Un gouvernement minoritaire pour le PQ: une impossibilité

Chronique de Louis Lapointe

De tous les scénarios, celui de former un gouvernement minoritaire est une impossibilité pour le PQ, puisqu'il ne pourra jamais mettre en application le principal élément de son programme : un référendum sur la souveraineté. Quoiqu'il fasse, le PQ sera toujours défait par l'opposition sur cette question. Dans cette perspective, on peut penser que Jean Charest puisse demander au Lieutenant Gouverneur de former un gouvernement de coalition avec l'ADQ, même si son gouvernement était défait à la prochaine élection. L'appui de Mario Dumont, qui bénéficiera de plus de sièges dès l'élection suivante grâce à la proportionnelle, lui permettra d'initier ses réformes les plus à droite, comme le dégraissage de la fonction publique à Québec, ce qui ne serait pas une mauvaise chose en soi.
Il est de plus en plus évident qu'il existe au Québec un mouvement antiréférendum piloté par les hommes de Gesca auquel participe d'anciens souverainistes fatigués comme les Jonhnson, Rochefort et Bachant. L'énigme demeure Lucien Bouchard. Il ne faut pas oublier que son "Québec lucide" ne parlait pas de souveraineté et que dans un passé pas si lointain, Bouchard fut un des initiateurs du beau risque de René Lévesque. Comme il partage déjà les valeurs de l'ADQ et des conservateurs, il est facile de l'imaginer derrière Mario Dumont à la prochaine élection, même discrètement. D'ailleurs ne l'était-il pas à la dernière élection? Son appartenance à un riche et éminent cabinet d'avocats très près des conservateurs est un autre indice que personne ne le retiendrait très longtemps s'il décidait d'appuyer un mouvement antiréférendum. Quoiqu'en disent les savants analystes politiques qui l'ont dénigré sur la place publique lors de sa participation au Québec lucide, M.Bouchard a toujours eu un très fort ascendant sur l'électorat québécois. À tout le moins, tout au long de sa carrière il a prouvé à plusieurs reprises qu'il pouvait lire dans la pensée des Québécois et n'a pas hésité à prendre avec succès les virages que lui inspiraient ses perceptions. Il est donc potentiellement dangereux pour le camp souverainiste puisque la souveraineté et la social-démocratie ne semblent plus figurer dans ses plans. Les résultats de la dernière élection fédérale au Québec sont d'ailleurs conformes aux voeux qu'il a prononcés dans le « Québec lucide ». Si maintenant il décidait de déclarer publiquement qu'il faut ajourner toute velléité de référendum sur la souveraineté pour les 10 prochaines années, le temps que les conservateurs fassent leurs preuves, je ne serais pas surpris que les Québécois préfèrent le suivre lui, plutôt que Boisclair. Ce qui serait un dur coup pour Boisclair. Ce dernier aurait donc avantage à sonder les états d'âme de l'ancien Premier ministre avant d'établir sa stratégie des prochains mois.
Enfin, la présence de souverainistes, même fatigués, dans tous les partis politiques québécois est une bonne nouvelle à long terme. Comme le nouveau "beau risque" ne fonctionnera probablement pas, à moins d'un miracle, nous sommes assurés qu'il y aura toujours des voix discordantes chez les fédéralistes pour promouvoir l'idée que le Québec n'a jamais eu sa place dans la Fédération et qu'il ne l'aura jamais. Un seul détonateur peut déclencher toute une explosion. La vie nous apprend qu'il faut parfois trahir pour survivre à nos idées et que survivent nos idées. En ce sens l'idée de la souveraineté n'est pas la propriété exclusive du PQ et ne doit pas devenir le dogme de quelques adeptes. Elle doit être partagée par le plus grand nombre si nous voulons qu'elle se réalise un jour.
Chose certaine, de la façon dont c'est parti, Boisclair a peu de chance de réaliser la souveraineté. La seule arme qu'il lui reste ce sont les jeunes, à la condition qu'ils décident de mettre l'épaule à la roue. On en a beaucoup parlé au PQ, mais on ne les a pas vus souvent.
Louis Lapointe
Brossard

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Chroniqueur et avocat à la retraite, l'auteur a été directeur de l'École du Barreau du Québec, cadre universitaire, administrateur d'un établissement du réseau de la santé et des services sociaux et administrateur de fondation.





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