La grande séduction

Commission Castonguay


(Nous vous présentons aujourd'hui le second de deux éditoriaux sur la pénurie de médecins et d'infirmières qui mine le système de santé québécois.)
Le Québec manque de médecins et d'infirmières. Comme on l'a vu hier, malgré tous les efforts faits au cours des dernières années, la pénurie ne se résorbera pas. Or, les problèmes qu'elle engendre sont intolérables.


On ne peut accepter plus longtemps que des gens poireautent dans les couloirs des urgences pendant des heures, voire des jours. On ne peut pas faire attendre des semaines, des mois des gens qui doivent subir un examen ou être opérés, un délai ponctué d'annulations et de reports. On ne peut pas laisser des milliers de Québécois sans médecin de famille.
Le gouvernement et les autres acteurs du système de santé ne sont pas restés les bras croisés, loin de là. Ces problèmes sont complexes et les solutions coûtent cher. Il y a quand même quelques évidences. S'il n'est plus possible d'augmenter le nombre d'étudiants en médecine et en soins infirmiers, il faut au moins s'assurer que ce nombre ne diminue pas - une menace réelle pour les soins infirmiers. Il faut aussi tout faire pour que les jeunes infirmières ne se découragent pas au bout d'un an ou deux dans les tranchées de l'urgence ou des soins intensifs. Il faut trouver un moyen de combler les quarts les plus difficiles. Et il faut que les jeunes médecins formés au Québec restent au Québec.
Comment atteindre ces objectifs? Nous pensons qu'il est temps de faire preuve d'audace. Qu'il faut donner un grand coup pour revaloriser ces deux professions, faire faire un saut quantique aux conditions de travail des médecins et des infirmières et augmenter substantiellement leur rémunération. Encore de l'argent en santé? Oui, mais pas n'importe comment, pas n'importe où. Certainement pas dans la baignoire trouée des «coûts de système».
Il s'agirait pour le gouvernement de lancer, avec l'appui de la population, une opération de grande séduction auprès des médecins et des infirmières, actuels et futurs. Dans un premier temps, le ministère de la Santé identifierait les mesures les plus susceptibles de garder au Québec les jeunes médecins et de les encourager à travailler davantage (les médecins québécois travaillent un peu moins d'heures que leurs confrères du reste du pays, et les jeunes travaillent moins que leurs aînés). Outre une amélioration de leur salaire, en particulier dans les domaines de pratique prioritaires, Québec devrait limer les irritants, notamment la gestion tatillonne des plans d'effectifs médicaux. Est-on vraiment gagnant si, dans le recherche d'un équilibre parfait (selon les bureaucrates...) entre les régions et les spécialités, on pousse des jeunes médecins vers l'Ontario ou les États-Unis?
Dans le cas des infirmières, le gouvernement devrait proposer d'augmenter substantiellement les salaires et le nombre de congés de celles qui oeuvrent dans les domaines ou les quarts les plus difficiles. Partout, les bâtiments et les équipements devraient être mis à niveau. Des sommes importantes devraient être consenties pour l'entretien des édifices, non seulement pour prévenir les infections nosocomiales, mais pour en faire des lieux plus propices au travail et à la guérison.
Une fois toutes ces mesures identifiées et chiffrées, le gouvernement les présenterait à la population en indiquant comment il compte les financer (une hausse de la TVQ?). Les Québécois rêvent depuis des années qu'on décongestionne le système de santé; dans la mesure où un plan aussi cohérent qu'ambitieux leur est proposé, ils accepteront d'y contribuer.
Les associations professionnelles et syndicales devront mettre l'épaule à la roue. Du côté corporatif et syndical, l'égoïsme et l'égalitarisme bêtes n'ont plus leur place. Les hausses de salaires et autres mesures ne pourront pas être consenties mur à mur mais devront privilégier ceux dont le travail est plus exigeant et plus essentiel. Ce sont les postes d'infirmières la nuit et à l'urgence qu'on a du mal à combler, pas ceux dans les CLSC. Médecins et infirmières signeront un contrat moral avec la société québécoise: en échange de ces conditions de travail améliorées, ils s'engageront à travailler de toutes leurs forces et de toute leur compassion pour offrir les meilleurs soins possibles.
Lors de la prochaine campagne électorale, les trois principaux partis provinciaux promettront, comme ils le font chaque fois, des mesures censées améliorer l'accessibilité aux soins de santé. Nous en sommes convaincus: celui qui présenterait un plan suivant le schéma que nous venons d'esquisser s'attirerait bien des appuis.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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