Congédiement de François Parenteau

Un équilibre à respecter

2006 textes seuls

Par Louise Carrière et Alain Saulnier
Devant les nombreuses lettres sur le départ de François Parenteau de l'émission Samedi et rien d'autre, le comité des programmes de la radio de Radio-Canada tient à publier la mise au point suivante.
Nous avons mis fin au contrat du chroniqueur dans un contexte très particulier, nous en convenons. Toutefois, il faut préciser que cette remise en question d'un contrat n'équivaut pas à un bannissement des ondes à vie. Le comité des programmes, qui a la responsabilité d'évaluer tous les contenus à l'antenne, a tout simplement estimé que M. Parenteau ne remplissait plus le mandat qui lui avait été confié.
Il incombe aux dirigeants de la radio de trouver un juste équilibre entre le respect de politiques journalistiques exigeantes et l'aménagement d'un espace de liberté pour les créateurs. Depuis toujours, la direction fait en sorte que cet espace de liberté soit le plus large possible, ce qui permet d'offrir une radio vivante et intéressante qui plaît aux auditeurs et les incite à s'informer. Pour cette raison, l'humour, même audacieux et provocateur, a toujours été bienvenu et l'est toujours à l'antenne de Radio-Canada. Et la direction respecte entièrement la liberté nécessaire au travail des humoristes. À l'écoute, on constatera aisément que le but de leur humour est de faire rire, avec les sujets qui s'y prêtent.
Un mandat qui n'était plus respecté
Voici un extrait des normes et pratiques de Radio-Canada qui traite de la question de l'humour : «La qualité de la satire joue beaucoup dans la décision de l'utiliser. Les propos et les images satiriques devraient être présentés de façon à ce qu'ils soient aisément identifiés comme tels par l'auditoire.»
On dit aussi dans la politique des programmes de Radio-Canada : «La tendance à mêler l'information et le divertissement dans les émissions est de plus en plus courante. Radio-Canada n'entend pas freiner cette évolution, mais lorsque des éléments d'information sont introduits dans un programme de divertissement, la politique journalistique touchant le pluralisme et l'équilibre des opinions s'applique, surtout si des questions controversées sont abordées.»
Ces extraits donnent une bonne idée des balises qui doivent inspirer les réflexions du comité des programmes.
M. Parenteau a été embauché comme humoriste à l'émission Samedi et rien d'autre afin de livrer des billets d'humour où il analysait l'actualité sociale et politique avec esprit et fantaisie. Avec le temps, M. Parenteau s'est cependant écarté de cette approche humoristique. Ses billets se sont transformés en éditoriaux, voire en pamphlets, deux genres très éloignés du mandat qui lui était donné et qui ont semé la confusion dans l'esprit de plusieurs auditeurs.
Des discussions ont eu lieu avec M. Parenteau afin que ses billets retrouvent leur mandat premier. Nous avons constaté que les changements souhaités n'avaient pas été apportés, et Radio-Canada a décidé fin décembre de mettre fin à son contrat. La pause des Fêtes est le moment naturel pour faire le point sur les formules d'émissions et faire les ajustements nécessaires.
Plusieurs voix
La diffusion des opinions en ondes est régie par la politique journalistique de Radio-Canada, notamment dans cet extrait : «La société s'efforce de "choisir des commentateurs et commentatrices aptes, de par leurs antécédents, à donner une opinion d'expert fondée sur de l'information exacte".» C'est pourquoi les chroniques éditoriales sont livrées par des experts extérieurs reconnus du monde de l'information, par exemple : Michel C. Auger, du Journal de Montréal, Don McPherson, de la Gazette, André Pratte, de La Presse, Michel David, du Devoir, ou Chantal Hébert, du Devoir et du Toronto Star, qu'on peut entendre à l'émission montréalaise C'est bien meilleur le matin.
À l'émission Samedi et rien d'autre, la «Bourse de l'actualité» est livrée sur un ton humoristique évident mais fait quand même appel à des journalistes, columnists ou éditorialistes de plusieurs médias, dont le métier est justement l'observation quotidienne de la scène politique. Les journalistes qui participent à cette bourse de l'actualité sont nombreux et leur participation alterne. Ce sont en ce moment Manon Cornellier, Antoine Robitaille et Josée Boileau, du Devoir, Michel Vastel, de L'Actualité, Vincent Marissal et Katia Gagnon, de La Presse, et Pierre Dubuc, de L'Aut' Journal. De nombreux autres ont aussi participé à cette chronique par le passé, selon leurs disponibilités.
Notre politique journalistique exige qu'on présente de façon équitable un éventail complet des opinions pertinentes sur les sujets controversés. Et c'est pour ça que, tous les jours, des experts de tous les horizons et des acteurs de l'actualité sont aussi conviés à expliquer leurs points de vue sur les grands enjeux politiques, économiques et sociaux.
Nous faisons aussi une large place aux opinions des non-spécialistes. Le public est invité à s'exprimer dans plusieurs émissions, et les gens sont tout à fait libres de livrer des opinions semblables à celles proposées dans les billets de François Parenteau.
Nous invitons aussi des personnalités de différents milieux ou des artistes comme M. Parenteau à discuter librement des sujets qui les intéressent, politiques ou autres. Mais aucun d'entre eux ne dispose d'une tribune hebdomadaire de façon automatique. Ils sont invités occasionnellement, en alternance ou à plusieurs. Nous misons résolument sur la diversité d'opinions à Radio-Canada.
Maintenir l'équilibre entre la liberté d'expression, la présentation d'émissions modernes et stimulantes et l'application de normes et pratiques journalistiques parmi les plus exigeantes au monde n'a jamais été un exercice facile et ne le sera jamais. Surtout pas pour une radio et une télévision publiques dans un pays démocratique. La Société Radio-Canada croit à l'importance primordiale du rôle qui lui est confié et entend assumer pleinement la responsabilité de son mandat. Jusqu'à maintenant, les auditeurs font confiance au sérieux et à la crédibilité de leur radio et de leur télévision publiques, et nous ferons tout pour continuer à mériter cette confiance.
Louise Carrière, Directrice générale de la Première Chaîne radio
_ Alain Saulnier, Directeur général de l'information radio
Pour le comité des programmes de la radio de Radio-Canada


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