D'un Canada à l'autre

Pour rompre l'isolement et empêcher l'asphyxie, il faudra reconstruire la maison péquiste, en ne gardant que les fondations

PQ - état des lieux et refondation

Nous publions aujourd'hui le deuxième texte de Martine Tramblay sur l'avenir du Parti québécois après la déroute électorale du 26 mars dernier.
Par où commencer?

Au Parti québécois, l'harmonie et la discipline ont toujours été strictement réservées aux périodes électorales et référendaires. Cette armée, respectable et même redoutable en temps de guerre, n'a jamais réussi à vivre normalement et sereinement les années de paix, et ce, même quand le PQ était au pouvoir.
Il n'y a rien de bien nouveau, donc, dans les divisions affichées, depuis le 26 mars, dans les médias, par les uns et les autres. Seuls les supports technologiques ont changé. La pellicule, le papier et le VHS ont tout simplement migré vers le DVD, les sites Web et les blogues. Mais cette impressionnante continuité dans la déchirure et l'auto-flagellation révèle un malaise profond que la succession des chefs n'a jamais pu enrayer.
La cause première du problème est inscrite dans les gènes même de ce parti né dans l'euphorie participationniste de la fin des années 60. Le congrès de fondation a ainsi adopté, en 1968, des statuts extrêmement contraignants, tirés de l'expérience des " camarades " communistes est-européens, et qui tiennent encore aujourd'hui dans un document dense de plus de 50 pages.
On a de ce fait instauré une culture faussement démocratique, marquée par la multiplication et la lourdeur des instances de contrôle et de décision, où la suspicion à l'égard des dirigeants a toujours figuré au premier rang des devoirs du bon militant.
Batailles acharnées
Toute l'histoire du PQ est jalonnée de ces batailles acharnées, de ces combats aux accents dramatiques, dans les conseils et congrès nationaux, qui se sont souvent terminés par des victoires à l'arraché. Et ces dernières ont, la plupart du temps, été payées cher, quand elles n'ont pas été assorties de compromis douteux. En réalité, René Lévesque est le seul chef à n'avoir jamais capitulé devant la fronde de ses apparatchiks, n'hésitant pas, quand il le fallait, à mettre sa tête " sur le billot ". Il ne s'est du reste pas gêné, au moment de son départ, en 1985, pour clamer que la formation qu'il avait lui-même fondée avait déjà assez vécu.
Mais pendant une décennie encore, en particulier grâce à l'épisode de Meech, cette tare originelle, si elle a provoqué de profonds agacements périodiques, n'a pas eu trop de conséquences. Les difficultés vécues depuis la défaite référendaire de 1995 ont rendu plus apparents les vices du système, devenu un véritable repoussoir.
Le parti apparaît en effet de plus en plus comme une structure d'abord centrée sur elle-même. Une structure qui a remplacé l'écoute des autres par de stériles et épuisants débats internes, nourris et relayés trop souvent par de " grandes gueules " médiatisées, lesquelles ne représentent que leur propre point de vue, à des lieues de l'opinion et des perceptions des citoyens et de la majorité des membres de la base du parti.
Parti déchiré
Faut-il s'étonner que les tentatives d'actualisation du programme aient lamentablement échoué et que rien de bien impressionnant ne soit sorti de ces conseils nationaux thématiques nouveau genre, censés incarner une nouvelle ouverture et des nouvelles façons de faire? Faut-il en vouloir aux observateurs de ne plus savoir où loge vraiment ce parti déchiré entre diverses tendances idéologiques qui s'affrontent périodiquement dans toutes les instances?
Comment un parti sérieux peut-il espérer présenter un message clair et cohérent quand un club politique comme le SPQ libre - " cadeau " de départ de l'ancien premier ministre Bernard Landry - confère un poids démesuré à une minorité de militants de la gauche syndicale, qui peuvent à tout moment, et en toute impunité, défier et contredire publiquement la direction?
À vouloir absolument garder ensemble tous les morceaux de la vaste coalition politique constituée il y a 40 ans, le PQ est en train de s'autodétruire, otage et victime de ses nombreuses contradictions. René Lévesque n'a cessé de dire, dans les années 70, que ce genre de regroupement, dont il mesurait bien les risques, ne devait pas survivre au-delà du temps nécessaire à l'accession à la souveraineté, qu'il croyait alors relativement proche.
Quatre décennies et deux défaites référendaires plus tard, force est de constater que le ciment a tenu. Mais on a aussi bouché toutes les fenêtres de l'édifice. L'oxygène n'y pénètre plus.
Pour rompre l'isolement et empêcher l'asphyxie, il faudra reconstruire la maison, en ne gardant que les fondations. Et cela passe obligatoirement par une remise en cause fondamentale des instances et de leur fonctionnement, seul moyen de briser la culture de tensions, de méfiance et de blocage qui mine le Parti québécois depuis beaucoup trop longtemps.
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Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnaire, l'auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d'études et de recherches internationales.

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Martine Tremblay12 articles

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Autrefois directrice de cabinet du premier ministre René Lévesque, puis haute fonctionnaire, l'auteure est conseillère spéciale affaires publiques et analyse stratégique chez HKDP et membre du conseil du Centre d'études et de recherches internationales.





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