Speak White II

Mais il a un ennemi qui s’appelle l’anglais,Il le battra sur son territoire,Et ne connaîtra la paix,Qu’avec la victoire.

Tribune libre 2008

Speak White II
Speak White,

Qu’elle déclamait, la belle blonde,

S’il faut la nommer poétesse en rimes,

La Lalonde,
Admettons-le, Speak White,

C’était la Conquête,

Speak White, c’était un métissage,

Du racisme et du linguisme,
Mais tout ça, c’était avant,

Avant la belle blonde,

Il nous fallait une muse,

On a eu droit à une ruse,
Car la muse était poète,

Elle-même; et sirène,

Qui lançait un appel,

Dans la mer d’anglais,
Du racisme et du linguisme,

Sont nées, sous sa plume,

La résistance et l’espérance,

Ça, c’est Speak White!
Après Lalonde,

L’insulte est devenue un appel aux armes,

L’arrogance s’est vue dans le miroir,

Elle avait, indéniablement, une tête carrée.
Parle français! II
Ah, comme j’aimerais que l’on dise, bien franchement,

À ces Anglais qui polluent Montréal de leur langue,

Parle français! Grosse toune arrogante! Sinon, va-t’en!

Parle français! Toi, l’immigrant! (Note : 1)
Parle français! Car nos pères se sont battus,

Ils étaient révolutionnaires dans leur accent,

C’est vrai, leur révolution était tranquille,

On peut s’en plaindre, mais quand même!
Ils ont bâti un pays,

Nous, gens de ma génération,

Le sacrerons; ce n’est pas qu’une prophétie,

Mais, surtout, un engagement,
Parlons français II
Enseigne le français! Toi, le gouvernement!

Pour que l’immigrant puisse apprendre à dire :

« Parle français! Toi, mon frère nouvel arrivant!

Parle français! Car leurs pères se sont battus!
Ils étaient révolutionnaires dans leur accent,

C’est vrai, leur révolution était tranquille,

On peut s’en plaindre, mais quand même!

Ils ont bâti un pays,
L’on dit que nos enfants en feront partie!

Ils chanteront la gloire de Luther King!

Et les exploits de Gandhi!

Ils loueront l’humanité, et nous serons leurs invités! »
Speak What II
Si tu viens dans mon pays,

Viens comme Lafayette aux États-Unis,

Les gens comme lui,

L’histoire s’en rappelle, les honore,
Ven, amigo mío, como Miranda vino,

Con miles de sueños de libertad,

En las playas del destino,

Fracasando d’un fracas qui sonnait le glas del yugo avergonzado,
Know, English speaking brother,

That Freedom is not an English word,

It is a word born in America,

But a Word of the World,
Ahlân wa sahlân,

Fîl-amrîkâ kaybakî,

Ard ul-djihâd it-tahrîr,

Ard ul-faqr il-qadr, (Traductions : 2)
Je vous le dis donc, dans la langue de mes pères :

Mon pays est ouvert, mais pas sot,

Il connaît la valeur des choses,

Se réclame d’une différence, et aime les différences,
Mais il a un ennemi qui s’appelle l’anglais,

Il le battra sur son territoire,

Et ne connaîtra la paix,

Qu’avec la victoire.
David Poulin-Litvak
Palimpsestiste, auto-palimpsestiste, palimpsestiste de son palimpsestiste
et palimpsestiste de palimpsestiste
Note 1 : Commentaire sur l’esprit de ce quatrain.
J'admettrai que cette partie du poème est la plus choc.

Le troisième vers, en fait, se réfère à une expérience concrète. Je ne
suis pas de Montréal, et n'ai passé là que quelques mois de ma vie, de
manière intermittente. Je viens de Québec. Alors, lors d'un de ces séjours
à Montréal, je me rappelle d'avoir questionné une dame, qui marchait dans
la rue, en français, pour des directions. Sa réplique en anglais, tout
d'abord, m'a surpris, mais ce qui m'a vraiment dégoûté, c'est son regard,
elle me regardait comme si le fait de lui adresser la parole en français
était une insulte! Ce que je veux dire donc par ce vers, c'est que si les
Anglais acceptent le Québec français, la moindre des choses, c'est
d'apprendre le français, et, aussi, la moindre des choses, c'est de ne pas
se comporter de manière si arrogante, comme l'a fait cette dame. Je
distingue, en fait, pour ce qu'il en est des Anglais, entre ceux qui sont
ce que j'appelle des "Anglais arrogants", et les autres, qui ne crachent
pas du regard sur les Québécois. Pour moi, il serait normal que les Anglais
anti-québécois quittent le Québec, et que les autres choisissent de
s'adapter ou, s'ils veulent vivre en anglais, d'émigrer. Cependant, je me
refuse de croire que dire "Va-t'en!", dans ce cas-ci, c'est manquer de
respect, car ce serait manquer de respect à soi-même, avant tout, que
d'accepter ces relents de speak whitisme.

