Un Projet de pays à relire

PQ - état des lieux et refondation



Les événements qui secouent le Parti québécois depuis le 26 mars dernier ne sont pas attribuables aux seules lacunes du chef démissionnaire, André Boisclair, et la crise ne sera pas résolue du seul fait de son départ.
Au Québec, on a le don de toujours mettre la faute sur le dos des autres et de ne jamais analyser l'ensemble des causes de ses échecs. Il est plus facile de dire: «C'est la faute de Boisclair, du programme, de son équipe, des médias, des militants, etc.», que de comprendre quelle a été l'erreur et de la reconnaître pour mieux rebondir.
Un des éléments déterminants de l'échec de la campagne électorale fut le choix de tenir davantage à la «plateforme électorale» qu'à l'ensemble du programme du parti, intitulé Un projet de pays. Ceci explique l'inefficacité de la stratégie adoptée et des tactiques utilisées, liées à la performance du chef, à son discours et à sa personnalité.
Dans nos sociétés démocratiques de communication tous azimuts, que cela plaise ou non, l'accent est de plus en plus mis sur la performance du chef et de son image. Aux dernières élections provinciales, rappelons-nous, la presse n'en avait que pour MM. Charest, Dumont et Boisclair, qui devaient réagir aux turbulences de l'actualité quotidienne, au détriment de la présentation cohérente du programme de leur parti. Mario Dumont, de l'Action démocratique du Québec, a cependant réussi à tenir son plan de campagne: chaque jour, il dévoilait un nouveau point de programme, avec le résultat positif qu'on connaît.
La démarche d'André Boisclair, faut-il le rappeler, s'est embourbée dans des contradictions déroutantes. D'un enthousiasme débordant et inconditionnel pour le programme au lendemain de la course au leadership, il a omis de s'en faire le promoteur tout au long de la campagne électorale, préférant surfer sur la plateforme électorale sans jamais préconiser les solutions que procure l'indépendance du Québec.
Comment pouvait-il honnêtement promouvoir ce programme qui le gênait tant? Maladroitement, en s'obstinant sur le référendum. Après sa défaite, plutôt que de reconnaître ses erreurs, il a accusé les militants de Québec d'avoir bloqué ses choix et attribué son échec au programme «qui ne convenait plus». Il a dit vouloir le réformer en profondeur, sans annoncer ses couleurs, sans autorité morale ni mandat pour ce faire.
La rumeur selon laquelle «il faut changer le programme» s'amplifie de jour en jour. Or, très souvent, ceux qui la colportent reconnaissent volontiers qu'ils n'ont pas lu ce programme. Devant ce flou artistique, tout le monde s'est senti mal à l'aise. Plutôt que de se laisser mener par les commentaires prématurés et les prévisions hasardeuses des journalistes, j'invite tous ceux qui veulent comprendre à lire ou à relire le programme du PQ et à réfléchir individuellement ou en groupe sur l'objet du litige. Le PQ ne doit pas être le parti d'un seul chef mais le parti des militants actifs qui connaissent à fond les objectifs de leur engagement.
Occuper le créneau souverainiste et social-démocrate
J'ai relu Un projet de pays dans sa version de juin 2005 et j'ai constaté le sérieux et la profondeur de ce projet dont on a si peu parlé. Il est pourtant disponible sur le site Internet du PQ et sur demande à la permanence nationale. Ma conclusion, c'est que le PQ doit demeurer souverainiste et social-démocrate au risque d'être menacé de disparaître. C'est son essence, sa principale raison d'être, la réponse à notre crise identitaire nationale.
Le seul point du programme du PQ qui doit être abrogé, à mon sens, c'est celui qui a trait au processus référendaire et à son échéancier trop contraignant, coulé dans le béton. Il était logique (quoique dangereux) de l'adopter quand le parti savait pouvoir compter sur l'appui de 50 % de la population. Il est devenu suicidaire au fur et à mesure de l'effritement de ce soutien et risque désormais de compromettre le projet de création du pays à tout jamais...
Tout le reste doit évoluer, bien sûr, mais lisez ou relisez ce programme et vous verrez qu'il pose les bonnes questions et apporte beaucoup de solutions aux problèmes posés par notre société. La déclaration de principes, à elle seule, constitue, à mon humble avis, la plus belle feuille de route dont un parti politique se soit doté pour faire naître un nouveau pays à partir d'une nation, un pays pacifique, francophone, laïque, écologique, développé par l'éducation et économiquement prospère, solidaire et social-démocrate, décentralisé et ouvert sur le monde.
