Chine - Attention, passage dangereux

Les États-Unis sont un pays en déclin qui n’est plus et ne sera plus l’hyperpuissance d’hier. Le centre de gravité du monde glisse de l’Occident vers l’Asie, et c’est de ce nouveau paradigme dont il faut parler afin d’en décortiquer les enjeux pour nos enfants.

Tribune libre 2008

Depuis toujours, la Chine exerce un saisissant envoûtement sur le voyageur
occidental. Dès qu'il y pose les pieds, il vit un choc culturel, coincé
entre l’émerveillement et la frayeur. Afin de mieux comprendre cette Chine
réelle et imaginaire, lors d’un deuxième voyage d’observation en octobre
dernier, je me suis arrêté à Beijing, Shanghai, Suzhou, Canton et Hong
Kong, avec deux collègues à l’esprit ouvert*, pour échanger avec des
citoyens, des chefs d'entreprises, des dirigeants d'organismes et avec
quelques universitaires.
On écrit beaucoup de choses sur « cette Chine pléthorique et chaotique
»**, écartelée aujourd’hui entre le discours communiste – religion
officielle – et les attraits d’un capitalisme imposé et débridé. Je n’ai
pas la prétention de comprendre ce vaste pays dont l’histoire plonge dans
la nuit des temps. Mais, ce qui est maintenant évident, c’est que notre
quotidien en est définitivement marqué, et que des grands pans de notre
avenir seront conditionnés par l’expansion tous azimuts de l’empire du
Milieu.
Quand Mao Tsé-Toung définissait le leadership dans les années 50, il
disait : « Le timonier est celui qui réinvente le rêve et mobilise les
ressources pour y arriver. » Dieu (ou Bouddha) sait que l’unique Parti
communiste chinois (PCC) fait encore rêver, mais qu’il exerce toujours
aujourd’hui une direction non partagée et une autorité contraignante sur
les dites ressources!
Même que ce dirigisme absolu – mais éclairé (sic) – s’inscrit, je crois,
comme une des raisons principales de la croissance rapide de cet immense
pays-continent de 1,4 milliard d’habitants, à l’histoire marquée des sceaux
rouges de l’humiliations, de la violence et de la souffrance. (Difficile à
accepter pour des démocrates, n’est-ce pas?)
On ne peut pas s’inspirer chez-nous du modèle chinois tant que la gouverne
des organisations y est autocratique, que l’information sévèrement
contrôlée, que la corruption endémique, que la falsification tient lieu
d’innovation et que l’ensemble des travailleurs vit dans la peur chronique
de la faim. La Chine compose avec ces contraintes pernicieuses.
Heureusement, toutes ces situations évoluent aujourd’hui dans le sens de «
l’harmonie », pour utiliser ce slogan politique à la mode là-bas.
L’ami Hervé Sérieyx affirme que « face à un géant aussi puissant, on peut
soit le diaboliser, soit tenter de voir ce que l’on peut d’ores et déjà en
tirer. » Contemplons aussi les résultats et les potentialités des avancées
chinoises. Il y a en effet tellement d’enseignements à prélever des progrès
en Chine : sur les plans humain et collectif, dans les domaines de la
prospective sociale, industrielle, financière ou macro-économique, et sur
les fronts géopolitique et gouvernance publique. Un pays prêt à s’ouvrir, à
condition qu’on ne le juge plus à travers nos préjugés. Je développerai
davantage ces atouts dans une prochaine correspondance.
Je persiste à croire que la Chine pèsera lourd sur l’avenir de notre
planète, d’ici quelques décennies, peut-être même avant 2020, tant aux
plans commercial et financier, que social et environnemental, que politique
et militaire. À cette allure, les actuelles transformations en Chine
constituent un virage dangereux pour eux qui tentent de brûler les étapes
et… pour nous qui en encaissons les contrecoups sociaux, industriels et
financiers. Quelles leçons devons-nous en tirer pour sortir de notre
confort et de notre indifférence?
Les États-Unis sont un pays en déclin qui n’est plus et ne sera plus
l’hyperpuissance d’hier. Le centre de gravité du monde glisse de l’Occident
vers l’Asie, et c’est de ce nouveau paradigme dont il faut parler afin d’en
décortiquer les enjeux pour nos enfants.
Je poursuis cette réflexion, interrogé par les observations sur le
terrain, par des rencontres expertes et par des échanges avec ma « triade »
d’amis voyageurs. Vous avez une opinion sur ces questions?
Gilles Châtillon
* Hervé Sérieyx de l’Union des groupements d’employeurs de France et
Laurent Chartier du Groupe Conseil CFC du Québec.
** Suzanne Giguère, dans une critique du très sensible livre – à la fois
documentaire et fantastique – « Sweet, Sweet China » de Felicia Mihali, XYZ
éditeur Montréal, 2008, 330 p.
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Gilles Châtillon23 articles

  • 16 200

En un mot, j'aspire à être un humaniste en quête de
d'égalité et de solidarité. Une espèce rare et en perdition.

