Afghanistan - Pour essayer d'y voir clair

2006 textes seuls


Porky Pig VS Yosemite Sam
_ 15 mars 2006
http://aprestout.blogspot.com/
Défense Nationale
AP
Fin février, 60 % des Canadiens sont contre la présence de l'armée canadienne en Afghanistan. Le 8 mars, Stephen Harper déclare: "Canada won't "cut and run'' from Afghanistan". Le 14 mars, 15 % des Canadiens disent qu'il ne sont pas des peureux, se mettent au garde-à-vous et changent d'idée: ils sont maintenant 55 % à favoriser la présence de l'armée en Afghanistan.
Et là, c'est reparti comme en 1917 et en 1942. Les Canadiens sont pour la guerre à 55 % et les Québécois sont contre à 53 %. Pour expliquer cela, Mario Roy donne deux raisons:
1° Cela a toujours été de même: on n'aime pas ça se battre à l'étranger,

2° Il y a des "hystériques" qui détestent tellement George W. Bush qu'il en perdent le nord.
Et M. Roy de reprendre les arguments de nos joyeux va-t-en-guerre:
1° Ce n'est pas comme la guerre en Irak,

2° Il y a un motif probant, déloger les terroristes,

3° Elle est approuvée par la communauté internationale,

4° Elle est bien accueillie par la population locale,

5° En somme, elle est morale.
Pour essayer d'y voir clair, demandons l'avis de quelqu'un qui connaît ça, le général Colin Powell par exemple. PBS résume sa pensée ainsi: "Essentially, the Doctrine expresses that military action should be used only as a last resort and only if there is a clear risk to national security by the intended target; the force, when used, should be overwhelming and disproportionate to the force used by the enemy; there must be strong support for the campaign by the general public; and there must be a clear exit strategy from the conflict in which the military is engaged."
Y a-t-il un risque évident pour la sécurité nationale du Canada? Non.

Avons-nous là-bas une force écrasante et disproportionnée? Non.

Les citoyens supportent-ils fortement l'intervention? À 55 %.

Avons-nous une stratégie claire pour se sortir du conflit? Non.
Telle une hache, une armée est un outil fort et puissant. Mais elle ne peut pas tout faire. Après avoir abattu l'arbre, cela me prend d'autres outils pour faire de la planche. Le travail militaire et le travail policier sont de nature différente. Les talibans sont maintenant partis. Un armée est-elle le bon outil pour le travail qu'il reste à faire en Afghanistan? J'ai des doutes.
Sans porte de sortie claire, il faut se poser la question du budget. Nous allons consacrer à l'Afghanistan plus d'argent (2,6 Ma $) qu'à l'ACDI, c'est-à-dire à tous les autres pays qui reçoivent notre aide internationale? Est-ce bien la chose à faire? J'ai des doutes.
Y a-t-il quelqu'espoir qu'un jour les chefs de clan et les seigneurs de la guerre afghans cèdent leur prérogatives à un gouvernement central élu démocratiquement? J'ai de forts doutes.
Les Afghans guerroient du fin fond de leurs montagnes depuis plus de 2 000 ans et les soldats d'Alexandre le Grand s'en rappellent encore! Une armée conventionnelle peut-elle y intervenir efficacement? J'ai de très forts doutes.
Le général Hillier a été évacué rapidement en hélicoptère à Kandahar parce qu'une bombe a explosé à 800 mètres de lui. On est loin du Lieutenant Colonel Bill Kilgore d'Apocalypse Now
qui s'exclame: "I love the smell of napalm in the morning" pendant que les balles sifflent autour de lui.
L'armée canadienne n'a pas été capable de désarmer une bande de trafiquants de pot qui opéraient à ciel ouvert, en terrain plat, à quelques kilomètres de Montréal, en 1990. Vous pensez qu'il vont désarmer les plus grands producteurs d'opium de la planète dans leurs montagnes? Faites-moi rire.
----
Le syndrome d'Oka
_ 19 avril, 2006
photo: AP
Le syndrome d'Oka est propre à l'Armée canadienne, mais il est récurrent. On peut le décrire comme un ensemble de comportements qui amènent cette dernière à définir elle-même ses mandats de façon à ce que les "méchants" ne tirent pas sur elle.
C'est ainsi que, pendant la crise d'Oka, on a vu l'Armée canadienne négocier longuement avec des trafiquants de drogue armés d'AK-47 et tenant 3 millions de personnes en otages, pour finalement les laisser retourner idemmes et toujours armés dans leurs territoires protégés.
Le syndrome d'Oka a généralement pour effet de jeter de la confusion dans l'esprit des populations qui, en payant leurs salaires, s'imaginent avoir un mot à dire sur les mandats qui devraient les occuper.
Un journaliste de CanWest News Service, Richard Foot, s'est rendu en Afghanistan pour s'en retrouver tout ébaubi. C'est que le brigadier-général David Fraser, commandant des forces de la coalition dans le sud de L'Afghanistan, lui a confirmé de façon vigoureuse que le mandat de l'Armée canadienne ne consiste pas à éliminer la culture du pavot dans le pays, ce qui ne l'empêche pas d'être favorable aux efforts du gouvernement Karzaï, d'ailleurs généreusement financés en partie par le Canada, pour éliminer la culture du pavot dans le pays.
Il faut comprendre que le pauvre paysan n'a que le pavot pour faire vivre sa famille. Là, il n'est que complice des trafiquants et on n'a pas besoin de le tuer, puisque ce n'est pas dans le mandat de l'Armée. Mais si on détruit son champ de pavot, il va se révolter et devenir un terroriste qui va tirer sur l'Armée canadienne. Et là, on va être obligé de le tuer, parce que c'est le mandat de l'Armée canadienne de tuer les terroristes. Vous avez compris ?
Alors on ne touche pas aux champs de pavot qui sont en train d'intoxiquer toute l'Europe et qui, de l'aveu même du brigadier-général, vont détruire ce pays. On développe une relation de confiance avec les trafiquants, pardon, les indigènes, excusez, les communautés locales. Et cela va très bien. C'est au point où les cultivateurs de pavot ont demandé à l'Armée canadienne de les protéger contre le gouvernement Karzaï pour empêcher la destruction de leurs champs !
Tout comme ici, le syndrome d'Oka crée de la confusion dans la population en Afghanistan:
"From the people's point of view, it's hard for them to discern between one group that's doing poppy eradication and another group that's here to support Afghans and deal with the terrorist threat. They don't see the distinction, and it's the job of every soldier on the ground, every day, to make sure he explains it to them."
Ils sont bien chanceux, les Afghans. On n'a pas eu droit à tant d'explications en 1990.
Dans sa naïveté, Richard Foot demande à un officier britannique de Kandahar si ce n'est pas hypocrite de ne pas éliminer les champs de pavot. La réponse vint, claire et nette:
"We're not arguing about some libertarian, lovely, sort of thing here. This isn't Ottawa. This is Afghanistan, and this is realpolitik."
Dans le langage fruste et concis des militaires, cela veut dire: "On fait ce qu'on peut. La mission telle que définie à Ottawa par les contribuables canadiens, est impossible."
Mission impossible.
C. Q. F. D.
Ne pourrions-nous pas mettre nos énergies sur quelque chose de plus réaliste ?
----
Encore l'Afghanistan
_ 26 avril 2006
Nous avons enfin eu droit à un texte honnête et lucide sur le positionnement du Canada en Afghanistan: celui d'Yves Boisvert dans La Presse de ce matin. Et le fait que je ne partage pas son point de vue sur la position du Canada n'enlève rien au respect que je porte à ce texte et à son auteur.
"Si on commençait par dire la vérité, peut-être que ça ferait plus mal, mais on se comprendrait mieux.

