Une semaine difficile pour le chef du PQ

Tel un phénix, Boisclair renaîtra-t-il de ses cendres ?

Le clan péquiste table sur un revirement rapide de la situation

Crise de leadership au PQ



Québec -- Lors de la course à la direction du Parti québécois, André Boisclair avait promis de rallier tous les souverainistes, quelle que soit leur allégeance partisane, en vue de tenir rapidement un référendum victorieux. Un peu plus d'un an après son couronnement, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est loin de son objectif. À 32 % dans les sondages, le PQ n'attire même plus la totalité de sa clientèle traditionnelle.
Au cours de la réunion du caucus péquiste, jeudi, André Boisclair s'est fait dire par ses députés que le PQ doit miser plus que jamais sur le thème de la souveraineté lors de la prochaine campagne électorale. Aux élections d'avril 2003, Bernard Landry, comme d'ailleurs tous les chefs souverainistes avant lui à l'exception de Jacques Parizeau, avait joué lourdement la carte du bon gouvernement. On connaît la suite: le PQ avait obtenu son pire score en 30 ans en récoltant 33 % des voix. Une contre-performance que Bernard Landry semble d'ailleurs avoir oubliée cette semaine.
Pour une majorité de députés et de militants péquistes, s'il y a une leçon à tirer de la défaite de 2003, c'est que le PQ a tout intérêt à faire porter les élections sur la souveraineté nationale. Tandis que le PQ est au plus bas dans les sondages, la souveraineté-partenariat recueille toujours 45 % d'appuis, fait-on remarquer. En ralliant les sympathisants souverainistes, le PQ goûtera à la victoire.
Et il faut que les souverainistes aillent voter en nombre. En 2003, le Parti libéral du Québec avait obtenu 16 000 votes de moins que lors de sa défaite de 1998, mais il avait accru de 3,5 points de pourcentage, à 46 %, la proportion de votes en sa faveur. C'est que le taux de participation avait chuté de huit points, à 70 %. Un grand nombre d'électeurs souverainistes étaient tout simplement restés chez eux le jour du scrutin.
Souveraineté et gouvernement
On se souviendra qu'au moment de la course larvée à la direction du PQ, François Legault avait été l'ardent promoteur d'un scrutin portant sur un programme de pays, un programme «emballant» qui permettrait de tabler sur tous les revenus qu'obtiendrait un Québec souverain. Il avait même fait inscrire cette démarche dans le programme du parti. En revanche, Pauline Marois préconisait une plate-forme dite équilibrée: on parle un peu de la souveraineté, mais on propose aussi des mesures qu'un gouvernement provincial peut mettre en oeuvre avant la tenue d'un référendum.
Deux arguments militent en faveur de cette démarche équilibrée. Le premier, c'est celui des électeurs mous, des indécis, ceux qui font pencher la balance et qu'il faut convaincre lors d'un scrutin. Un programme de gouvernement les rassure. Le deuxième argument est d'ordre temporel: le gouvernement peut-il se mettre au point mort jusqu'à la tenue d'un référendum dont on ne sait exactement quand il aura lieu?
André Boisclair est placé devant un dilemme. En faisant porter les élections uniquement sur la souveraineté et un programme de pays, le PQ courrait sans doute au désastre si l'électorat -- et il semble que ce soit le cas à l'heure actuelle -- est convaincu qu'André Boisclair ne sera pas en mesure de tenir rapidement un référendum gagnant advenant sa victoire. Sans un référendum rapide à la clé, le programme de pays du PQ apparaîtrait tout au plus comme un séduisant pelletage de nuages. Mais si le PQ ne fait que proposer un programme de gouvernement en évoquant mollement un intemporel grand soir de l'indépendance, bien des souverainistes bouderont le parti.
De plus, les deux derniers référendums ont montré ceci: pour que les souverainistes puissent espérer gagner le référendum, le chef du clan du OUI -- en l'occurrence André Boisclair s'il est élu -- doit posséder d'indéniables qualités de leader. Le fait de jouir d'une grande popularité ne nuit certainement pas non plus. Jacques Parizeau était un général hors pair, mais il a fallu qu'on fasse appel au charisme d'un Lucien Bouchard.
Or même s'il avait quelque chose de pathétique cette semaine à voir Bernard Landry s'acharner sur son successeur pour ensuite montrer sa disponibilité à le remplacer sur-le-champ, aucun député péquiste n'a contesté son constat sur les erreurs d'André Boisclair et ses problèmes de leadership.
Le chef péquiste a vanté la générosité des «belles-mères» dont il ne peut pas se passer des conseils. Jacques Parizeau lui a fourni un plan de match axé sur des actions précises et non pas sur de vagues paroles. Tous ses députés l'ont sommé de «ne pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué», a dit M. Boisclair. Plus question de promettre une équipe de rêve qu'il est incapable de rassembler.
À l'issue de la réunion du caucus, jeudi, André Boisclair, se pliant à la volonté de ses députés, s'est empressé de lancer un appel aux souverainistes pour qu'ils reviennent au PQ. On verra comment cet appel se traduira en campagne électorale.
Jean Charest n'attend que cela: des élections dont l'enjeu porte sur la souveraineté. L'inquiétant trou noir de la souveraineté opposé à la pantoufle du statu quo. Face à un chef péquiste dont le leadership est défaillant, le chef libéral s'en promet.
Un nouveau PQ
Instinctivement, André Boisclair penche davantage pour la stratégie du bon gouvernement. Ce n'est pas pour rien que ses députés l'ont rappelé à l'ordre. Il promet de présenter aux prochaines élections un PQ qui ne sera pas celui de 2003, pas celui de Bernard Landry. Pas celui du programme élaboré sous l'ancien chef péquiste? Ce nouveau PQ «actualisera» sa posture social-démocrate; le parti sera recentré, doit-on comprendre, s'inspirant de la «troisième voie» de Tony Blair. Le développement économique et l'environnement seront au coeur de la plate-forme électorale. La justice sociale passera par l'éducation. Évidemment, la seule évocation de cette «troisième voie» donne de l'urticaire au SPQ libre.
Dans l'entourage d'André Boisclair, on estime que le chef est victime de quelques déclarations maladroites. Il traverse une mauvaise période qui est l'apanage de la vie d'un chef politique, surtout d'un chef de l'opposition. La politique est parsemée de revirements soudains, invoque-t-on. Qualifié alors de «mal-aimé», Jean Charest a connu des moments pénibles en tant que chef de l'opposition et a vu son leadership être contesté. Même au pouvoir, Jean Charest n'a pas manqué de traverser des mauvaises passes: des stratèges libéraux se sont même demandé s'il ne fallait pas le forcer à partir pour le remplacer par Philippe Couillard. En France, le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, tirait de l'arrière dans les sondages: il n'a fallu qu'un bon discours à son investiture et de quelques gaffes de son adversaire Ségolène Royal pour renverser la vapeur, résume-t-on.
Bref, dans le clan péquiste, on table sur un revirement rapide de la situation, un renversement des tendances dont la politique a le secret. Pour André Boisclair, la campagne électorale vient véritablement de commencer.


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