Un devoir de précaution

Recensement 2006 - Langue française

La publication cette semaine par Statistique Canada des données sur la langue du recensement de 2006 a soulevé des réactions opposées. Si on peut déceler certains progrès du français au Québec, il faut d'abord s'arrêter aux tendances lourdes qui confirment la décroissance du français au Canada et au Québec. Elles appellent à une vigilance accrue de la part du gouvernement Charest.
Statistique Canada nous confirme dans ce rapport ce que les Québécois percevaient intuitivement depuis déjà plusieurs mois. L'accroissement de l'immigration a pour effet de réduire la proportion des Québécois de langue maternelle française, ceux qu'on appelle les Québécois de souche, qui passent sous la barre des 80 % pour l'ensemble du Québec et sous la barre des 50 % sur l'île de Montréal. Ce constat est reçu d'autant plus brutalement par certains que l'on sait que le flux d'immigration ira grandissant.
L'évolution de la composition linguistique de la société québécoise est une réalité. L'immigration est indispensable à son équilibre démographique et à son développement économique. On doit, non pas s'en accommoder comme un mal nécessaire, mais l'accepter comme un facteur déterminant de notre avenir. Il y a des réticences, on l'a vu aux audiences de la commission Bouchard-Taylor, qui peuvent nous laisser croire que se dressent des cloisons infranchissables entre les groupes linguistiques et culturels. L'étude de Statistique Canada nous montre que tel n'est pas le cas.
Le fait de ne pas se déclarer de langue maternelle française ne veut pas dire qu'un immigrant n'utilise pas le français comme langue d'usage. En témoigne la lettre de l'écrivain Marco Micone que nous publions dans cette même page. Il faut aussi s'arrêter à cette donnée voulant que, désormais, 75 % des immigrants arrivés ces cinq dernières années ont opté pour le français à la maison. Il y a là un progrès, qui s'explique en partie, il faut le souligner, par le fait que le Québec privilégie désormais les immigrants connaissant le français.
Le gouvernement Charest a retenu de ce portrait statistique ce côté positif de l'intégration des immigrants à la majorité francophone et ne semble nullement s'inquiéter de la situation, ni vouloir prendre des mesures pour accroître et consolider les transferts linguistiques vers le français. S'il devait persister dans cette attitude, ce serait une erreur grave, car on sait tous à quel point la situation du français à Montréal est fragile. Le caractère multiethnique de cette ville est une richesse, mais il s'en faudrait de peu pour que la force d'attraction de l'anglais n'inverse le mouvement de transferts vers le français.
Les mesures à prendre sont connues. Il s'agit d'accroître l'offre de cours de français aux immigrants et, surtout, d'assurer leur rapide intégration dans des milieux de travail francophones. Cette dernière mesure est la clé d'une intégration réussie, ont dit d'une seule voix tous les groupes d'immigrants qui ont témoigné devant la commission Bouchard-Taylor. À cet égard, il faut soumettre les entreprises de moins de 50 employés à l'obligation de se doter de programmes de francisation. Ce sont elles qui donnent leur premier emploi à une majorité de nouveaux arrivants. Le Parti québécois propose de modifier à cette fin la loi 101, ce qui n'est même pas nécessaire. Il suffirait de se prévaloir de l'article 151, comme [le recommandait la commission Larose sur les États généraux de la langue française en 2001->archives.vigile.net/ds-langue/index-larose.html], un rapport que la ministre responsable de la Charte de la langue française aurait tout intérêt à lire. Elle y trouverait une multitude de recommandations qui attendent toujours d'être mises en oeuvre.
L'attentisme du gouvernement Charest est décevant, surtout quand on pense que l'on doit à un gouvernement libéral l'adoption de la première loi de protection du français au Québec. On peut comprendre les hésitations du Parti libéral en regard de sa clientèle électorale, mais il ne peut échapper à sa responsabilité. Il est le gouvernement et il a un devoir de précaution qui devrait l'obliger à prendre toutes les mesures pour assurer la pérennité du français au Québec.
bdescoteaux@ledevoir.com


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