Parti québécois

La recette de la souveraineté

Pauline Marois - entre urgence et prudence


La contestation par un groupe de jeunes souverainistes du concept de «gouvernance souverainiste» a été reçue par le Parti québécois comme un geste «irrespectueux». Irrespectueux envers quoi, envers qui? Envers Pauline Marois qui a attaché son nom à ce concept? Il y a là un début de fronde qui rejoint de fait l'autorité même de la chef péquiste. Elle sait maintenant qu'elle ne peut, comme tous ses prédécesseurs, compter sur la confiance absolue de ses militants.
À son arrivée à la tête du Parti québécois en 2007, Pauline Marois paraissait en mesure d'imposer sa volonté au parti. Après la démission d'André Boisclair, personne d'autre ne voulait ce job. Aussi, personne ne s'opposait à ce qu'elle mette fin au «référendisme». La proposition qu'elle soumet au congrès du printemps prochain fut plutôt bien accueillie, mais voilà qu'on lui fait maintenant savoir qu'elle devra se battre pour la faire adopter et obtenir le vote de confiance auquel elle doit se soumettre à cette occasion.
Ce vent de contestation n'est certainement pas une surprise pour Pauline Marois qui connaît trop bien son parti pour ne pas savoir qu'il n'accorde jamais un appui total à ses chefs. Au Parti québécois, c'est le chef qui est aux ordres des militants, et non l'inverse. Et pour qu'elle le comprenne bien, on lui rappelle de façon peu subtile qu'il y a une solution de rechange à son leadership en la personne de Gilles Duceppe.
Ce qu'on dit à Pauline Marois dans cette «lettre des 50», c'est qu'elle devra se plier à une démarche vers la souveraineté beaucoup plus engageante que la «gouvernance souverainiste» qu'elle propose et qui, pour ce groupe, confine à une reconnaissance implicite du fédéralisme. Pour le moment, il s'abstient de définir un nouveau texte, mais on comprend, lorsque ces jeunes souverainistes se disent galvanisés par les propos de l'ancien chef Jacques Parizeau sur la «pédagogie souverainiste», qu'ils ont en tête ce que par le passé on a appelé des «gestes de rupture» pour précipiter la tenue d'un référendum pour l'obtention de la souveraineté.
Le débat qu'on tente de lancer à travers cette sortie des «50» nous ramène aux échanges qui, périodiquement, ont opposé modérés et «purs et durs» au sein du Parti québécois quant à la démarche vers la souveraineté. Il y a les patients qui veulent éviter le risque d'un troisième échec référendaire, dont est Pauline Marois, et les impatients, dont on peut croire que Jacques Parizeau est, qui veulent forcer la conjoncture.
Ce qui alimente aujourd'hui les espoirs de ces derniers est justement la conjoncture électorale qui pourrait être favorable au retour au pouvoir du Parti québécois en vertu du principe de l'alternance. Encore faudra-t-il que la conjoncture se maintienne, que François Legault ne puisse lancer son nouveau parti politique, que le Parti libéral continue d'être honni par les électeurs francophones.
La conjoncture politique est loin d'être aussi certaine qu'elle l'était en 1994 lorsque Jacques Parizeau devint premier ministre. Il lui était facile de suivre son plan qui s'appuyait sur une opinion publique déjà également partagée entre le fédéralisme et la souveraineté. Ce n'est plus le cas. Pour cette raison, il serait imprudent d'imposer une stratégie à l'actuelle chef péquiste. Et de sa part, d'accepter de se laisser emprisonner dans une démarche qui ne lui paraît pas appropriée.
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bdescoteaux@ledevoir.com


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