Les gestionnaires

Québec 2007 - Parti libéral du Québec

Le Parti libéral du Québec a rendu public hier le plan d'action qui sera l'axe principal de sa plate-forme électorale en vue du scrutin du 26 mars. Un seul mot suffit à qualifier ce document qui sera adopté aujourd'hui en conseil général spécial par les militants libéraux: continuité.
Demandant un deuxième mandat, les libéraux de Jean Charest se devaient d'être cohérents. Que dire, sinon réclamer la confiance des électeurs pour compléter les réformes amorcées? Aussi ne trouve-t-on dans ce document aucune surprise, tout au plus des corrections de tir. La seule exception est le dégel des frais de scolarité à l'université, qui se situe en rupture avec les positions antérieures du Parti libéral.
Campagne électorale oblige, une partie de ce plan d'action sert au gouvernement à se féliciter de son bilan des quatre dernières années. C'est bien sûr pour faire oublier à quel point il n'était pas prêt en arrivant au pouvoir, contrairement à son slogan électoral d'alors, et à quel point également ses projets de réforme ont suscité une vive résistance, laquelle persiste, comme l'illustre ce taux de satisfaction qui stagne à 40 %.
Des bons coups, ce gouvernement en a fait malgré tout. Signalons entre autres l'adoption d'un plan vert accueilli presque unanimement, lequel plan est toutefois survenu après que tout le Québec se fut mobilisé contre le projet de centrale au gaz du Suroît. Il y a aussi la mise en ordre des finances publiques. La progression des dépenses a été maintenue à un peu moins de 4 % et l'objectif du déficit zéro a été atteint. Apparemment. Sur ce dernier point, le vérificateur général du Québec évalue plutôt le déficit réel de la dernière année financière à 5,3 milliards de dollars.
S'il est une chose qu'a apprise le gouvernement Charest depuis 2003, c'est certainement la nécessité d'être plus réaliste. Le ton est moins emphatique. Alors qu'il avait promis des réductions d'impôt totalisant 15 milliards en cinq ans, on s'en tient cette fois-ci à un objectif plus que modeste. Les dépenses fiscales ne s'élèveront qu'à 2,3 milliards en cinq ans, dont 1,25 milliard en réductions de l'impôt des particuliers.
Des baisses d'impôt de 250 millions par année sont, on le devine, de l'ordre du symbole. Ce ne sera guère plus que 125 $ par année par contribuable qui paie des impôts. Selon les libéraux, ces réductions suffiront à effacer en cinq ans l'écart fiscal qui sépare le Québec des autres provinces. La chose est discutable, car si cet écart s'est rétréci de 55 % ces dernières années, le mérite en revient en partie à l'Ontario, qui a augmenté ses prélèvements pour le financement de la santé.
Ne chicanons pas Jean Charest de ne pas promettre mer et monde en matière de fiscalité. Il réduira les impôts plus substantiellement lorsqu'il en aura les moyens. Félicitons-le plutôt d'investir là où les besoins sont criants: en santé, en éducation et en services à la famille. On sera à même, au cours de la campagne, de mieux évaluer les mesures proposées en les comparant aux programmes des autres partis. Personne ne contestera la nécessité, par exemple, d'assurer à tous les Québécois un accès à des services en chirurgie dans un délai maximum de six mois. Il s'agira plutôt de discuter de la pertinence des moyens retenus pour y arriver.
Cet engagement de procéder au dégel des frais de scolarité universitaires ne manquera pas d'être l'objet d'un vif débat. Les libéraux feront contre eux l'unanimité des mouvements étudiants et des autres partis. D'emblée, saluons leur audace, car cette mesure est nécessaire.
On ne trouvera pas dans ce plan d'action de grand projet de société, une approche que le Parti libéral de Jean Charest laisse volontiers au Parti québécois et à Québec solidaire. Après quatre ans, la «réingénierie» de l'État québécois demeure un mot clé pour les libéraux, qui ne prétendent pas être ce qu'ils ne sont pas. Ce qu'ils sont et veulent être? Des gestionnaires. À charge pour les électeurs de juger d'ici le 26 mars si ce sont de bons gestionnaires.
bdescoteaux@ledevoir.ca


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