texte. J'apprécie. Et je vous trouve toujours surprenant d'érudition, de conviction et de courage d'opinion. J'espère que vous apportez toujours votre support et vos connaissances aux jeunes du RRQ. Il me semble qu'ils peuvent recevoir de vous.
    Comme Mme Vallée et les autres, il m'arrive de verser aussi dans l'inquiétude quant à notre société actuelle lorsqu'on nous raconte tous ces drames de désespoir, de haine, de violence. Ne pensons qu'à la répandue "intimidation" dans les cours d'école, au décrochage et à l'espèce d'indifférence ou d'ignorance de l'entourage dans laquelle les jeunes semblent vivre ces misères. Et le silence autour...
    Je me demande si cela n'est pas en grande partie le fruit de l'individualisme cultivé dans notre monde. Même dans le néo-libéralisme politique. Des citoyens isolés, séparés, objets à manipuler, qui n'ont plus de valeurs de groupe auxquelles se rattacher et qui n'ont même plus - ici au Québec - l'espoir d'un pays proche à bâtir, ces citoyens-là, lorsque leur petit monde personnel s'effondre, que reste-t-il? Et que retiennent les enfants de ces prisons d'adultes?
    Si j'entretiens avec ardeur mon propre espoir pour le pays, c'est en pensant à mes petits-enfants pour lesquels ce monde froid et calculateur m'effraie. Par ailleurs, la présence d'un Obama sur la scène mondiale me redonne confiance.
    Je crois d'un autre côté, comme vous Mme Vallée, qu'il y aura une mutation de l'être humain à partir de ces horreurs et qu'elle sera, espérons-le, belle!
    cordiales salutations à tous,
    Nicole Hébert

  • Archives de Vigile Répondre

    29 avril 2009

    Je vois deux mots clés dans ce texte: oser et exister et leur suite naturelle la reconnaissance. Au Québec, plusieurs à titre individuel osent sans demander la permission à personne ce qui leurs donnent à exister sans compromis, d'être reconnus de par le monde: dans la culture, les affaires et que sais-je encore.
    Malheureusement, l'envergure politique nous est étrangère. Heureusement, certaines personnes y tendent. Prenez la motion que Martin Lemay a osé faire à l'Assemblée et qui n'a pas été reconnue comme nécessaire à la continuation de notre existence nationale. Quand de visu les représentants de notre peuple n'osent pas délibérer sur une aussi petite motion que de reconnaître que l'acte de brûler le Parlement que certains anglais de montréal ont osés faire à ce moment, n'a pas d'importance, alors tout est en place à la gestation de ce sentiment d'impuissance chez ceux qui veulent exister!
    PERSONNE N'A JUGER NÉCESSAIRE D'EXISTER À L'ASSEMBLÉE LA PLUS HAUTE DE NOTRE PAYS! Même les députés du parti québécois ont applaudi partiellement et sans enthousiasme à cette motion.
    Des gens qui osent exister reconnaissent ce qui doit être reconnu pour continuer à exister. LES AUTRES TRAINENT LA MORT AVEC EUX ET DOIVENT ÊTRE ÉCARTER DÈS QU'IL EST POSSIBLE DE LE FAIRE!
    En agissant ainsi, la vie humaine s'élève. En laissant faire, elle creuse ça tombe!

  • Archives de Vigile Répondre

    29 avril 2009

    Si le sujet vous intéresse...
    Quelqu'un me recommande la lecture du livre de Charles Côté intitulé Radiographie d'une mort fine, publié en 2000 aux Éditions JCL inc.
    http://classiques.uqac.ca/contemporains/cote_charles/radiographie_mort_fine/radiographie.html

  • Archives de Vigile Répondre

    28 avril 2009

    Merci d'avoir aborder un sujet qui est très d'actualité . Beaucoup de gens je crois sont boulversés par des reportages récents de personnes surtout des hommes qui tuent leurs conjointes et enfants et ensuite s'enlèvent la vie .Viennent ensuite les mêmes conclusions ; on doit faire plus de prévention et tenter d'empêcher l'irréparable .
    On réagit souvent avec de l'incrédulité et pourtant ceci arrive et trop souvent .
    Vous tenter de mettre des raisons aussi logiques que possible à ce problème et tentez d'expliquer l'inexplicable . Vous blâmer surtout la froideur de la société qui se soucie de son implacable hermitisme envers quelques êtres qui vivent des moments de pur folie avouons - le .
    Je suis comme vous fort dérouté . Ma conjointe est latino- américaine et elle m'avoue que s'il y a certe des problèmes de violence collective avec guerres cuiviles et de drogue en Amérique latine il n'y pas autant de crimes passionnels comme ici . Car je crois que ceux qui ne possèdent guère d 'argent ou de bien sont moins exposés à cette folie de ''tout perdre'' qui habitent les gens d'ici .Et l'allégresse légendaire des latinos - américains y est certainement pour quelquechose . Tout ici est calculé sur la job , l'argent , la maison et les biens qu'une personne possède . Et comme vous dites si bien si quelqu'un n'a pas ceci même en étant '' une bonne personne '' , il n'est rien du tout .Et tranquillement la honte et la colère montent chez ces individus et ils commettent malheureusement l'irréparable .
    Ce n'est pas seulement chez ces fous en devenir que nous devons inculqué l'oubli du matérialisme mais nous devons l'inculqué à nous même pour changer la société et ses modes de pensées qui polluent tous les êtres humains.

  • Archives de Vigile Répondre

    28 avril 2009

    Merci M. Sauvé d'aborder ce sujet si délicat.
    Il était temps que quelqu'un s'interroge sur ce mal être qui se manifeste de plus en plus dans notre société qui a plutôt tendance à occulter ce phénomène.
    Et voici ma réflexion à ce sujet.
    Tous ces comportements que je dirais déviants : oublier son bébé dans une voiture; déposer son bébé sous un arbre dans la forêt pour aller s'occuper de soi-même; tuer ses vieux parents, ses enfants, son conjoint, etc... Tout cela me donne froid dans le dos. J'avais toujours compris dans les enseignements que j'ai reçus que l'être humain, comme les animaux d'ailleurs, avait ce qu'il faut pour supporter les difficultés de la vie. Il semble bien que ce ne soit plus le cas.
    À ma connaissance, on se suicidait autrefois et le plus souvent « par amour ». C'est ce qu'on disait. Les causes sont-elles différentes? Y en a-t-il plus qu'autrefois? Sont-elles plus connues? Ces gestes de désespoir sont-ils le résultat de l'individualisme ? Le collectif laisse-t-il s'échapper l'individu qui ne cadre pas dans le modèle ? Les bouleversements que nous connaissons en sont-ils la cause? Les drogues en sont-elles responsables ? L'Humain a-t-il perdu ses repères? Faut-il penser que la possession des biens matériels ne suffit plus pour combler le vide ? Nous dirigeons-nous vers un « Nouvel Homme » formaté ?
    Voilà autant de questions que je me pose et pour lesquelles je n'ai pas de réponses.
    Il est bien certain qu'il se passe des choses... Il n'y a qu'à voir tous ces jeunes et aussi moins jeunes qui cherchent, qui font des introspections, qui assistent à des séances de « développement personnel », afin de ne pas sombrer dans l'abîme. Certains croient en Dieu ou à une force supérieure; d'autres pas.
    Je crois que nous sommes à l'aube d'une nouvelle civilisation. Que deviendra l'Homme?
    Marie Mance Vallée