Les Québécophobes

Critiquer la majorité au point de la rendre muette n'est pas suffisant pour les québécophobes. Il faut carrément que tout ce qui représente cette collectivité soit déconstruit.

Commission BT - le rapport «Fonder l’avenir - Le temps de la conciliation»

Albert Camus estimait que «la démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité». Cette citation est certainement la mieux placée pour représenter la vision que portent actuellement les commissaires Gérald Bouchard et Charles Taylor sur la société québécoise.
Le 26 mars 2007, la majorité francophone du Québec a dit à ses gouvernants qu'il y avait un problème; jeudi de cette semaine, on viendra lui répondre qu'elle en était la source. Selon le quotidien The Gazette, le rapport émanant de la commission Bouchard-Taylor recommandera aux Canadiens français d'être plus ouverts, de s'informer davantage et -- cerise sur le gâteau -- d'apprendre l'anglais. Le Québec est déjà l'État le plus bilingue et trilingue des Amériques, mais cela ne semble pas être suffisant aux yeux des commissaires. Pourtant, de l'autre côté de la rivière Outaouais, les jeunes anglophones apprennent de moins en moins la langue de Molière. Deux poids, deux mesures?
Visiblement, les deux coprésidents semblent faire partie de cette frange importante de l'élite intellectuelle et politique acquise à la peur idéologique de la majorité. En France, ce sont ceux que David Martin-Castelnau a surnommé «les francophobes». Qu'est-ce qui motive cette phobie? Un dogme selon lequel la collectivité majoritaire au sein d'un État serait fondamentalement une menace pour les communautés minoritaires. En d'autres mots, la démocratie de la majorité serait la tyrannie des minorités.
Ce principe est issu de la catastrophe humaine engendrée par l'Allemagne nazie il y a plus de 60 ans. Bien que le contexte soit historiquement et culturellement différent, les [québécophobes->mot117] parviennent tout de même à faire des comparaisons douteuses visant les Blancs-français-catholiques du Québec. Le meilleur exemple est lorsqu'on compara, deux fois plutôt qu'une, Mario Dumont au chef de l'extrême droite française.
Pourtant, existe-t-il comme en Europe un parti néonazi ou néofasciste au Québec? Y a-t-il un seul politicien qui ait affirmé qu'il faille retourner les immigrants chez eux ou demander la diminution du nombre d'immigrants qui entrent chaque année? Dans les deux cas, la réponse est non. Est-il courant que les Québécois «de souche» professent des actes haineux? Non plus. De mémoire, le dernier acte violent à caractère ethnique à avoir été révélé par les médias était le cas de pyromanie commis à l'encontre d'une école juive de Montréal... par un Arabe.
Les québécophobes doivent donc s'y prendre d'une drôle de manière pour démontrer le caractère naturellement haineux des Québécois d'ascendance français. D'abord, on cite le discours tenu par Jacques Parizeau le 30 octobre 1995. On passe outre la forte émotivité du moment pour mieux le normaliser. Ensuite, on soulève le cas du 11 septembre 2001 qui, selon The Gazette, aurait contribué à alimenter l'islamophobie des Québécois. Pourtant, ces derniers, contrairement aux Canadiens anglais, étaient farouchement opposés aux guerres en Afghanistan, en Irak et au Liban. Rappelons que, dans ce dernier cas, Stephen Harper avait alors donné un appui inconditionnel à l'État d'Israël, alors qu'on accusait au même moment les politiciens souverainistes de soutenir le Hezbollah! Alors, xénophobes les Québécois?
Critiquer la majorité au point de la rendre muette n'est pas suffisant pour les québécophobes. Il faut carrément que tout ce qui représente cette collectivité soit déconstruit. On remplace la fleur de lys par l'iris versicolore, une fleur sans pouvoir symbolique; on déconfessionnalise les écoles, pour ensuite modifier les cours d'histoire et d'enseignement religieux qui y sont donnés; les libéraux jonglent avec l'idée de remplacer Gens du pays, une chanson d'amour, par un hymne qui serait moins «exclusif»; on se scandalise du fait qu'il y ait un crucifix à l'Assemblée nationale; etc. [Selon Mathieu Bock-Côté->aut287], il aurait même déjà été question au sein du Parti québécois de remplacer le fleurdelisé à titre d'emblème national, puisque celui-ci aurait fait trop référence à la majorité d'ascendance française!
La déconstruction et la culpabilisation de l'identité de la communauté franco-québécoise doit cesser. Cette majorité n'est certainement pas plus menaçante à l'égard de ses minorités que la majorité canadienne-anglaise ne l'a été autrefois à l'égard de la communauté canadienne-française. Par conséquent, s'il y a un rapport qui devrait être mis sur la tablette, c'est bien celui dont accouchera la commission Bouchard-Taylor.
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Maxime Schinck, Sherbrooke

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Maxime Schinck24 articles

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« Jeune homme dans la vingtaine, Maxime Schinck est finissant de
l'Université de Sherbrooke en Études politiques appliquées, profil «
Politiques publiques ». Il avait précédemment entrepris des études en
Éducation au secondaire, profil Univers social (1ère année effectuée).

Depuis plusieurs années, il fait paraître plusieurs articles dans divers
quotidiens, telles que Le Devoir et le journal sherbrookois La Tribune.
Ses études, entre autres, ont contribué à sa compréhension des systèmes
politique et partisan et à développer son indépendance d'esprit.

Son principal champ d'intérêt est l'étude des mouvements associés à la
droite de l'échiquier politique en Europe et en Amérique du Nord. De façon
globale, il s'intéresse aux problématiques sociologiques et politiques que
vivent les sociétés occidentales et à la place de ces sociétés, comme bloc
à la fois uni et diversifié, au sein de la communauté mondiale. »





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