Un défi pour le Québec

Le rapport Castonguay, qui touche l'organisation et l'administration du réseau de la santé, compte 37 propositions, dont certaines seront mises de l'avant, insiste le ministre Couillard.

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Commission Castonguay


Beaucoup de choses ont été dites ou écrites à la suite de la réaction du gouvernement au rapport Castonguay. Soyons clairs, le gouvernement a accueilli ce rapport avec ouverture. Ce dernier nous apporte les clefs de la prochaine étape de l'évolution de notre système de santé, acquis précieux de notre société toujours attachée aux principes d'universalité et d'équité dans l'accès aux services. Ces principes comptent parmi ceux qui nous définissent. Ce sont eux qu'il faut préserver en adaptant le système. Là réside l'engagement du gouvernement auquel j'appartiens depuis maintenant près de cinq ans.

Loin d'être écarté, le rapport Castonguay vivra et imprimera sa marque au cours des prochaines années. Le virage qu'il nous convie à faire, c'est celui d'une véritable décentralisation des décisions et d'une large part d'imputabilité là où les services se donnent, là où des milliers de professionnels, gestionnaires et employés ne demandent qu'à exprimer davantage leur créativité et leurs talents. La grande majorité des 37 propositions contenues dans le rapport Castonguay, touche l'organisation et l'administration du réseau. Le gouvernement entend mettre de l'avant plusieurs de ces recommandations, et ce, rapidement.
Ainsi, dans la prochaine année, le ministère de la Santé et des Services sociaux se retirera de la production de services dans trois régions (Capitale-Nationale, Saguenay-Lac-Saint-Jean et Estrie). Sur ces trois territoires, on mettra en place de façon progressive et prudente la philosophie d'achats de services préconisée par les trois signataires du rapport Castonguay. Ceci fera du citoyen une source de revenus pour l'établissement, plutôt qu'une dépense faite sur la base d'un budget global et prédéterminé. Le ministère poursuivra aussi ses efforts dans la mise sur pied d'un programme complet et systématique d'évaluation de la performance des établissements, rejoignant ainsi une autre recommandation forte du rapport. Enfin, le gouvernement entreprend dès maintenant les travaux qui mèneront à la mise en place de l'Institut d'excellence destiné à promouvoir l'excellence et les meilleures pratiques. Le ministère de la Santé et des Services sociaux se concentrera donc sur ses missions essentielles et responsabilités nationales: la fixation des objectifs et des plans d'action, le financement des régions et la mesure de la performance.
Changements possibles
Ces changements sont possibles aujourd'hui parce que notre gouvernement a eu le courage de poser les gestes préalables, d'ailleurs issus pour la plupart des recommandations de la commission Clair: l'intégration des établissements, la réduction des unités d'accréditation syndicale, l'introduction de la gestion par résultats pour améliorer l'accès à la chirurgie et la multiplication des groupes de médecine de famille où plus d'un million de Québécois sont inscrits. Nous commençons à récolter les fruits de ces efforts. Jamais notre réseau public n'a été aussi bien positionné que maintenant pour amorcer de nouveaux changements et aller plus loin. Il reste bien sûr beaucoup à faire, notamment la poursuite des transformations débutées au niveau de la prévention, de la première ligne et de la prise en charge de la perte d'autonomie liée au vieillissement. Paradoxalement, il faut continuer à investir pour, un jour, dépenser moins.
Le gouvernement, après avoir évalué les scénarios de financement proposés par le groupe de travail a fait des choix basés sur ses principes et la cohérence de ses actions. Nous avons fait le choix de ne pas augmenter le fardeau fiscal des Québécois, afin de conserver à notre économie son caractère compétitif et sa faculté de générer la prospérité nécessaire au financement de nos généreux programmes sociaux. Nous avons fait le choix de ne pas taxer la maladie par des prélèvements potentiellement injustes. Nous avons fait le choix d'un système de santé public fort, à l'intérieur duquel les partenaires privés jouent un rôle de soutien, plutôt que de disperser les rares ressources dont nous disposons au profit du petit nombre. Nous croyons en une société toujours solidaire mais capable de se moderniser sans renier ses principes. Nous l'avons vu au cours des derniers jours, les partis d'opposition font d'autres choix. Le PQ a succombé au vieux réflexe de plonger plus profondément la main dans les poches des contribuables et l'ADQ a fait le choix de taxer les malades et d'abandonner le réseau public.
L'organisation du système de santé que nous proposent Claude Castonguay et ses collègues est proche de celle que désire voir se concrétiser notre formation politique, fondatrice de ce réseau public. Nous acceptons de relever le défi et de prendre la direction de cette nouvelle étape. Pour réussir, nous faisons appel à la participation de tous, au-delà des intérêts individuels, commerciaux ou corporatistes. Pour ma part, je suis profondément touché de recevoir ce message de la part de celui qui a occupé mon poste il y a près de 40 ans. Soyons bien clairs; ce rapport n'a pas été, et ne sera pas mis de côté. Il constitue un puissant levier de changement afin de relever les défis qui sont aussi ceux de tous les systèmes de santé de la planète. Loin de céder au pessimisme, les Québécois sauront relever le défi qui se présente à eux.
(Photo La Presse)
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Philippe Couillard
L'auteur est ministre de la Santé et des Services sociaux.

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L'auteur a été ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec de 2003 à 2008. Il a joint les rangs d'une firme d'investissement privée en santé, Persistence Capital Partners (PCP).





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