Le dilemme de l’UPAC: atteindre Jean Charest sans toucher Philippe Couillard

Chronique de Louis Lapointe

Dans sa chronique de ce matin, Yves Boisvert critique les médias et un peu tout le monde qui critiquent l’UPAC, voyant là un petit jeu vicieux et dangereux, une façon de torpiller l’UPAC. Le torpillage politique de l'UPAC

J'y vois plutôt une saine critique de l’UPAC qui chaque jour doit construire sa crédibilité en menant des enquêtes et en obtenant des résultats, la seule façon de l’UPAC de se défendre…dans le silence... en se comportant avec indépendance, intégrité et professionnalisme.

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La majorité des gens ne croit probablement pas que la police protège les politiciens.

Ce que croit le public, en revanche, c’est que la police a protégé Jean Charest lorsqu’il était premier ministre du Québec et qu’elle continue de le protéger.

La commission Bastarache donnait l’impression d’avoir été paquetée par Jean Charest alors qu’on n'a même pas entendu ce dernier à la commission Charbonneau.

Ce que le public attend de l’UPAC c’est qu'une véritable enquête soit menée sur Jean Charest et que des accusations soient portées par le DPCP si la justice l'exige.

Il serait vraiment malheureux que la parade de l’UPAC s’arrête à Nathalie Normandeau sans importuner Bibeau et Charest comme ce fût le cas à la commission Charbonneau, ou qu’elle s’arrête à Marc Bibeau sans que Jean Charest ne soit inquiété.

Or, viser Jean Charest c’est aussi viser son premier cercle et le système qui existait au PLQ à l’époque où il était premier ministre.

C’est donc viser le parti présentement au pouvoir à Québec qui compte plusieurs anciens ministres de Jean Charest dont le premier ministre Couillard lui-même qui était lui aussi ministre de Jean Charest.

Comme la police ne s’attaque jamais au premier ministre en fonction, elle doit trouver le moyen d’atteindre Jean Charest sans que Philippe Couillard ne soit touché.

Voilà pourquoi c’est long et qu'il y a beaucoup de scepticisme quant à l'issue de l'enquête.

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L’intouchable premier ministre Jean Charest

Pourquoi la commission Charbonneau a-t-elle convoqué Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, mais pas Jean-Charest et Marc Bibeau ?

Pourquoi l’UPAC et le DPCP ont-ils porté des accusations criminelles contre Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, mais pas contre Jean Charest et Marc Bibeau ?

La meilleure preuve

Mais pourquoi donc la juge Charbonneau qui avait l’autorité de le faire n’a-t-elle pas contraint Jean Charest et Marc Bibeau à venir témoigner devant la commission?

Le choix politique de la commission Charbonneau

Il est pour le moins fascinant d’entendre des experts affirmer que la commission Charbonneau est apolitique et qu’elle doit le demeurer le temps des élections en suspendant ses travaux.

La commission Charbonneau est une création politique du gouvernement libéral de Jean Charest en réponse à une demande politique du public.

Ses membres ont tous été nommés alors que le PLQ était au pouvoir.

Il y a donc une présomption que cette commission soit politique à l’image de celles qui l’ont précédée, les commissions Gomery, Oliphant et Bastarache.

Une présomption qu’elle doit constamment repousser en se comportant avec indépendance, intégrité et professionnalisme.

Autopsie d’une pantalonnade

Comment ne pas conclure, dès lors, que tout a été fait au cours de cette commission pour accréditer la thèse de Jean Charest et démolir celle de Marc Bellemare ? Un ancien ministre ne peut tout simplement pas s’attaquer impunément à la probité d’un gouvernement auquel il avait juré fidélité !
Nous le voyons bien, parce qu’en apparence tout a été mis en place pour que Jean Charest soit victorieux, de sérieux doutes planent non seulement sur l’impartialité de cette commission, mais également sur ses conclusions.

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Louis Lapointe534 articles

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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2 commentaires

  • Jean Lespérance Répondre

    21 septembre 2017

    Il est bien évident que l'UPAC protège Jean Charest, pourquoi en serait-il autrement? C'est lui qui l'a créée pour court-circuiter l'Opération Marteau, opération conjointe de la police de Montréal et de la Sûreté du Québec. Tous les dossiers de dénonciations avançaient à grands pas avec l'Opération Marteau et les preuves recueillies étaient suffisantes pour toucher les têtes dirigeantes du Parti libéral. Sans le coulage de certains policiers de l'Opération Marteau, il n'y aurait pas eu d'accusations portées contre des corrompus libéraux et c'est encore pareil aujourd'hui. Mais plus on s'approche de la tête, plus il s'avère difficile avec le temps de porter des accusations parce que des témoins meurent, disparaissent et toutes les preuves sont noyées sous un amoncellement de paperasse créée à cette fin. Il est impossible de dissocier Charest de Couillard parce que celui-ci bénéficie du système de collection d'argent du précédent. Le système de l'un sert à l'autre, de l'ancien au suivant, les premiers ont changé les acteurs secondaires et la corruption continue. Le vrai dilemme de l'UPAC, c'est comment faire pour rester crédible, comment protéger l'un et l'autre tout en fardant (ah! une erreur de frappe) gardant sa crédibilité? Cela devient impossible sans porter des accusations et sans faire condamner des acteurs secondaires. Bien sûr, on peut nous parler de Vaillancourt, l'ex-maire de Laval, mais lui gardait tout pour lui et ne donnait rien au Parti libéral, il n'a pas pu bénéficier des juges post-it et d'une certaine protection de l'UPAC. Aucune chance de s'en tirer, il lui fallait donner au Parti libéral. Conclusion; Charest a nommé Lafrenière chef de l'UPAC , et tant que celui-ci restera à la tête, il sera protégé.

  • Archives de Vigile Répondre

    21 septembre 2017

    Très pertinent votre article.Bravo.