Québec solidaire : un parti qui n'est pas prêt

Tribune libre 2008

Décidément, le parti Québec solidaire ne sentait nullement le besoin de
calmer ses ardeurs alors qu’il rédigeait sa plate-forme électorale, une
véritable liste d’épicerie envoyée au Père Noël! Le parti de gauche estime
qu’il n’en coûterait pas moins de 7,6 milliards de dollars pour la mettre
en œuvre! Avec de tels engagements, appeler Québec solidaire à former le
prochain gouvernement reviendrait à effectuer une véritable révolution au
sein de l’État.
Cela étant, passons aux vrais enjeux. On peut saluer le fait que la
formation politique de Françoise David et Amir Khadir soit le seul des cinq
principaux partis à proposer de faire la souveraineté du Québec au cours
d’un premier mandat, bien qu’il soit évident que cela ne se produira pas au
lendemain du 8 décembre. On peut saluer par ailleurs l’accent plus
important que QS met sur ce dossier, comparativement aux élections de 2007.
Ainsi, le parti s’engage à « [f]aire la promotion de la souveraineté du
Québec et [vise] à construire un soutien majoritaire à cette option » et
promet de « [p]romouvoir le droit du Québec à la souveraineté sur la scène
internationale ». Par ailleurs, alors qu’il avait négligé cette question
lors des dernières élections, Québec solidaire prend des engagements clairs
en faveur du français et de la culture québécoise. Il propose notamment
d’étendre les dispositions de la Loi 101 aux entreprises de 25 à 50
employés et de prendre des mesures pour intégrer les immigrants.
Toutefois, tout n’est pas parfait. Par exemple, ce tiers parti n’est pas
revenu sur sa décision de convoquer une Assemblée constituante avant de
consulter le peuple par référendum sur son avenir politique. La sagesse
devrait pourtant nous prémunir contre la tentation de soumettre les
intérêts de la Cause aux passions de quelques militants embellis par leur
nouvelle utopie, l’Amérique du Sud bolivarienne. Témoignage de l’obsession
de certains pour le soit disant droit à la représentativité, cette
Assemblée constituante devra obligatoirement être composée à parité
d’hommes et de femmes et représenter « les différentes composantes de la
société québécoise ». Ne serait-il pas plutôt convenable de recourir aux
meilleurs talents, à ceux qui ont les compétences, l’expertise et
l’expérience nécessaires indépendamment de leurs attributs physiques, pour
effectuer une tâche aussi ardue que de décider de l’avenir de notre nation?
Il semble pourtant que pour Québec solidaire, ce que vous avez entre les
deux jambes a plus d’importance que ce que vous avez entre les deux
oreilles.
Dans un autre ordre d’idée, Québec solidaire continue à réclamer un mode
de scrutin proportionnel mixte. On ne se rend pas compte qu’une telle
modification profitera beaucoup plus aux fédéralistes du Parti libéral
qu’aux souverainistes du petit parti de gauche. Grâce au mode de scrutin
actuel, on évite à l’échelle nationale les effets du vote monolithique du
Montréal non-francophone. Par le passé, cela a permis par exemple d’éviter
de porter le PLQ au pouvoir en 1998. De plus, un mode de scrutin
proportionnel aurait pour effet d’engendrer perpétuellement des
gouvernements minoritaires. Or, à titre de nation minoritaire au sein du
Canada, il est primordial que nous parlions d’une seule voix jusqu’à tant
que nous ayons obtenu notre indépendance nationale. Par ailleurs, avec un
seuil minimum de 2%, il ne serait pas étonnant qu’Affiliation Québec puisse
aussi siéger à l’Assemblée nationale...
En outre, QS souhaite mettre en œuvre une « laïcité interculturelle ».
Les institutions publiques seraient laïcisées (fini le crucifix qui
témoigne de la lutte de nos ancêtres qui se faisaient traiter de « papistes
» par les Anglais) et on laisserait librement cours aux accommodements
raisonnables s’ils respectent la Charte des droits et libertés. Or, Dieu
sait que les tribunaux ont une lecture très libérale de ce que permet cette
loi, même si cela remet en cause plusieurs principes historiquement établis
dans notre société.
En somme, Québec solidaire a fait des progrès depuis la dernière élection
et nous estimons qu’il a encore besoin de faire des efforts avant de
mériter le droit de siéger dans l’assemblée de notre nation. C’est
néanmoins aux électeurs de Mercier et de Gouin que revient ultimement cette
décision fondamentale pour notre patrie.
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Maxime Schinck24 articles

  • 13 095

« Jeune homme dans la vingtaine, Maxime Schinck est finissant de
l'Université de Sherbrooke en Études politiques appliquées, profil «
Politiques publiques ». Il avait précédemment entrepris des études en
Éducation au secondaire, profil Univers social (1ère année effectuée).

Depuis plusieurs années, il fait paraître plusieurs articles dans divers
quotidiens, telles que Le Devoir et le journal sherbrookois La Tribune.
Ses études, entre autres, ont contribué à sa compréhension des systèmes
politique et partisan et à développer son indépendance d'esprit.

Son principal champ d'intérêt est l'étude des mouvements associés à la
droite de l'échiquier politique en Europe et en Amérique du Nord. De façon
globale, il s'intéresse aux problématiques sociologiques et politiques que
vivent les sociétés occidentales et à la place de ces sociétés, comme bloc
à la fois uni et diversifié, au sein de la communauté mondiale. »





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