Ensuite, pour ce qu'il en est du quatrième vers, il faut lire: "Apprends le
français, et non l'anglais." J'admettrai volontiers que la formule est
choc, tout d'abord parce que je dis: "Parle français!" et non pas, "Apprends
le français!". Ensuite, parce que le choix implicite qui se pose à
l'immigrant, lui, entre l'anglais et le français, n'est pas explicite, mais
implicite. J'aurais pu dire: "Ne parle pas anglais!" ou "N'apprends pas
(premièrement) l'anglais!", car, bien franchement, le fait que quelqu'un
parle une langue autre que le français ou l'anglais, pour moi, ne me choque
pas vraiment, enfin, s’il n’y a pas de ghettoïsation linguistique
démesurée. Je suis d’avis que les langues autres sont une richesse
culturelle, mais le cas de l’anglais est différent, car il entre en
compétition frontale avec la langue de la majorité. Modérer l’influence de
l’anglais au Québec, donc, sera toujours, avant et après l’indépendance, un
enjeu de protection nationale. Il faut donc distinguer entre l’anglais
envahissant et l’anglais modéré, d’ouverture. L’ouverture figure souvent
dans la bouche de certains clowns politiques comme un euphémisme de
l’envahissement : « Ouvrez-vous à l’envahissement ! » (Traduction : Open
up, get fucked !), pourraient-ils dire, s’ils savaient parler sans tordre
la bouche ! Ah, ces laquais fédérocolonisateurs ! L’on peut comprendre la
fureur enflammée, c’est le cas de le dire, d’un Victor-Lévi Beaulieu !
Finalement, on peut même se questionner à savoir, ces jours-ci, si
l'injonction ne devrait pas plutôt être adressée au gouvernement :
"Enseigne le français! Toi, le gouvernement!", car on ne peut quand même
pas faire reposer la charge de l'apprentissage d'une autre langue,
totalement, sur les épaules des immigrants. Ils ont un effort à faire, un
devoir d'apprentissage du français, mais le gouvernement, lui, a un devoir
d'accompagnement et d'enseignement du français.
Il faut aussi noter, pour terminer, qu'il y a, bien sûr, un problème de
perception politique: l'immigrant qui arrive au Québec ne peut pas
connaître toute l'histoire de la lutte nationale québécoise. S'il ne la
connaît pas - et on lui dit aux bureaux d'immigration que le Canada est un
pays bilingue, et non pas binational aux deux nations unilingues - il ne
peut pas facilement se solidariser avec la lutte nationale au Québec. Ce
problème, culturel, celui de la faible connaissance ou compréhension de la
lutte nationale québécoise, doit aussi être abordé dans le cas de
l'intégration des immigrants. Ce n'est pas vraiment contre eux, en fait,
que l'on s'érige, mais bien contre l'instrumentalisation, par les
fédérocolonialistes anglais et leurs laquais francophones anti-québécois,
de l'immigration comme outil d'affaiblissement démographique des Québécois
au Québec. La guerre de langue, au Québec, est aussi un phénomène
relativement unique. Enfin, elle est compliquée, et doit être expliquée.
Pour cette raison, l'État, qui n'est pas anti-québécois ou Québécois de
couenne molle, a aussi l'obligation d'enseigner la culture et l'histoire
québécoises aux nouveaux arrivants. Mais merde, quand on n'est pas même
capable de l'enseigner à nos propres enfants, aux arrivés, on ne doit pas
se surprendre que l'on ne puisse pas l'enseigner à nos invités, aux
arrivants! Quoiqu'il en soit, intégrer ce changement à la politique
d'immigration québécoise est tout aussi nécessaire, pour leur donner le
goût de la lutte, et la compréhension du pays en germe, à tout le moins, de
la schizophrénie politique québécoise! Je crois qu'une présentation sous
l'angle de la néo-colonisation permettrait de faire un lien avec des
situations qui leurs sont des plus familières dans leurs pays d'origine. Il
y a bien sûr, des différences, la première étant économique, mais la
dimension culturelle de la néo-colonisation québécoise, ils la vivent
aussi, là-bas, avec, en plus, une néo-colonisation économique bien plus
féroce. J'ose dire qu'il faudrait introduire la situation québécoise ainsi,
une situation de néo-colonisation culturelle et politique directe,
distincte de la néo-colonisation économique, culturelle et politique
indirecte, que eux, connaissent de visu et très bien.

Voilà, je ne m'étends pas plus longtemps, simplement pour nuancer le
passage choc de ce poème. Notons que le troisième poème "Parlons français
II" a été inséré après rédaction de ce commentaire. Merci à M. Frappier
d'avoir modéré la publication du texte a priori en soulevant son inconfort
justifié avec ce quatrain, sans qui "Parlons français II" n'aurait pas non
plus vu le jour. Admettons que cela clôt aussi à merveille cet exercice
acharné de palimpsestage! [La revanche est douce aux yeux du palimpsestiste,
maintenant, accompli, M. Barberis-Gervais!->12614]
2 : Traduction des vers non français.
Viens, mon ami, comme Miranda est venu,

Avec des rêves de liberté par milliers,

Sur les plages du destin,

Échouant d’un fracas qui sonnait le glas du joug honteux,
(Référence à l’invasion ratée de Miranda qui a néanmoins réveillé les
passions patriotiques de ses compères vénézuéliens avant l’ère de Bolívar)
Sache, frère de langue anglaise,

Que Freedom (Liberté) n’est pas un mot anglais,

C’est un mot né en Amérique,

Mais un Mot du Monde,
Bienvenue,

En Amérique québécoise,

Terre de lutte pour la libération,

Terre du dénuement du destin (c’est-à-dire, où le pays reste à
construire),
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

Squared

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[Campagne pour une Assemblée citoyenne sur la réforme du mode de scrutin au Québec ->http://www.assemblee-citoyenne.qc.ca/]





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