Que contient donc ce document de 80 pages divisé en neuf chapitres? Un simple survol des titres de ces chapitres nous fait regretter qu'on l'ait mis sous le boisseau tout au long de la campagne électorale. Les objectifs sont les suivants: réaliser la souveraineté politique du Québec; promouvoir l'identité, la langue et la culture; promouvoir la qualité de vie et protéger l'environnement dans une perspective de développement durable; relever le défi démographique; construire une démocratie de participation; assurer l'efficacité, l'accessibilité et la qualité des services publics; lutter contre la pauvreté et la précarité; miser sur un État partenaire de notre réussite économique; enfin, agir pour une autre mondialisation.
Pendant la campagne, on a beaucoup épilogué sur l'épineuse question de la tenue d'un référendum coûte que coûte ou de référendums à répétition. On a laissé les médias présenter le PQ comme un vieux parti. On s'est laissé faire plutôt que d'éclairer courageusement les vrais enjeux du maintien du Québec dans le Canada. On a à peine abordé la question de la langue et de la culture. On a omis de parler du défi démographique, laissant toute la place aux idées simplistes de l'ADQ dans ce domaine.
On a laissé des pans entiers du programme à Québec solidaire, notamment la «démocratie de participation» et l'«altermondialisation». On n'avait rien à dire, à toutes fins utiles, à propos de l'intégration des immigrants et de la compréhension des accommodements raisonnables, de la lutte contre la pauvreté et la précarité, alors que les réponses sont explicites dans le programme du parti.
Mûrir le projet d'indépendance
Le projet d'indépendance du Québec ne pourra être réalisé que par l'appui concret et tangible de la majorité de ses citoyens. Il devrait être préparé et présenté par différents mouvements et partis, mais il devra rallier la base, les couches populaires, la classe moyenne, comme les élites. N'en déplaise à Louis Bernard, un parti politique ne peut pas se désintéresser de la gestion au quotidien des affaires publiques. Mais le devoir du PQ, c'est de présenter à la population ce qu'on pourra faire quand le Québec sera un pays, quitte à retarder la prise de pouvoir. Ne parler que du processus d'accession à l'indépendance, c'est sauter des étapes essentielles.
Le projet de l'indépendance du Québec, porté principalement depuis plus de 40 ans par le Parti québécois, n'est ni folichon ni farfelu. Il a été réfléchi, discuté, documenté et chiffré depuis presque un siècle. Il est sérieux, précis, clair et porteur d'espérances. Il est présent dans le coeur et l'esprit de tous les Québécois, il est essentiel à notre être en devenir, en tant que nation reconnue, car il permettra à notre identité profonde de guider et de colorer notre gouverne nationale et internationale.
Je crois que beaucoup de ceux qui ont décroché devraient lire Un projet de pays et retrouver leur place dans des structures qui les ont subtilement marginalisés: il ne s'y passait plus rien d'autre que de la stratégie électorale. Depuis Lucien Bouchard, il n'y a plus de vitalité dans les cellules de base du parti, sauf en période d'élection et de financement. Pas de débats, pas d'animation et de promotion du programme avec des discussions stimulantes, pas d'information intelligente. Les membres sont devenus simplement des machines à financer ou des travailleurs d'élections alors que chacun des chapitres du programme mérite d'être assimilé et nourri sans cesse par l'actualité pour mûrir au sein de la population.
Pour résoudre la crise du PQ, plutôt que de laisser la presse plaquer d'urgence un chef-sauveur, il m'apparaît nécessaire de ranimer la foi dans le projet du parti, explicite dans le programme, et donc de lire ce programme, de préparer la population au choix de l'indépendance dans un immense élan populaire avec la certitude que c'est le meilleur choix possible. Il sera temps de proposer ce choix.
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Jean-Louis Bourque, Politologue, membre de la Ligue d'action nationale et membre du conseil scientifique d'ATTAC-Québec


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