Ranger le bazooka

PQ - stratégie revue et corrigée

Bernard Landry a raison quand il dit que le Québec ne peut pas se permettre un autre référendum perdant. Le prix politique à payer pour les deux premiers NON a déjà été suffisamment lourd. D'ailleurs, aucun de ses prédécesseurs ne s'était laissé un échéancier référendaire aussi contraignant que celui dont lui-même avait accepté l'inscription au programme de juin 2005. M. Landry prétend que la présence du mot «possible» dans la phrase «le plus rapidement possible dans le premier mandat» lui laissait une porte de sortie, mais les électeurs n'aiment pas avoir l'impression qu'on se paie leur tête.

La [proposition de Louis Bernard->5870] aurait l'indéniable avantage d'éviter un troisième NON en écartant indéfiniment du pouvoir ceux qui auraient l'inconscience de promettre une nouvelle consultation dont personne ne veut. La bonne conscience des «purs et durs» y trouverait sans doute son compte, mais demander implicitement aux électeurs de l'empêcher de provoquer un autre désastre constitue une bien curieuse plate-forme pour un parti politique.
Le malheur des souverainistes est d'avoir presque gagné le référendum de 1995. Ils sont même convaincus qu'on le leur a volé. Depuis, ils ont toujours refusé de changer une formule qui avait fait ses preuves. Résultat: pendant huit ans, le PQ a encaissé les coups d'Ottawa sans riposter, ou si peu, en attendant le jour où les «conditions gagnantes» seraient réunies, par hasard ou par miracle.
Comble du mauvais calcul, le PQ a décidé d'appuyer sur l'accélérateur juste au moment où le climat s'apprêtait à changer du tout au tout à Ottawa avec l'arrivée des conservateurs. C'était comme accueillir le père Noël avec un bazooka. Le vilain Grinch a pris une raclée le 26 mars. Mieux vaut ranger le bazooka avant qu'il ne lui saute en pleine figure.
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Peu importe l'angle sous lequel on examine les résultats des derniers élections, il demeure que le PQ a subi sa pire défaite depuis 37 ans. Se désoler en additionnant les voix de Québec solidaire et du Parti vert à celles du PQ équivaut à pleurer sur le vol de 1995 sans prendre acte du bouleversement du paysage politique provoqué par l'éruption du volcan adéquiste.
Après avoir renversé Pierre Marc Johnson, en 1988, Jacques Parizeau avait bien vu que la conjoncture avait changé depuis le premier référendum. Ce n'était plus l'arrogant Pierre Elliott Trudeau mais le souriant Brian Mulroney qui était premier ministre du Canada, et son fédéralisme d'ouverture s'était traduit par l'accord du Lac-Meech.
Même si M. Parizeau avait pesté contre la mollesse de la question concoctée en son absence en décembre 1979, son approche était devenue encore plus feutrée et plus étapiste que celle de René Lévesque.
Le programme qu'il avait fait adopter au congrès de Saint-Hyacinthe, en novembre 1988, affirmait toujours que «le rôle principal du Parti québécois est de faire en sorte qu'apparaisse, comme pays, le Québec», mais aucun échéancier n'était fixé pour la tenue d'un référendum sur la souveraineté proprement dite.
«Quel que soit le cheminement nécessaire, l'objectif ultime ne changera pas», pouvait-on lire. Cette assurance n'était pas superflue dans la mesure où le cheminement proposé pouvait tout aussi bien aboutir à un renouvellement en profondeur du fédéralisme.
Tant qu'il demeurerait dans l'opposition, le PQ continuerait à faire la promotion de la souveraineté. Une fois au pouvoir, un gouvernement péquiste entreprendrait des négociations (!) avec Ottawa. Il pourrait aussi -- remarquez le conditionnel -- «passer par l'utilisation de moyens démocratiques, tels que législations et consultations populaires portant sur des pouvoirs spécifiques».
Pierre Marc Johnson avait dû rager en lisant cela. Son «affirmation nationale» aurait très bien pu s'accommoder d'une telle démarche. La seule différence était qu'il s'appelait Johnson, et l'autre, Parizeau.
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Si M. Parizeau, que personne n'a jamais soupçonné de travailler secrètement au maintien de l'unité canadienne, a pu faire un tel repli stratégique, au nom de quoi l'interdirait-on à André Boisclair ou à son éventuel successeur?
Jean-François Lisée avait soulevé un tollé en publiant Sortie de secours, au début de l'an 2000. Sa proposition, qui faisait écho à d'autres du même genre, consistait à tenir un référendum qui donnerait au gouvernement du Québec le mandat d'obtenir d'Ottawa «l'autonomie pleine et entière», au sein du Canada, dans une série de domaines (langue, culture, communications, immigration, éducation, recherche, santé, programmes sociaux).
À quelques mois d'un congrès qui allait statuer sur son leadership, Lucien Bouchard avait plutôt choisi de hurler avec les loups et de pourfendre son ancien conseiller. En mai 2000, M. Bouchard a finalement obtenu le vote de confiance d'envergure soviétique qu'il souhaitait. Cela ne l'a pas empêché de démissionner huit mois plus tard. Depuis, il n'a jamais cessé de pester contre les «purs et durs» qui tiennent le PQ en otage.
Au point où il en est, André Boisclair n'a strictement rien à perdre à lancer le débat auquel M. Bouchard avait renoncé, même s'il le savait nécessaire. C'est peut-être le meilleur moyen, voire le seul, de sauver son leadership. Une consultation auprès de tous les membres du PQ lui donnerait probablement raison.
Malgré sa troisième place, le PQ peut encore reprendre l'avantage du jeu. Dans l'hypothèse d'un gouvernement adéquiste, une proposition comme celle de Lisée forcerait Mario Dumont à préciser ce que signifie concrètement sa politique autonomiste, au-delà des gadgets comme la citoyenneté québécoise ou un rapport d'impôt unique.
Même le PLQ, si désireux qu'il soit d'en faire le moins possible, serait bien embêté de se dissocier d'une motion de l'Assemblée nationale qui réclamerait les pleins pouvoirs dans des secteurs aussi essentiels à l'identité nationale que la langue, la culture, l'immigration et les communications. Certes, il y a théoriquement un risque que cela fonctionne. Jamais le Québec n'aurait réalisé un gain aussi énorme, même si le mouvement souverainiste devait en mourir. Mais soyons réalistes: le risque est-il si grand?
Jacques Parizeau n'a jamais eu à tenter d'appliquer son programme de 1988. Quand il est arrivé au pouvoir, Brian Mulroney avait disparu. L'accord du Lac-Meech aussi. Qui sait, Stéphane Dion deviendra peut-être premier ministre un jour! Il sera toujours temps de ressortir le bazooka.


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