Présidentiable Obama dans l’ascenseur des affamés

Tribune libre 2008

Il n’est aucun doute, Barack Obama est un valable candidat hôte de la
Maison blanche, bien meilleur que son rival McCain. Depuis les tout débuts
de son ascension, plus d’un le voient couronné. Aux USA, au Canada et
partout ailleurs dans le monde, Obama alimente des tempêtes d’espoirs dans
un monde en panne de foi et d’inspiration. En quoi, en qui croirait-on
encore après tant de crises successives, celle de la crédibilité des
religions et la trahison des promesses par les messagers, celle de
l’affaiblissement de l’ONU et la négation des valeurs de l’universalisme
humanitaire par les puissances militaires, et celles de l’éthique du savoir
et de la gouvernance des états ou des économies libérales? Obama n’est
certes pas un messie. Mais, de lui la lueur d’un possible renouveau aura
brillé même dans les yeux d’un impossible plombier.
Au début, il était presque neutre, ni noir ni blanc, plutôt partout égal à
lui-même. Assez rapidement, nous aurons découvert en lui une étoile.
«Enfin, un noir …», auront en chœur crié ou écrit blancs et noirs,
certains d’étonnement, d’autres égoïstement. Cependant, bon nombre
d’observateurs auront heureusement su apprécier à sa juste valeur les
forces et les qualités de l’homme, indépendamment des clichés juchés sur sa
peau.
A quelques heures de la victoire, nous sommes nombreux à prédire la
désillusion, autant que sont nombreuses les foules réveillées par la
lumière d’espoirs enfouis loin dans l’histoire qui n’appartiendra qu’à des
nostalgiques d’un passé surréaliste. Ainsi cette lumière passera tel un
rêve inachevé. Et pour causes, entre autres le réveil d’affamés.
L’image de l’envers du réveil des affamés me vient d’une triste mémoire de
camps de survivants d’une guerre interminable en Afrique des grands lacs,
au milieu des années 90. Dans ces camps d’éprouvés, la place à l’espoir est
si réduite que rien n’est plus fort que l’instinct de survie. Ainsi on aura
vu des campeurs sans chaire se ruer sur des porteurs d’eau et de biscuits,
au point de faire avorter des plans embryonnaires de secours humanitaires.
Dans un autre cas de figure, je dessinerai un ascenseur monoplace,
arpentant une falaise abrupte, avec l’ingénieur à bord qui rêve de
l’améliorer une fois arrivé sur terre pour retourner au pied de cet abîme
secourir les survivants coincés entre un réalisme déconcertant et un
pessimisme aveuglant. Je le vois prendre les hauteurs, et aussitôt des
bras maigrichons d’affamés s’enlacer autour de ses membres et des mains
nues accrocher ses pantalons, dans l’espoir de monter avec lui sans plus
attendre. Plus l’ascenseur prenant de l’altitude, plus de menues mains
s’agglutinent sur les bottines et le tailleur du sauveur, avec triste effet
de le retenir et l’entraîner dans une chute quasi cauchemardesque. Jamais
du grand jamais l’ascension d’Obama n’aura bénéficié d’une poussée
stratégique de ceux qui le considèrent «black» comme eux ! Leur ruée des
dernières heures n’est-elle pas de nature à suggérer aux autres électeurs
de faire pareil et voter pour la peau de leur ressemblance?
Ainsi Mr Barack
Obama, ni blanc ni noir ou plutôt les deux et ironiquement noir malgré lui,
perdra les hauteurs sous le poids d’affamés chez qui sa révélation aura
ressuscité l’espoir. Comprendront-ils enfin que si la couleur de la peau
est associée à leur descente en enfer, elle ne pourra jamais colorier les
véritables remparts pour en sortir.
Cependant, les «affamés» seuls ne sauraient faire vaciller l’ascenseur
«obamalien». En effet, plus éloquent est [Pierre Foglia, décrivant sur
cyberpresse l’édition du 31 octobre->15916] comme bien
d’autres tribuns écrivaient partout au Québec en ce week-end de la
toussaint, la peur de voir Obama échapper la couronne promise par quasiment
tous les sondages des derniers mois. Combien d’illuminés osent encore
parier sur Obama contre McCain le «Bushiste»?
En lisant tous ces esprits
évolués, chroniqueurs ou libres penseurs qu’on eu cru démocrates, ma peau
s’est mise à brunir pour ne pas dire pâlir telle la chaire d’une poule
déplumée. J’ai eu peur de découvrir la mémoire fraîche de l’ère noire de la
négritude, chez ces érudits avec qui je croyais partager des vues autant
que les rues, dures épreuves autant que de beaux rêves, voire goûts et
dégoûts. Hélas, si je persiste à croire que ce Mardi soir nous fera
découvrir la noirceur d’un ascenseur d’affamés, je dois également
considérer que l’effet serait nul sans l’action d’autres forces négatives
occultes, agissant sous le voilage de la démocratie des opinions.
Pourquoi en effet persiste-on à marteler que Mr Barack Obama est Noir ?
Pourquoi serait-il plus noir que blanc ? Pourquoi ne serait-il pas métis,
ou simplement américain ? Je n’ai lu aucun de nos brillants chroniqueurs
dénoncer vigoureusement cette vision puriste de la race ! Est-ce parce que
les puristes ont le monopole de l’expression, que l’on nous éloigne des
nouveaux électeurs pacifistes, et que l’on ne cesse de nous vendre la peau
«noir» d’un homme qui ne manque pas d’autres qualités, conséquemment dans
le but inavoué de le faire tomber ? S’il est vrai que les électeurs
américains ne sont plus majoritairement de cette vieillissante génération
de rescapées des sombres tragédies d’un racisme cartésien, une élite
omniprésente et pseudo démocrate de faiseurs d’opinions en cultive
inconsciemment les tares nourries de peurs et perceptions irrationnelles
des différences d’apparences, à desseins sûrement plus lâches que malsains.
A l’ère où plusieurs nations naviguent avec assurance dans l’espace,
serait-ce justifiable d’imaginer la vie sur terre dans l’adversité de
perceptions plutôt qu’à travers la complicité dans la diversité ? Hélas,
trop peu de penseurs songent encore à y consacrer du temps nécessaire de
réflexion afin d’y apporter le bon éclairage. Et ce temps sera trop court,
car le verdict des urnes ne le favorisera hélas pas à moins d’y être
forcé.
Francois Munyabagisha

Drummondville,


-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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François Munyabagisha79 articles

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Psycho-pédagogue et économiste, diplômé de l'UQTR
(1990). Au Rwanda en 94, témoin occulaire de la tragédie de «génocides»,

depuis consultant indépendant, observateur avisé et libre penseur.





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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    4 novembre 2008

    Aux USA toute personne non blanche aux traits négroides est un Noir (a Black). Un peu comme au Québec un bilingue n'est pas une personne qui parle français et chinois ou tamoul et grec, mais français et anglais. Simple contexte historique et culturel
    Au début, les Noirs n'étaient pas du tout derrière Obama; ils étaient derrière Hillary. Jessee Jackson a dit des énorminés contre lui. C'est lorsque les fermiers de l'Iowa ont voté pour lui que les Noirs ont découvert Obama.
    Ce soir, au moment où j'ai écrit ces lignes il n'est pas encore élu mais on peut parler d'Obamania qui a dépassé les frontières amércaines pour devenir un phénomène mondial. C'est sans doute la plus belle histoire du 21e siècle jusqu'ici