Pas de précipitation, la réflexion s'impose

PQ - succession de Boisclair



André Boisclair aura tiré la seule conclusion possible dans les circonstances. Le Parti québécois commettrait toutefois une grave erreur s'il devait s'engager dès maintenant dans une lutte à la succession. Il faut souhaiter que l'exécutif national ait la clairvoyance et la force nécessaires pour écarter toute tentative de couronnement prématuré.

Ce dont le parti a besoin, ce que les circonstances commandent, c'est une analyse rigoureuse de la situation politique du Québec et une révision des façons d'agir du parti. Le PQ ne doit pas répéter l'erreur du dernier congrès, qui aura privilégié le psychodrame médiatique de la course latente à la chefferie au débat politique en profondeur. Pas de précipitation, donc: la réflexion s'impose.
En effet, même si certains ont décrété, avec empressement mais un peu prématurément, la mort du Parti québécois et, avec lui, celle du projet de l'indépendance du peuple du Québec, celle-ci s'impose toujours comme l'achèvement normal de l'histoire des francophones d'Amérique. Il s'agit toujours du seul projet politique susceptible de permettre à notre peuple de faire face en pleine responsabilité aux défis économiques et sociaux qui le guettent, du seul projet politique qui garantisse à sa culture la liberté assumée de son plein épanouissement, ici et dans le concert des nations. Une première condition de succès doit donc être remplie: il faut que le PQ redécouvre sa capacité de le réaffirmer avec force et conviction.
Il est essentiel à ce moment-ci que les membres du parti et ceux qui aspirent à en incarner le leadership s'en convainquent à nouveau et se réapproprient sans tergiversations tactiques le projet au coeur de l'existence du parti.
Car il faut le répéter pour contrer tous ceux qui en sont les adversaires actifs ou complaisants: le projet de réaliser l'indépendance du Québec n'est pas, dans le monde actuel, un projet dépassé. Il ne contribue pas non plus à la vulnérabilité du PQ, comme certains voudraient l'en convaincre; au contraire, il en fait toute la force historique. Il faudra bien une fois pour toutes qu'on ait au PQ l'honnêteté de dire à ceux qui veulent y adhérer ou encore l'appuyer que ce parti est dédié à la réalisation de la souveraineté nationale.
Le problème de ce parti, ce ne sont pas les «purs et durs» mais les mous! Si le PQ n'a pas au coeur de son programme et de son action politique la souveraineté du Québec, alors il faudra créer un parti qui corresponde aux aspirations de tous ces Québécois qui, eux, en sont convaincus. La montée de l'ADQ ne laisse d'ailleurs plus aucun choix au PQ: la place de l'affirmation nationale est déjà occupée.
D'ailleurs, loin de signifier la fin du rêve, les dernières élections auront révélé une dimension fondamentale de la politique québécoise: le Parti libéral, avec son enfermement dans le statu quo constitutionnel, se trouve de plus en plus marginalisé chez les francophones. [...]
Ce n'est ni l'option politique du parti qu'il faut remettre en cause, ni les raisons de son engagement, mais bien plutôt la faiblesse de l'action politique du parti au cours des dernières années, son incapacité à incarner de nouveau de manière dynamique les enjeux de la société québécoise et de mettre en lumière les limites que nous impose le système fédéral. [...]
Une réforme s'impose au PQ: il faut remplacer le fastidieux exercice, artificiellement démocratique, trop souvent vide de sens, d'une révision tatillonne d'un programme-catalogue par la proposition à nos concitoyens d'une lecture juste et courageuse des réalités et des défis.
[...] Il faut retrouver au PQ notre capacité d'analyse des réalités, des défis et des urgences du Québec actuel. Contrairement à Louis Bernard, je ne crois pas possible que le parti qui prône la souveraineté du Québec comme solution puisse faire l'économie de ces débats. On ne peut décréter de time out.
La question de la date du prochain référendum donne des boutons à tous les Québécois. Le prochain référendum aura lieu le jour où un parti indépendantiste au pouvoir jugera le projet gagnant auprès de la population. Le Parti québécois doit entre-temps se donner une lecture juste des urgences, réaffirmer la valeur de son projet, retrouver le goût de l'action politique et, surtout, adopter un programme sans ambiguïté quant à sa volonté, une fois élu, de faire comme gouvernement tous les gestes nécessaires à l'avènement de ce projet.
Le PQ doit faire de cette réflexion un moment privilégié de contribution intellectuelle de tous ceux qui aspirent au leadership du parti. Il sera toujours temps, ces débats ayant vraiment eu lieu, de voter pour l'homme ou la femme qui saura le mieux représenter ces aspirations.
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Robert Perreault, Ex-député de Mercier et ex-ministre dans le gouvernement du Parti québécois


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