Réfléchir avant d'agir

PQ - état des lieux et refondation

Le Parti québécois doit résister à la pression médiatique. Celle-ci n'a en tête que des préoccupations immédiates, de celles qui font la une des journaux; plus encore, la plupart de ces journaux ont une politique éditoriale adverse. Ils n'en ont que pour connaître la date et les modalités de la campagne au leadership. Déjà, ces mêmes médias s'apprêtent à faire leurs choux gras des diverses péripéties de cette campagne, attendant l'occasion de mettre en exergue les tensions que toute campagne semblable occasionne.

Non, le PQ peut et doit contrôler son calendrier. Il n'y a aucune urgence pour combler le poste laissé vacant par le départ d'André Boisclair. Le Parti libéral n'est pas en mesure de provoquer des élections anticipées et l'Action démocratique du Québec, sans l'appui du PQ, non plus. Donc, pas de panique!
Alors, que faire? Profiter de ce temps d'arrêt, saisir cette occasion pour relancer une dynamique davantage proactive, susceptible de remobiliser l'intérêt des membres et du public.
Agir là où on ne l'attend pas, reprendre l'initiative
N'y aurait-il pas lieu de décréter un temps de réflexion, de créer une sorte de comité de sages responsable de faire le point sur la situation politique du Québec, sur l'expérience historique du Parti québécois, sur les perspectives d'avenir, et d'en proposer, à l'occasion de divers forums, une lecture aux membres et à la population?
Je pense à des personnalités comme Jacques Parizeau, Bernard Landry, Henri Massé, Paul Piché, Guy Rocher et bien d'autres. Pourquoi ne pas faire appel à ce bagage immense de talents et d'expériences qui jalonnent l'histoire de ce parti et de la lutte du peuple québécois pour son émancipation nationale? Ils sont des dizaines, des centaines, ces Québécoises et Québécois dont l'expérience s'enracine dans notre histoire et qui, j'en suis convaincu, demeurent habités par le pays.
Une fois cette étape franchie, oui, organiser un congrès repensé où ces diverses contributions, et celles de candidats potentiels, pourront être débattues, en mettant de côté l'exercice fastidieux et stérilisant des années passées autour d'un programme-catalogue inutilement technocratique, pour laisser place à l'expression de visions larges et rassembleuses de notre avenir. D'ailleurs, si cette étape devait être escamotée, le prochain chef et le parti risquent de se retrouver dans une situation tout aussi difficile.
Des membres, des députés, des sympathisants laissent entendre publiquement qu'ils ne sont plus convaincus du projet souverainiste, qu'ils le jugent dépassé; ou encore, plus souvent, qu'ils constatent que la majorité de la population ne le partage pas. Ils en concluent, faussement à mon avis, que le parti doit abandonner ce projet dans ses pratiques politiques, n'en conserver qu'une vague image, tel un rêve inachevé, et se concentrer sur le calendrier électoral. Ce congrès devra donc être l'occasion de lever les ambiguïtés persistantes sur l'engagement du parti en faveur de la promotion active de l'indépendance du Québec.
Le PQ doit résister aux pressions et éviter de se laisser dicter sa feuille de route par les médias et les commentateurs. Ces derniers, et ceux qui les paient, sont en règle générale opposés à son projet. Ils sont en campagne active pour le déstabiliser, pour discréditer le projet indépendantiste. Ils voudraient le faire disparaître du paysage politique, réduire le PQ à la seule dynamique électoraliste. S'ils réussissent, ils vont ensuite s'attaquer au projet autonomiste de Mario Dumont, qui va déjà trop loin à leurs yeux. Ils ont d'ailleurs déjà commencé. Bref, pour eux, seul le statu quo est possible. Leur seule lecture devrait ouvrir les yeux des militants et les convaincre de faire exactement le contraire.
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Robert Perreault, Ex-député de Mercier et ex-ministre du Parti québécois


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