Les sophismes d'un politicologue

2006 textes seuls


Libre opinion: Dans des textes publiés dans Le Devoir du 22 mars et La Presse du 17 mars et me mettant en cause, le politicologue [Louis Massicotte->109] descend de son piédestal pour défendre son avant-projet de loi sur la réforme du mode de scrutin. Reconnaissant enfin que ce projet suscite une opposition croissante, le principal conseiller du gouvernement dans ce dossier ne voit aucun problème dans l'imposition d'une réforme de nature constitutionnelle de cette envergure sans l'approbation de l'opposition officielle ou ratification de la population par référendum.

Il s'agit là d'une information cruciale, confirmant les craintes que le gouvernement ne soit tenté dans cette affaire par un coup d'État légal.
Rappelons que les simulations du sociologue Pierre Drouilly sur les effets de l'avant-projet de loi dans le passé ont annihilé le principal argument de M. Massicotte en faveur de sa réforme : avec celle-ci, le Parti québécois aurait tout de même remporté l'élection de 1998, tout en ayant obtenu un peu moins de voix que les libéraux. Les mêmes simulations qui montrent que la réforme aurait condamné une fois sur deux le PQ aux gouvernements minoritaires durant son époque de gloire -- y compris en 1976, confirment la menace pour l'alternance politique alors que la gauche souverainiste a tendance à s'effriter.
Déformation des arguments
Mais au-delà du contenu de la réforme, c'est le processus qui est devenu important dans ce dossier. À ce sujet, ce qui trouble dans les deux textes d'un universitaire réputé comme M. Massicotte, c'est à quel point les références savamment techniques s'accompagnent d'une systématique déformation des arguments des adversaires, y compris changer le contenu d'une citation pourtant mise entre guillemets.
Je comprends que me citer comme ayant fait référence à «des vieilles démocraties comme la nôtre» permettait au politicologue d'enchaîner sur ces exemples hors Québec dont il voulait tant parler, mais mon texte ne faisait absolument pas mention de la situation ailleurs. S'il vous plaît, M. Massicotte, un peu moins de références pour épater la galerie et un peu plus de rigueur intellectuelle ! Ne modifiez pas un texte que vous citez.
Arrêtez de prétendre que les opposants à votre réforme exigent l'unanimité, alors qu'ils demandent l'approbation de l'opposition officielle, cogardienne de nos institutions démocratiques. Ne donnez pas l'exemple du gouvernement britannique qui a imposé un changement pour les européennes en 1999, en feignant d'oublier que l'on parle au Québec d'une réforme de nature constitutionnelle majeure, alors que les élections européennes sont accessoires pour la grande majorité des Britanniques.

Ratification nécessaire
En rappelant les provinces canadiennes ayant procédé à des changements électoraux dans les années 20 et 50, n'essayez pas d'occulter que la ratification des réformes du mode de scrutin par référendum est en train de devenir la règle dans le Canada de 2006 : on l'a vu en Colombie-Britannique et à l'Île-du-Prince-Édouard, et on le verra en Ontario et au Nouveau-Brunswick.
La dernière chose dont a besoin un Québec obligé de subir une loi constitutionnelle canadienne sans légitimité politique est une autre réforme constitutionnelle illégitime, sur le plan interne cette fois. Ce qui frappe chez certains qui ont toujours les mots de citoyen et de citoyenne à la bouche, c'est leur refus de faire ratifier la réforme du mode de scrutin par la population. Ils ont bien raison de craindre le désaveu d'un peuple québécois davantage empreint de bon sens et d'instinct de survie.
Dans un Québec affaibli par les réformes constitutionnelles de Trudeau, entre l'avant-projet de loi partisan des libéraux et une dynamique encore plus proportionnelle néfaste pour le pouvoir québécois, le maintien du mode de scrutin actuel s'impose tant que le peuple n'en aura pas décidé autrement de façon souveraine.
Christian Dufour
_ Politicologue à l'École nationale d'administration publique et auteur de l'ouvrage Le Défi français -- Regards croisés sur la France et le Québec (Septentrion, 2006)


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