Une «gouvernance souverainiste» qui fait gagner le Québec

PQ - état des lieux et refondation

Le Parti québécois est une formation politique démocratique et souverainiste. Bien qu'il s'agisse d'une évidence, il importe donc de rappeler que, une fois porté au pouvoir, il a le droit et l'obligation de gouverner afin de réaliser son programme.
Or, c'est lorsqu'il a dérogé à ce fondement que le Parti québécois s'est retrouvé dans un cul-de-sac: une gouvernance provinciale non souverainiste mène à l'impuissance, tandis que vouloir faire la souveraineté sans gouverner mène à l'échec.
Qu'est-ce que la gouvernance souverainiste?
Le germe de la gouvernance souverainiste s'est incarné notamment dans le développement de l'État, la création d'un régime de retraite distinct, la nationalisation de l'hydroélectricité, le développement d'un véritable système d'éducation, ainsi que par l'adoption de la Charte de la langue française et de la Loi sur le financement des partis politiques.
La gouvernance souverainiste est donc la suite logique de ce qui a été amorcé pendant la Révolution tranquille: des réformes successives qui ouvrent la voie de l'émancipation politique du Québec. Enchâssée dans la démocratie, c'est la conjugaison du service public et de la raison d'État, c'est-à-dire répondre aux besoins des citoyens québécois par la mise en oeuvre de politiques nationalistes, qui font progresser le Québec.
Pourquoi faut-il gouverner en souverainiste?
En adoptant la stratégie référendaire, le Parti québécois est progressivement passé d'une logique du «toujours plus» vers une logique du «tout ou rien» pour le Québec. La contrepartie, c'est qu'entre tout et rien, on peut finir avec rien.
En effet, les deux défaites référendaires ont fait reculer le Québec, alors que la gouvernance provinciale n'a pas empêché le déséquilibre fiscal, le programme des commandites et la Loi sur la clarté. Pourtant, les progressions durables du mouvement souverainiste ont toujours été soutenues par les victoires et les gains du Québec et non par l'humiliation et le ressentiment.
Un gouvernement sortant du Parti québécois ne devrait plus jamais se présenter devant l'électorat sans avoir réalisé l'indépendance ou sans avoir fait progresser le statut politique du Québec: les souverainistes ont une obligation de résultat.
Il est temps pour le Parti québécois de cesser de s'enfermer dans une stratégie unique et rigide afin d'opter pour une gouvernance souverainiste qui, elle, permet toutes les stratégies et, surtout, toutes les victoires.
Comment gouverner en souverainiste?
- Exploiter toute la marge de manoeuvre actuelle du Québec
Avec la Révolution tranquille, le Québec s'est mis à exploiter tout l'espace dont il disposait. Le Parti québécois doit renouer avec cette tradition nationaliste. L'adoption d'une constitution du Québec enchâsserait dans un texte fondateur les droits collectifs et individuels propres au Québec tels la Charte de la langue française, la Loi sur les prérogatives de l'Assemblée nationale et la Charte québécoise des droits de la personne. Cette loi fondamentale légitimerait aussi l'utilisation fréquente et sans complexe de la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits afin de protéger les consensus québécois.
La création d'une citoyenneté québécoise contribuerait à clore le débat débilitant au sujet de qui est Québécois ou non. Aussi, l'adoption d'une charte de la laïcité institutionnaliserait la séparation de l'État et des religions de même que la primauté des lois civiles sur les pratiques religieuses.
Finalement, en réformant les institutions démocratiques -- mode de scrutin, régime parlementaire, décentralisation, imputabilité -- le Québec rétablirait le lien de confiance entre les citoyens et leur État. Voilà quelques politiques nationalistes qui confirmeraient juridiquement, socialement et institutionnellement la distinction du Québec. Il importe d'opposer le nationalisme québécois, inclusif et actuel, à la ghettoïsation multiculturelle et aux reliques coloniales du Canada.
- Ouvrir de nouveaux espaces de pouvoir au Québec
En fonction de la volonté populaire et de la conjoncture politique, le Parti québécois devra constamment chercher à repousser les limites du cadre fédéral afin de réaliser les aspirations du Québec, et ce, jusqu'à la souveraineté.
Le message adressé au gouvernement fédéral doit être sans équivoque: il devra faire gagner le Québec ou risquer un ressac souverainiste avec le Parti québécois aux commandes de l'État.
Il n'est pas question ici de «beau risque», «d'affirmation nationale» ou de «fédéralisme d'ouverture». Dans tous ces cas, le Québec était à la remorque des initiatives d'Ottawa. Dorénavant, c'est le Québec lui-même qui doit imposer ses droits en tant que nation.
Au cours des années, plusieurs ont suggéré de nouvelles avenues. Il y a eu les référendums sectoriels de Jacques Parizeau, l'approche gradualiste de Denis Monière et Guy Bouthillier, la sortie de secours de Jean-François Lisée, l'approche alternative de Claude Morin, l'idée d'un référendum sur les points d'impôts, l'initiative populaire des Trois mousquetaires et le changement de cadre stratégique proposé par Robert Laplante. Chaque fois, le Parti québécois rêvait d'un match revanche référendaire et n'y a pas vraiment porté attention.
Il ne s'agit pas, à ce stade, de choisir une recette plutôt qu'une autre, mais d'utiliser celles qui permettront de faire gagner le Québec, jusqu'à ce que la population vote en faveur de l'indépendance.
La responsabilité du Parti québécois
Il faut que le Parti québécois ajoute toutes ces options à son éventail stratégique. Il pourra alors recourir, en fonction de la conjoncture politique et de la volonté de la population, à une ou plusieurs d'entre elles. En d'autres mots, le Parti québécois doit cesser de télégraphier sa stratégie à ses adversaires. Ne plus s'enfermer dans des échéanciers intenables, mais sans pour autant exclure d'emblée la possibilité de tenir un référendum au moment jugé opportun.
C'est dans une plate-forme électorale, conçue évidemment en partenariat avec la base, que les prochains combats des souverainistes devront être définis. C'est à un gouvernement du Québec dirigé par le Parti québécois qu'il reviendra de définir le cadre stratégique permettant d'y arriver.
Une seule chose doit être claire, c'est l'engagement solennel que nous prendrons devant les Québécois et les militants de notre parti de faire gagner le Québec. Il s'agit du chemin le plus direct vers l'indépendance.
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Ont signé ce texte: Mario Aguirre, Martin Barabé, Olivier Cournoyer-Boutin, Jennifer Drouin, Marie-Michèle Dubeau, Benoît Dubreuil, Maxime Gauthier, Marc-André Gosselin, Jean-Luc Lavoie, Philippe Leclerc, François Lemay, Rim Mohsen, Guillaume Paradis, Anik Pouliot, Joëlle Quérin, David Tardif, Alexandre Thériault-Marois, Mathieu Traversy, Yanick Vaillancourt et Claude Villeneuve (http://les3travaux.blogspot.com). Les auteurs sont militants du Parti québécois et s'expriment en leur nom personnel.


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