Nation et élections

Tribune libre 2008


La campagne électorale qui vient de prendre fin a débuté à l’européenne :
d’un côté, la gauche composée du Parti libéral, du Bloc, du NPD et des
Verts, de l’autre, le Parti conservateur qui revendiquait alors le «grand
centre-droit». Un élément majeur allait toutefois faire prendre à la
campagne un chemin différent à mi-temps, à savoir la vidéo critiquant les
coupures en culture.
Cette vidéo, qui confondait le manque de financement avec une
incompréhension des gouvernants anglophones de la réalité du Québec
français, a permis à Gilles Duceppe de relancer sa campagne qui avait bien
mal commencé. Il put alors présenter son parti comme étant le protecteur
«des intérêts du Québec» et le seul défenseur des «consensus québécois»,
face à quatre grands partis pancanadiens devant refléter le visage
politique de l’ensemble du pays. Ainsi, il a rappelé que le Bloc québécois
avait présenté des projets de loi visant notamment à soustraire le Québec
de la Loi sur le multiculturalisme et à étendre la Loi 101 aux institutions
de compétence fédérale, projets de loi que ses opposants ont refusé
d’appuyer.
Du côté des conservateurs, on a aussi tenté de flatter le nationalisme des
Québécois dans le sens du poil. Stephen Harper s’est essentiellement
concentré sur son bilan : la reconnaissance de la nation québécoise, le
règlement du déséquilibre fiscal, le siège à l’UNESCO, etc. Dans ses
publicités, le chef du PC vantait la spécificité du Québec et affirmait que
le Canada fut d’abord fondé en français, il y a 400 ans. Toutefois, les
nouveaux engagements qu’on attendait envers le Québec ne sont pas venus, de
telle sorte que les conservateurs ont fait des gains partout au Canada,
sauf au Québec.
Quant à Stéphane Dion, il a fait le pari que les Québécois seraient prêts
à travailler avec les Canadiens au nom d’une cause – l’environnement – qui
surpasse les querelles nationales, affirmant même qu’il était «aussi
nationaliste que Gilles Duceppe». Le Québec ne lui a finalement pas
accordé sa confiance. Quant au reste des Canadiens, l’unité canadienne
n’étant pas en jeu, ils pouvaient se permettre de voter contre les libéraux
pour signifier leur opposition à leur projet de taxe sur le carbone. Qui
plus est, le chef du Parti libéral ne soulevait guère les passions hors du
Québec à cause de ses difficultés à s’exprimer en anglais. Cela a
d’ailleurs permis à Gilles Duceppe de gagner des points, en affirmant qu’on
serait plus sévère en ce qui a trait au bilinguisme envers les politiciens
francophones qu’envers les politiciens anglophones.
Quant au NPD et au Parti vert, ils sont assurément les plus grands
perdants au Québec et, dans le cas des Verts, dans l’ensemble du Canada.
Pour les néo-démocrates, l’élection lors d’une élection générale d’un
député québécois sous la bannière orangée constitue une victoire, puisque
c’est une première. Cependant, cette victoire, très mince faut-il le
préciser, a eu lieu dans une circonscription qui n’est pas représentative
de l’ensemble de la province. M. Mulcair n’aurait pas pu l’emporter dans
Sherbrooke, Québec ou Trois-Rivières. Quant à la chef du Parti vert, sa
difficulté à s’exprimer en français ne l’a certainement pas aidée. Le NPD
et les Verts doivent leurs faibles résultats dans la Belle Province à leur
manque de compréhension face à cette société qu’on dit distincte.
Néanmoins, ils peuvent se consoler en remarquant une hausse des suffrages
exprimés en leur faveur.
Quel avenir pour ces partis?
Avec un peu de chance, le NPD parviendra peut-être à remporter d’autres
sièges au Québec. Du côté du Parti vert, il pourrait peut-être y avoir une
percée à Toronto ou à Vancouver, avant qu’une telle chose ne se produise
chez nous. Chez les Conservateurs, il faudra redoubler d’ardeur pour
obtenir le soutien du Québec, là où se trouve la possibilité d’obtenir une
majorité de sièges. Les Libéraux pourraient adopter la même stratégie en
donnant sa chance à Michael Ignatieff. Quant au Bloc québécois, il
pourrait miser sur les bourdes futures de Justin Trudeau, fils de Pierre
Elliott Trudeau ; cela constituerait un bon moyen de relancer le débat sur
la souveraineté du Québec.

Maxime Schinck
Étudiant au Baccalauréat en études politiques appliquées
-- Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) --

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Maxime Schinck24 articles

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« Jeune homme dans la vingtaine, Maxime Schinck est finissant de
l'Université de Sherbrooke en Études politiques appliquées, profil «
Politiques publiques ». Il avait précédemment entrepris des études en
Éducation au secondaire, profil Univers social (1ère année effectuée).

Depuis plusieurs années, il fait paraître plusieurs articles dans divers
quotidiens, telles que Le Devoir et le journal sherbrookois La Tribune.
Ses études, entre autres, ont contribué à sa compréhension des systèmes
politique et partisan et à développer son indépendance d'esprit.

Son principal champ d'intérêt est l'étude des mouvements associés à la
droite de l'échiquier politique en Europe et en Amérique du Nord. De façon
globale, il s'intéresse aux problématiques sociologiques et politiques que
vivent les sociétés occidentales et à la place de ces sociétés, comme bloc
à la fois uni et diversifié, au sein de la communauté mondiale. »





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