Les mercenaires du secret

Le secret, surtout quand il est professionnel, est devenu un prétexte pour cacher tous les crimes des princes

Chronique de Louis Lapointe


Comme la rouille, le secret ronge tout. Loto-Québec, Airbus, Cinar,
l’Office de la langue française, Rabaska, le personnel politique des
premiers ministres et la machination des commandites, l'affaire Cadman et
l'Obamagate ne sont que les derniers exemples de cette longue liste.
Le secret, surtout quand il est professionnel, est devenu un prétexte pour
cacher tous les crimes des princes. Il a son réseau de mercenaires qui
représentent les uns et les autres, d’un côté comme de l’autre, conseillent
ceux qui posent les questions et ceux qui y répondent, quand ce ne sont pas
eux-mêmes qui posent les questions ou interviennent pour sommer
publiquement un ancien collègue de ne pas répondre publiquement aux
questions au nom de ce même secret, poussant l’odieux jusqu’à partager le
même cabinet que le principal témoin, alléguant qu’ils auraient construit
un mur fictif les mettant à l’abri du conflit d’intérêts. Ils n’ont pas de
camp, juste des missions, celles que leurs clients leur ont confiées,
celles des organisations qu’ils conseillent, celles des lobbys qu’ils
représentent!
Quand ce ne sont pas leurs interventions publiques, ce sont les ententes
de confidentialité qu’ils ont rédigées, qui légitiment le passé trouble de
leurs clients, fussent-ils des organismes publics ou des fraudeurs
notoires. Quand nous voulons savoir, ils nous répondent : désolé c’est
secret!
Pourtant, ce sont ces mêmes organismes et leurs conseillers en relations
publiques qui nous cassent les oreilles avec leur éthique : «…la culture du
secret nuit à la transparence des organisations». Pour nous prouver leur
bonne foi, ils organisent des colloques sur le sujet où ils invitent leurs
mercenaires du secret et de l’éthique à venir donner des conférences. Ils
financent les travaux et les chaires de prestigieux universitaires, sous
prétexte qu’on doit effectuer une constante vigie. Mais lorsque les
conclusions ne leur conviennent pas, ils imposent le dictat des ententes de
confidentialité qu’ils ont préalablement fait signer au nom de la saine
prudence, accusant ceux qui les transgressent de manquer de
professionnalisme. Désolé, les données sont incomplètes et risquent d’être
mal interprétées! Quelques ténors de la presse, ayant les mêmes
mercenaires, se font alors entendre pour défendre ce qui leur apparaît être
du discernement. Toute vérité n’est pas bonne à dire, surtout si elle nuit
au commerce, au club et à sa lingua franca!
Ces mercenaires ont un réseau : le réseau de tous les secrets. On comprend
pourquoi c’est là que la plupart des princes déchus se terrent, trônant au
milieu de leur cour, parmi leurs anciens courtisans, où ils sont investis
d’une précieuse autorité leur conférant une inéluctable immunité les liant
les uns aux autres: le droit au secret.
Louis Lapointe

Brossard
Le 13 février 2008
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Louis Lapointe534 articles

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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