«JE NE CROIS PLUS À LA SOUVERAINETÉ»

Les déclarations de Michel Tremblay font des vagues

2006 textes seuls



L'écrivain Victor-Lévy Beaulieu accuse de trahison les deux hommes de théâtre Michel Tremblay et Robert Lepage.

La subite remise en question du projet souverainiste par Michel Tremblay n'est pas passée inaperçue, hier, dans le monde artistique et dans les sphères politiques. Le dramaturge Robert Lepage, lui aussi «moins convaincu» par l'option défendue par le PQ, a avoué se questionner sur «une nouvelle façon de voir la fédération».
En conférence de presse, M. Lepage a dit être «peu surpris» des propos tenus dimanche par Michel Tremblay. L'auteur des Belles-soeurs avait dit être incapable de s'identifier au projet souverainiste, trop centré à ses yeux sur les questions économiques. «Tant et aussi longtemps que l'économie sera placée en première place, on ne fera jamais la souveraineté», avait-il alors dit.
«Ça ne m'étonne pas, a réagi hier Robert Lepage. C'est à point nommé parce qu'effectivement il faut interroger le Parti québécois sur ce qu'il est devenu et sur le projet souverainiste.»
«C'est une très bonne chose de remettre en question (la souveraineté), a-t-il ajouté. Je n'irai pas aussi loin que Michel Tremblay, mais moi aussi je suis moins convaincu.»
Quelques heures plus tard, l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu accusait les deux hommes de théâtre d'avoir «commis un acte de trahison». «Ça ne m'étonne pas que ces gens-là, qui sont (présents) dans le monde entier, oublient d'où ils sont, oublient leurs racines, a-t-il déclaré. C'est des cas de sénilité précoce.»
Beaucoup plus nuancé, le chanteur Paul Piché, qui fut à la tête des Artistes pour la souveraineté dans les années 90, a dit «comprendre» que MM. Tremblay et Lepage puissent déplorer un manque d'inspiration dans le mouvement souverainiste. «Je comprends que Michel è013 . 0000.00éTremblay puisse être déçu du courant général. Mais ce n'est certainement pas mieux au Canada», a-t-il lancé. «S'il remet en question les valeurs trop capitalistes ou une vision un peu trop égoïste du Québec, je peux comprendre qu'il est déçu. Mais moi, la perception que j'ai du mouvement souverainiste d'aujourd'hui n'est pas la même. J'y vois au contraire une tendance favorable à l'équité sociale», affirme le chanteur.
Duceppe et Boisclair
Interpellés par les déclarations des deux dramaturges, le chef du PQ, André Boisclair, et son homologue bloquiste, Gilles Duceppe, ont tous deux dit trouver sain qu'un débat sur la souveraineté les force à trouver des façons de convaincre à nouveau les Québécois. «Je m'étonne qu'il n'y ait pas de questionnement. Ce n'est pas parce qu'on débat qu'on renie ses convictions», a lancé M. Duceppe.
Ce n'est pas d'hier que le mouvement souverainiste fait face à une certaine crise identitaire. En 2004, le député de Joliette, Jonathan Valois, et deux autres députés péquistes, Stéphan Tremblay et Alexandre Bourdeau - les Trois Mousquetaires -, ont sillonné le Québec pour interroger les jeunes sur la souveraineté. Ils en sont arrivés au même constat que celui des Lepage et Tremblay. «Beaucoup de gens ne se reconnaissent plus dans le discours actuel», explique M. Valois. «Ce sont des signaux d'alarme, mais qu'on reçoit positivement, affirme le député de 35 ans. On doit maintenant mettre la colonne de chiffres de côté et revenir à ce qui fait du sens, à l'essence même du mouvement souverainiste.»
Reste que pour le politologue Jean-Herman Guay, de l'Université Sherbrooke, la sortie des deux dramaturges démontre un malaise beaucoup plus profond au sein du mouvement. «Ce sont deux immenses têtes d'affiche, probablement les plus prestigieuses du Québec sur le plan international, qui disent tout haut ce que pensent tout bas beaucoup de Québécois», croit-il.
«Ça montre qu'on est entrés dans une phase post-Gomery. Il y a deux ans, le PQ était en pleine Saison des idées: il cherchait des nouveaux arguments pour défendre la souveraineté, rappelle-t-il. Le processus a ensuite été mis de côté parce que la commission Gomery a donné un nouveau souffle à la souveraineté. Mais là, l'effet se dissipe et les gens recommencent à demander qu'on les convainque.»
«Lorsqu'on lie cela au recul du Bloc aux dernières élections fédérales et à la montée de Québec solidaire, on ne peut que constater qu'il s'agit d'un recul important pour la cause souverainiste. Ce qui est étonnant, c'est que ça vienne d'abord du milieu des artistes.»
Avec la Presse Canadienne


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