Louise Beaudoin écarte un retour en politique

L'ancienne ministre entend poursuivre sur d'autres terrains son engagement en faveur du français

Crise de leadership au PQ


Ma vie a toujours été faite d'engagements. Il est donc normal que je me sois sérieusement interrogée, au cours des derniers mois, à l'approche d'une échéance électorale, non pas sur la nature de mon engagement mais sur le terrain de cet engagement.
Passé le cap de la soixantaine, la vie nous apprend à bien peser nos décisions. Aujourd'hui, j'en suis venue à me dire que le sens à donner à mon engagement consiste principalement à déterminer le champ d'intervention dans lequel mon action sera la plus utile et la plus efficace.
Personnellement, je suis fortement interpellée -- et ce n'est pas récent -- par des questions qui me semblent vitales tant pour la nation québécoise que pour tous les francophones de la planète: l'avenir du français et de la Francophonie, l'avenir de la diversité linguistique dans le monde de demain.
Depuis maintenant presque quatre ans, depuis ma défaite dans Chambly aux élections de 2003, j'ai participé, en amont de la vie politique, à tous ces débats, par l'enseignement, par l'écriture, par de multiples conférences et missions à l'étranger. J'ai décidé de continuer à m'y consacrer pleinement de la même façon.
Bien sûr, un choix comporte toujours sa part de regrets et je sais que j'en aurai, particulièrement en pensant à mes amis du Parti québécois de la circonscription de Chambly avec lesquels j'ai cheminé depuis 1991.
Recul du français
Contrairement au dossier de la diversité culturelle qui en était, au moment du rejet de l'Accord multilatéral sur les investissements, à la fin des années 90, au stade de la décision politique, celui de la diversité linguistique, délibérément exclu de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptée en 2005 par l'UNESCO, en est quant à lui au stade préliminaire. Pour le mener à terme, nous avons un besoin pressant, dans un premier temps, de plus d'analyses, de plus de réflexions, de plus de recherches, de plus de mobilisation citoyenne, de plus de rêves aussi pour faire en sorte que le français -- dont le sort au Québec et le sort dans le monde sont intimement liés -- demeure une grande langue de communication internationale.
Je n'évoque pas ici seulement la saine réaction des Québécois et l'action déterminée, par exemple, du mouvement Montréal français devant l'anglicisation galopante des raisons sociales dans le paysage de Montréal. Je pense avant tout au recul du français dans les organisations internationales, ONU et institutions européennes en tête.
Je pense également à la place, souvent mineure et en régression, qu'occupe le français dans certains pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Je m'interroge enfin sur ce qui pousse les entreprises, les États et les organismes de langue française à utiliser l'anglais même lorsqu'ils sont dominants dans leur sphère d'activité.
Ainsi, est-il normal que le numéro un mondial de l'aviation civile, Air France, débaptise son programme de fidélité «Fréquence Plus» pour l'appeler «Flying Blue»? Est-il normal que l'anglais soit en passe de devenir la seule langue des échanges internationaux et que les autres langues, dont le français, soient en recul constant? Faut-il l'accepter comme une fatalité alors que, par ailleurs, la «demande» de français augmente à peu près partout dans le monde, qu'il suffise de constater le succès de l'enseignement de notre langue dans de multiples pays? Ne doit-on pas se préoccuper tout autant de diversité linguistique que de biodiversité?
Au cours des dernières années, il s'est produit au Québec une prise de conscience fondamentale des problèmes environnementaux. Le réchauffement de la planète, les gaz à effet de serre et les questions énergétiques ont occupé le devant de la scène. Cette prise de conscience n'est pas l'effet du hasard. Nous la devons à ceux et celles qui, à un moment donné de leur vie, ont choisi de mener des campagnes, de se mobiliser dans des combats à première vue moins urgents, moins d'actualité, mais qu'ils sentaient être des enjeux fondamentaux.
Il en va de même, pour moi, maintenant, de l'avenir du français. Nous ne devons pas attendre d'avoir atteint le point de non-retour avant d'agir sur ce terrain. Or le temps presse, celui de la prise de conscience comme celui de l'élaboration de solutions concrètes.
Ailleurs qu'en politique
Il y a des engagements qui s'imposent d'eux-mêmes. Propulser cet enjeu au même degré de priorité que l'est devenu l'environnement, voilà aujourd'hui un des défis qui me passionnent et que je serai mieux à même de relever, je crois, en continuant à faire ce que je fais actuellement plutôt qu'en replongeant dans le tourbillon de la vie politique, de ses exigences et de ses aléas.
Le Parti québécois demeure mon parti. Le mouvement souverainiste est solide et vigoureux; mes convictions sont fermement ancrées et le type d'engagement que je choisis ne les remet aucunement en cause.


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