Mea-culpa

Québec - prochaines élections 2007



Il y a des rétrospectives plus douloureuses que d'autres pour un chroniqueur politique. Celle de 2005 avait été particulièrement mortifiante. Imaginez, je n'avais venu venir ni la chute de Bernard Landry ni l'effondrement de l'empire libéral à Ottawa.
Le retour sur mes chroniques de 2006 est un peu moins gênant. Je ne me suis même pas moqué de Stéphane Dion, quand il a annoncé sa candidature à la succession de Paul Martin. Mieux, j'ai presque eu l'air d'un visionnaire en publiant, le matin de son élection-surprise, une chronique intitulée «Le nouveau vilain», mais je dois à la vérité de dire que je ne croyais pas du tout à ses chances de victoire.
Bien entendu, j'ai mal évalué d'autres situations, en plus de tirer certaines conclusions prématurées. L'année avait d'ailleurs très mal commencé. Quelques jours après la victoire conservatrice du 26 janvier, plusieurs lecteurs du Devoir m'ont vivement reproché mes commentaires sur un sondage Crop dont la méthodologie était erronée. Sur la base de ces chiffres, j'avais conclu que l'arrivée du gouvernement Harper allait avoir un effet tonique sur les libéraux de Jean Charest et sur l'option fédéraliste.
Finalement, j'ai surtout eu le tort d'avoir raison trop vite. Un an plus tard, les libéraux conservent d'excellentes chances d'obtenir un deuxième mandat que bien peu de gens - pas moi, en tout cas - leur prédisaient à l'automne 2005.
Soit, le «fédéralisme d'ouverture» de M. Harper n'a pas entraîné l'effondrement de l'option souverainiste, mais aucun sondage n'a accordé une majorité au oui depuis l'élection des conservateurs, alors qu'il avait atteint un sommet de 55 % en juin 2005.
Le gouvernement Charest ne s'est pas simplement laissé remorquer par son allié fédéral. Une de mes principales erreurs d'appréciation de la dernière année concerne les effets de la loi spéciale qui avait imposé les conditions de travail aux employés de l'État en décembre 2005.
Contrairement à ce que j'avais prévu, elle n'est pas revenue hanter le gouvernement en 2006. L'entente avec les médecins spécialistes, qui leur permettra d'obtenir beaucoup plus que les autres, aura peut-être pour effet de remobiliser les syndicats au cours des prochains moins, mais la loi spéciale a été politiquement rentable pour le gouvernement.
Pendant trois ans, il avait donné l'impression de céder chaque fois que le pression devenait trop forte. Qu'il s'agisse de la centrale thermique du Suroît, des écoles privées juives ou de l'aide financière aux étudiants, il avait toujours reculé. Devant les syndicats, il a refusé de céder. Mieux encore, le règlement du dossier de l'équité salariale a forcé la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, à roucouler aux côtés de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.
Au printemps dernier, je croyais bien que la vente du mont Orford serait la goutte qui ferait déborder le vase. Même des députés libéraux ne pouvaient plus contenir leur exaspération de voir leur gouvernement commettre gaffe sur gaffe au point de compromettre leur réélection. C'en était au point que 70 % des Québécois préféraient voir le mont Orford transformé en parc fédéral plutôt que d'être sacrifié aux intérêts d'un promoteur.
J'avais tout faux. Force est de constater qu'en dehors de l'Estrie, la vente du mont Orford n'est plus sur l'écran radar de l'opinion publique. M. Charest a même fait d'une pierre deux coups en utilisant ce dossier pour tuer dans l'oeuf toute velléité de contestation de son leadership au sein du PLQ.
Durant la conférence de Nairobi sur les changements climatiques, je me suis payé la tête du ministre de l'Environnement, Claude Béchard, qui s'était fait berner par son homologue fédérale, Rona Ambrose. Je dois reconnaître que c'est M. Béchard qui a ri le dernier. Mme Ambrose s'est fait sermonner par la France et elle remplace aujourd'hui Michael Chong dans le rôle de la plante verte aux Affaires intergouvernementales canadiennes.
Depuis qu'il est devenu chef du PQ, de nombreux lecteurs m'ont reproché une sévérité excessive à l'endroit d'André Boisclair. Il est vrai que, durant la course au leadership, je n'avais pas caché ma préférence pour Pauline Marois, mais rien de ce qui s'est passé au cours des douze derniers mois ne m'a donné l'impression que j'avais tort.
Je pourrais reprendre mot pour mot ce que j'écrivais de M. Boisclair l'an dernier à pareille date: «Le manque d'à propos de ses interventions a semé un doute sur son jugement politique, y compris au sein du caucus péquiste.»
J'ajoutais: «2006 révélera peut-être que le PQ a commis la plus grosse erreur de son histoire au congrès de juin (2005)» en provoquant le départ de Bernard Landry. C'est finalement en 2007 que l'on aura la réponse à cette question. Quoi qu'il arrive, M. Landry ne devrait surtout pas en conclure que son éventuel retour constitue une solution.
Il y a pourtant un point sur lequel le PQ et son nouveau chef m'ont surpris. Ceux qui connaissaient le moindrement M. Boisclair savaient très bien qu'il n'avait rien d'un «pur et dur» ou d'un gauchiste, mais l'apparente facilité avec laquelle il a pu prendre ses distances avec le programme de son parti ne ressemble pas du tout à ce que l'on connaissait du PQ.
Depuis sa fondation, il ne nous avait jamais habitués à un tel réalisme politique. Espérons que cela ne traduira pas simplement par la résignation de ceux qui ont décidé d'attendre que M. Boisclair se casse la figure.
Depuis la fondation de l'ADQ, j'ai du enterrer Mario Dumont une bonne demi-douzaine de fois. À l'automne, j'ai même souhaité que ses électeurs de Rivière-du-Loup lui rendent le service de le renvoyer à la vie civile, mais à le voir aller au cours des dernières semaines, il n'a peut-être pas dit son dernier mot.
mdavid@ledevoir.com


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