Budget Harper: à qui le mérite?

Boisclair et Charest s'attribuent déjà la paternité d'un règlement sur le déséquilibre fiscal

Québec 2007 - le facteur «Canada»

André Boisclair et Jean Charest en pleine conversation devant des oreilles indiscrètes. Leurs campagnes se sont croisées hier à Montréal à l'occasion de la Saint-Patrick.

Le budget Harper-Flaherty n'était pas encore présenté hier que les chefs péquiste et libéral en campagne électorale tentaient déjà de s'attribuer les mérites d'une solution au problème du déséquilibre fiscal.

Le premier ministre Jean Charest a soutenu que c'est grâce au leadership de son gouvernement que les Québécois peuvent espérer aujourd'hui «une avancée significative» dans ce dossier. Alors qu'André Boisclair a affirmé que le mérite revenait aux souverainistes.
Le chef libéral a affirmé que, dès son élection en 2003, il s'était attelé, a-t-il rappelé, à établir «un nouveau rapport de force avec Ottawa». C'est à son initiative que l'ensemble des provinces ont fait front commun au sein du Conseil de la fédération qui «a dynamisé le fédéralisme canadien», a-t-il dit. «Ça nous a permis de faire avancer des priorités communes», a expliqué Jean Charest.
Le ministre fédéral des Travaux publics et responsable de la région de Montréal, Michael Fortier, a tenu à souligner hier, en marge du défilé de la Saint-Patrick, le rôle de M. Charest dans le règlement de ce dossier. «Je travaille avec des ministres de l'équipe de M. Charest depuis un an. Ce sont des gens qui défendent bien les intérêts des Québécois. Ils le font avec convivialité, avec collégialité et font avancer les intérêts de tous les Québécois», a fait valoir M. Fortier.
Ce dernier a croisé le chef libéral à la basilique Saint-Patrick, où il assistait à la messe célébrant la fête des Irlandais. «Lundi, ça va bien se passer M. Charest. Ça va très bien se passer», a dit Michael Fortier à Jean Charest en lui serrant la main. Aux journalistes, M. Fortier a donné l'assurance que le budget fédéral présenté aujourd'hui réglerait le déséquilibre fiscal. «Le budget va certainement régler une promesse. C'est un autre engagement que nous allons maintenir, celui de régler le déséquilibre fiscal», a-t-il affirmé.
M. Fortier a précisé que «le budget n'a pas été dessiné» pour aider M. Charest, mais il reconnaît que c'est un sujet très important pour le premier ministre québécois, qui est dans le dernier droit de la campagne électorale. «Si M. Charest est satisfait du budget et qu'il croit qu'il a réglé le déséquilibre fiscal, c'est qu'il a eu un rôle pour faire avancer le débat», a souligné M. Fortier.
En point de presse, M. Charest a dressé une chronologie détaillée des événements qui ont marqué le débat des dernières années. Sous son impulsion, le fédéralisme a été rentable pour la population du Québec, a soutenu M. Charest. À preuve selon lui, la reconnaissance du Québec comme nation, l'entente sur la santé (4,2 milliards sur six ans), le rapatriement de la responsabilité des congés parentaux, l'entente de mobilité de la main-d'oeuvre avec l'Ontario, la protection de la diversité culturelle à l'UNESCO et la contribution de 350 millions pour le plan de lutte contre les changements climatiques.
La souveraineté facilitée?
Mais pour le chef péquiste, André Boisclair, le mérite d'un règlement du déséquilibre fiscal devrait revenir aux souverainistes. «À Gilles Duceppe, qui a mené une vraie bataille à la Chambre des communes. [...] À Bernard Landry, lorsqu'il était ministre des Finances, qui [a pris] son bâton de pèlerin, qui est allé parler du déséquilibre fiscal à ses homologues des autres provinces», a affirmé M. Boisclair en après-midi au Théâtre L'Espace Go, où il avait rappelé ses priorités en matière de Culture. Décidément élogieux à l'égard de son prédécesseur, M. Boisclair a rappelé que Bernard Landry avait aussi obtenu «la meilleure entente» sur le financement de la santé, à l'époque où Jean Chrétien était premier ministre fédéral.
Il a répété que c'étaient «les souverainistes qui avaient mis cette question sur la table». «C'est parce que les souverainistes ont fait des pressions que M. Harper a pris ce genre d'engagement. Nous allons récolter le fruit de mois de travail, d'années de travail, s'il y a un règlement», a-t-il dit.
M. Boisclair a aussi affirmé que ce règlement faciliterait la souveraineté du Québec. «On sera juste mieux placés pour faire la souveraineté du Québec. [...] On aura encore plus de moyens pour la faire, encore plus d'outils pour pouvoir construire ce pays. Les choses seront d'autant plus simplifiées», a-t-il insisté.
Encore faut-il que le résultat soit satisfaisant, a précisé le chef péquiste. Or, pour qu'il le soit, la barre a été placée haut par lui et la classe souverainiste. D'abord, il faudrait selon M. Boisclair que la solution soit accompagnée d'une dévolution fiscale «pour éviter que l'exercice soit à reprendre tous les trois ans ou tous les cinq ans». Sans règlement de cette dimension, le Québec serait contraint périodiquement de réclamer son dû à Ottawa. «Est-ce que c'est ça, l'avenir du Québec? Ce qu'on recherche, c'est un règlement sur la fiscalité, pas juste un règlement monétaire.» Ensuite, le règlement devra correspondre à une des évaluations effectuées par le Conseil de la fédération déjà évoquée par le ministre des Finances, Michel Audet, à l'Assemblée nationale: on y fixait le règlement à 3,9 milliards «annuellement», a spécifié le chef péquiste hier. Enfin, M. Boisclair a réclamé des transferts de points d'impôt.
Selon lui, le problème de fond demeure le même: «Nous nous sommes fait imposer il y a 25 ans par le peuple canadien une Constitution qui a été rejetée par le quart de la population canadienne, à savoir nous les Québécois.» Il n'a pas manqué aussi de décocher une flèche à l'endroit du chef adéquiste Mario Dumont, qui a appuyé le budget de lundi avant même d'en avoir pris connaissance. «Ce qui est clair, c'est qu'il y a de la confusion chez les fédéralistes; nous, on parle d'une même voix», a-t-il assuré, précisant plus tard que les bloquistes de Gilles Duceppe travaillaient de concert avec le PQ sur cette question. Il a toutefois refusé de s'avancer sur la stratégie d'adoption ou d'opposition au budget.
Charest reste imprécis
Quant à Jean Charest, il a refusé d'établir un plancher ou même les critères afin de mesurer à quel point le règlement du déséquilibre fiscal présenté aujourd'hui serait satisfaisant. Il semblait vouloir réduire les attentes. «Est-ce que ça va régler le déséquilibre fiscal pour toujours? Ça m'étonnerait que tout soit réglé dans un seul budget», a-t-il noté. Ce dossier prioritaire s'inscrit dans «une stratégie globale qui doit se poursuivre», selon lui.
«Défendre les intérêts du Québec, ce n'est pas improviser. Ce n'est pas sortir un lapin du chapeau. C'est connaître nos responsabilités et préparer le terrain pour avoir des résultats», a rappelé Jean Charest.
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Avec la Presse canadienne


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