Ma vie professionnelle débute dans l'enseignement, du primaire à
l'université (1963-1970). Pour la suite, à titre de haut fonctionnaire au
Conseil exécutif du Gouvernement du Québec (1977-1984), j'ai facilité le
dialogue social et la concertation au Québec en dirigeant les Conférences
socio-économiques – les 52 « sommets » – ainsi que les dix-sept
Commissions régionales et nationale sur l'avenir politique du Québec.

De 1990 à 2006, j'ai été président-directeur général du Cercle des
présidents du Québec, un réseau sélect de 80 PDG de grandes entreprises du
Québec INC. à l'affût des signaux faibles des futurs possibles pour
éclairer leur gouvernance.

Professeur, administrateur public, dirigeant et consultant d'entreprises,
aussi carnetier sur le Web, je suis diplômé en philosophie, en pédagogie et
en administration (MBA). J'ai œuvré au sein de gouvernements, de
coopératives et d'entreprises privées.

Aujourd'hui, je suis à créer L'institut Québec – Le Monde, un lieu
de réflexion, de propositions et d'influence réunissant des experts et des
universitaires, des gens d'affaires et des artistes, des travailleurs et
des citoyens, des seniors et des jeunes, tous habités par l'idée que
l'avenir ne sait pas attendre et qu'il vaut mieux le convoquer soi-même.





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3 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    7 février 2008

    Une autre pièce au dossier: "Les services secrets chinois"
    (http://www.amazon.fr/services-secrets-chinois-Roger-Faligot/dp/2847363025)
    jcpomerleau

  • Archives de Vigile Répondre

    6 février 2008

    Le déclin et la chute de l’empire américain est déjà commencé (http://www.opednews.com/maxwrite/linkframe.php ?linkid=51391).
    La fin du leadership américain sur le sytème financier international se réalisera cette année au moment où la crise des crédits s’aggravera pour devenir : La Très Grande Dépression US
    (http://www.europe2020.org/spip.php ?rubrique8&lang=fr).
    La Chine et les autres pays asiatiques vont actualiser leurs puissances dans des statuts dans ce nouvel ordre économique mondial (les fonds souverains qui seront de l’ordre de 20 000 milliards dans 5 ans seront incontournables).
    La différence de performance entre les pays comme le Japon, la Chine et les États Unis s’explique par la stratégie d’état. Le Japon a pratiqué une stratégie dite de "l’état développeur" ; la stratégie de la Chine : le Commulisme (néologisme : communisme et capitalisme en mëme temps) : (http://www.opednews.com/articles/opedne_brock_no_080205
    __22commulism_series_22__.htm).
    Les US n’ont pas de stratégie d’état qui va dans le sens de l’intérêt national puisque cet état est contrôlé par les lobbys (Armement et pétrole, etc.) qui dirigent la politique dans le sens de leurs intérêts particuliers.
    JC Pomerleau

  • Archives de Vigile Répondre

    6 février 2008

    Le déclin et la chute de l'empire américain est déjà commencé (http://www.opednews.com/maxwrite/linkframe.php?linkid=51391). La fin du leadership américain sur le sytème financier international se réalisera cette année au moment ou la crise des crédits s'aggravera pour devenir: La Très Grande Dépression US (http://www.europe2020.org/spip.php?rubrique8&lang=fr). La Chine et les autres pays asiatiques vont actualiser leur puissances dans des statuts dans ce nouvel ordre économique mondiale (les fonds souverains qui seront de l'ordre de 20 000 milliards dans 5 ans seront incontournables). La différence de performance entre les pays comme le Japon, la Chine et les États Unis s'expliquent par la stratégie d'état. Le Japon a pratiqué une stratégie dites de "" ll'état développeur"; la stratégie de la Chine: le Commulisme (néologisme: communisme et capitalisme en mëme temps): (http://www.opednews.com/articles/opedne_brock_no_080205__22commulism_series_22__.htm).
    Les Us n'ont pas de stratégie d'état qui va dans le sens de l'intérêt nationale puisque cet état est contrôlé par les lobbys (Armement et pétrole,etc) qui dirigent la politique dans le sens de leurs intérêts particulier.
    JC Pomerleau