Va-t-on installer la "civilisation" et la "démocratie" en Afghanistan?

Ben voyons donc. On s'en va tuer des talibans."
Le chroniqueur explique ensuite, correctement, les débuts de notre intervention militaire. Il place les pacifistes de principe en face de leurs contradictions, puis il revient au problème concret qui se pose aujourd'hui:
"D'autres étaient en faveur de l'intervention en Afghanistan (allô Pierre). Mais cinq ans plus tard, ils se demandent ce qu'on fait là.

On continue, mon vieux.

Quelle est la solution ? Partir ? Laisser les talibans reprendre le pouvoir..."
Les forces internationales ne contrôlent déjà plus l'Afghanistan profond, mais seulement certains quartiers de Kaboul et Kandahar. Les talibans ont déjà tout le loisir d'y installer les camps d'entraînement qu'ils veulent. Mais ils n'en ont pas besoin, ils ont déjà l'Irak et l'ouest du Pakistan.
Les Afghans ont très peu de tolérance à la présence des étrangers sur leur territoire et encore moins à la présence de militaires étrangers. Y rester physiquement, c'est faciliter le recrutement des forces talibanes, comme la lumière sur la galerie attire les papillons de nuit par les soirs d'été. L'Akrasie en direct a déniché un bon article sur le retour des talibans.
Voilà le problème. Notre situation, et celle de l'OTAN, correspond parfaitement à une situation d'enlisement. Dans les sables mouvants, plus vous vous débattez, plus vous vous enlisez. Comme les Américains au Vietnam et les Russes en Afghanistan. Plus vous laissez passer des occasions d'en sortir, plus le retrait final sera douloureux.
Que faire ?
Il faut bien, d'une part, dire quelque chose si on ne veut pas être catalogué de pacifiste primaire, surtout quand on ne se voit pas comme cela. Il est par contre ridicule de prétendre avoir la solution à un des problèmes les plus épineux qui se pose à la communauté internationale. Mais, après tout, mon statut de citoyen ordinaire m'autorise jusqu'à un certain point à dire ce que j'en pense, à la condition de ne pas oublier la citation de Sacha Guitry en exergue du blogue.
Je crois que l'action de la communauté internationale devrait s'articuler autour de deux volets: retrait physique des forces militaires et présence active des organismes de financement.
Sur le retrait militaire, il faut établir un consensus avec les autres membres de la force internationale, négocier un calendrier de retrait graduel avec le gouvernement Karzaï et mettre le plan en action.
Sur le financement international, il faut continuer d'alimenter Karzaï car cet argent est le seul élément qui permet au gouvernement afghan de maintenir une certaine cohésion avec les chefs de guerre, lesquels sont le seul rempart efficace contre l'expansion des talibans, tel le commandant Ahmed Shah Massoud, à l'époque.
Il faut tenter l'afghanisation de l'Afghanistan, pendant qu'on le peut encore.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé