La remarque de Sarkozy n’avait rien à voir avec l’unité canadienne

Qu’en certains milieux on ait décodé, dans ces propos, un abandon de la France ou, pire encore, un démenti de la pertinence de l’indépendance du Québec, voilà qui est hautement exagéré.

Chronique de Claude Bariteau

Cet article est d'abord paru dans Le Soleil du 22 octobre 2008
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Répondant à une question de Pierre Duchesne, devenue introuvable et que personne ne cite, le président de la République française a dit qu’il n’est pas sur la même longueur d’onde avec ceux qui estiment « que le monde d’aujourd’hui a besoin d’une division supplémentaire ».
Développés en référence à la crise économique actuelle, ses propos ont été lus comme une prise de position en faveur de l’unité canadienne. Il n’en est rien.
Je les ai lu plus d’une fois, les ai mis en contexte pour mieux les décoder, et ai trouvé qu’ils ne font pas référence au contexte québécois, ni au contentieux Québec-Canada, mais aux positions de l’Union européenne et de la France, incarnées par le même homme, face à la crise économique actuelle.
Le président Sarkozy a dit ici qu’il est préoccupé par le soutien du Canada, qu’il souhaite grandement, à la réforme du capitalisme qu’il propose, ajoutant, avec doigté, qu’il ne serait pas opportun que le Canada s’éloigne des vues de l’Europe et de la France, voire du monde capitaliste. Et, pour mieux l’y associer, il a misé sur les liens d’amitié avec l’un des membres du G8.
Qu’en certains milieux on ait décodé, dans ces propos, un abandon de la France ou, pire encore, un démenti de la pertinence de l’indépendance du Québec, voilà qui est hautement exagéré. Mais, hélas, voilà qui est souvent le propre des minorités nationales qui, pour une multitude de raisons, ont l’épiderme très sensible.
Si le Québec est un pays, le président français aurait souhaité qu’il s’allie à la démarche qu’il déploie, au nom de l’Union européenne et de la France, sur la scène internationale afin de résorber la crise économique. Il aurait même ajouté qu’il ne comprendrait pas que le Québec refuse de s’y associer, contribuant alors à diviser plutôt qu’unir les pays capitalistes dans la recherche d’une solution.
On le sait tous. Le Québec n’est pas un pays. Le président français ne pouvait pas dire qu’il souhaite de tout cœur que le Québec participe comme pays à son plan de redressement. L’ayant fait, il aurait indisposé le Canada, pays dont il recherchait l’aval, car le premier ministre Harper ne partageait pas sa vision.
Comme ses propos ont alimenté une polémique locale, il est fort à parier que le PLQ cherche à en tirer avantage, tout comme l’ADQ, et que le PQ, avec sa cheffe actuelle, y voit une autre raison pour évacuer le projet d’indépendance d’une éventuelle campagne électorale au Québec.
Ce serait une grave erreur. L’enjeu n’est pas là. Il consiste à savoir si le Québec, pays, participerait à la démarche de l’Union européenne ou, en tant que province, s’il pressera le Canada à s’y associer. C’est tout. La France et l’Union européenne seront accueillantes à l’égard des positions du Québec si ce dernier est en faveur de leur démarche, au demeurant qu’appuie le président Bush. Le reste est secondaire. Quelque chose comme un discours promu par des nationalistes crypto-canadiens.
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Claude Bariteau, anthropologue

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Claude Bariteau est anthropologue. Détenteur d'un doctorat de l'Université McGill, il est professeur titulaire au département d'anthropologie de l'Université Laval depuis 1976. Professeur engagé, il publie régulièrement ses réflexions sur le Québec dans Le Devoir, La Presse, Le Soleil et L'Action nationale.





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