Le prix à payer

Afghanistan - le Rapport Manley - retrait ou non?

Très attendu, le rapport du comité d'experts sur l'Afghanistan présidé par John Manley a été rendu public hier. Il ouvre la voie à une prolongation, sans limite de temps, de la mission militaire canadienne dans ce pays, pour peu que la Chambre des communes donne son aval. D'emblée, cette proposition suscite des réserves.
Le rapport Manley vaut la peine d'être lu. On y propose une politique qui, à défaut de faire l'unanimité, a le mérite d'exposer avec franchise la démarche à suivre. Une franchise qu'on retrouve d'ailleurs tout au long de ce rapport qui adresse de nombreuses critiques au gouvernement conservateur: absence de communications franches avec les Canadiens; sous-évaluation des enjeux militaires et de la force de l'insurrection talibane; résultats mitigés sur le terrain, aussi bien sur le plan militaire que dans le domaine de l'aide au développement. Le comité relève aussi la faiblesse lamentable de la direction politique des opérations confiée à deux ministres inexpérimentés, Peter Mackay et Maxime Bernier, à la Défense et aux Affaires extérieures.
L'exposé de la situation fait par le comité peut être qualifié de lucide. «L'issue [de la guerre en Afghanistan] est incertaine», écrit-on en soulignant que les plans les mieux élaborés et les prévisions les plus sûres pourraient ne pas tenir. C'est là une chose que tous les observateurs ont déjà pu constater et que dans un contexte similaire les Russes ont appris au prix d'une défaite humiliante il y a 20 ans dans ce même pays.
Le Canada se doit, insiste néanmoins le comité, d'être en Afghanistan pour sa sécurité et celle du reste du monde, pour sa réputation sur la scène internationale et par solidarité avec les Afghans. Cela justifie à ses yeux de maintenir l'actuel contingent de 2 500 soldats tant que l'armée afghane ne pourra prendre la relève. Cela veut dire que le Canada pourrait être en Afghanistan bien plus longtemps que quiconque peut aujourd'hui l'imaginer.
Les Canadiens ne sont pas des poltrons. Ils ne se sauveront pas parce que c'est difficile! fait valoir John Manley, qui n'aborde toutefois pas la question de fond que représente le coût de cette guerre pour le Canada: plus de six milliards de dollars et 78 morts. Toutes proportions gardées quant au nombre de militaires déployés, le Canada a perdu deux fois plus de soldats que les États-Unis et trois fois plus que la Grande-Bretagne jusqu'ici. John Manley convient que ce prix est très élevé. Mais nulle part dans son rapport il ne pose la question qui est au coeur de la réflexion des Canadiens: Ce prix est-il trop élevé?
Il est évidemment impossible d'apporter une réponse à cette question en fixant un nombre de victimes. Il n'y a en ce domaine ni seuil ni quotas, si ce n'est le niveau de danger auquel nos troupes sont exposées. Actuellement, il est trop élevé, au point que le comité croit que le Canada doit exiger de l'OTAN des renforts. S'ils ne venaient pas, le Canada serait justifié de se retirer tel que prévu en février 2009.
Cette observation est inquiétante. Ce que le comité nous dit sans l'écrire en toutes lettres est que oui le Canada paie actuellement un tribut trop élevé dans les conditions actuelles de sa présence en Afghanistan. Un tribut qui forcément augmentera ces prochains mois, car les renforts évoqués, si jamais ils se concrétisent, ce dont on peut douter, ne viendront pas avant longtemps.
La majorité des Canadiens estiment le prix à payer trop élevé. De sondage en sondage, ils demandent au gouvernement de mettre fin à la mission militaire. Des arguments qu'on leur propose, ils acceptent volontiers la solidarité avec un peuple démuni, mais guère ceux qui ont trait à la sécurité et à la réputation du Canada. Quand ils se comparent aux citoyens d'autres pays, ils ont le sentiment d'avoir fait leur part et d'avoir joué franc jeu avec les alliés quant à la durée de leur engagement. Ils ne croient pas que la réputation du Canada en souffrira, au contraire.
Le rapport Manley, s'il comporte de nombreuses propositions qui aideront le gouvernement à bien gérer cette guerre, n'apporte aucun argument pouvant par contre la justifier. Il appartiendra maintenant au gouvernement Harper de le faire.
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