Le parti du Canada

PLQ - le parti du Canada... anglais, du West-Island, des fédéralistes purzédurs

André Boisclair déplorait la semaine dernière l'intérêt excessif que les médias portaient aux problèmes de son parti, alors que ceux du PLQ n'étaient évoqués qu'en entrefilet, même s'il a obtenu son pire résultat électoral depuis 1867 et n'a plus l'appui que d'un francophone sur quatre.

La différence est que personne au PLQ ne remet encore en question le leadership de Jean Charest. M. Boisclair n'a pas à s'inquiéter: le jour où les libéraux trouveront urgent d'en discuter, les pages des journaux leur seront grandes ouvertes.
Généralement, les chefs libéraux savent mieux reconnaître que leurs homologues péquistes quand l'heure est venue de partir, mais ceux qui tentent de s'accrocher indûment ont droit au même traitement. Daniel Johnson n'a pas insisté, mais le calvaire de Claude Ryan avait été couvert avec la même attention morbide que l'on portera à celui de M. Boisclair au cours des prochains mois.
Au-delà de la stricte question du leadership, une explosion comme celle qui menace le PQ est sans doute plus spectaculaire à observer que la marginalisation progressive qui guette le PLQ, mais le phénomène n'en est pas moins réel.
L'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, [John Parisella, s'insurgeait dans nos pages d'hier contre l'étiquette de «parti des Anglais»->6294] que l'on accolée au PLQ. Il ne s'agit pas d'accorder moins de légitimité au vote anglophone, mais simplement de prendre acte d'une réalité parfaitement mesurable.
Si la question nationale ne se posait pas, bien des anglophones auraient sans doute réagi aussi négativement que les francophones aux promesses non tenues et aux nombreuses bourdes qui ont marqué le premier mandat du gouvernement Charest. Il reste qu'ils ont massivement voté libéral, même si c'est en se bouchant le nez. Pas étonnant qu'ils soient si mécontents du peu de reconnaissance que cela leur a valu.
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Personne ne nie la contribution du PLQ au développement québécois depuis la confédération, plus particulièrement au cours du dernier demi-siècle. Les trois partis représentés à l'Assemblée nationale en sont issus. Lors du dévoilement de la statue de Jean Lesage sur les parterres de l'Assemblée nationale, en juin 2000, son fils aîné, Jules, avait d'ailleurs trouvé très amusant de voir Lucien Bouchard, Jean Charest et Mario Dumont revendiquer son héritage.
Si le PLQ de l'époque avait si bien réussi à rassembler toutes les composantes de la société québécoise, c'est que la double adhésion au Québec et au Canada ne posait de problème à personne. Tout le monde ou presque était fédéraliste, y compris René Lévesque et Jacques Parizeau.
Bien sûr, il y avait toujours eu des tensions entre Ottawa et Québec, mais la grande majorité des nationalistes reconnaissaient que le fédéralisme ne constituait pas un obstacle insurmontable à l'épanouissement du Québec. L'État canadien était même un modèle à imiter. Malgré l'opposition de plusieurs au Canada anglais, Lester B. Pearson, qui détestait la confrontation, avait accepté la création de la Caisse de dépôt et la cession de points d'impôt.
Quand l'arrivée de Pierre Elliott Trudeau a signifié la fin du fédéralisme coopératif, Robert Bourassa a tenté de poursuivre dans la voie ouverte par Lesage, mais il s'est rapidement retrouvé sur la défensive.
Dans son texte d'hier, John Parisella soulignait qu'après avoir mal digéré les lois linguistiques du gouvernement Bourassa, la communauté anglophone s'était réconciliée avec le PLQ sous le leadership de Daniel Johnson et de Jean Charest.
En réalité, l'affichage bilingue avait été déjà rétabli par le gouvernement Bourassa dès 1993. La surprise avec M. Johnson avait plutôt été d'entendre un chef du PLQ, et premier ministre du Québec, déclarer -- en anglais -- qu'il était Canadian first and foremost. Canadien d'abord et avant tout.
Dans le cas de Jean Charest, on ne s'est même pas posé la question. Il a eu beau publier son autobiographie sous le titre J'ai choisi le Québec, personne n'a jamais douté qu'il aurait préféré devenir premier ministre du Canada. Plusieurs pensent même qu'il en rêve encore.
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Plus encore que le «parti des Anglais», le PLQ est devenu le «parti du Canada». Jusqu'à l'accord du lac Meech, la politique constitutionnelle du PLQ visait encore à donner au Québec les moyens d'un plus grand épanouissement. Depuis, il semble plutôt s'employer à lui rendre le Canada acceptable. Et encore, on a l'impression que Stephen Harper en donne plus que le client n'osait en demander.
Tant que la solution de rechange aux libéraux était l'élection d'un parti qui promettait un référendum sur la souveraineté, cela pouvait suffire, mais la dernière campagne électorale a démontré que le vieil épouvantail ne fonctionnait plus dans un contexte tripartite. L'ADQ pose aux libéraux un défi beaucoup plus complexe que le PQ.
Personne au Québec n'a applaudi à la quasi-exclusion des anglophones du nouveau Conseil des ministres. M. Charest fait fausse route s'il pense modifier ainsi l'image du PLQ auprès des francophones.
Même si les deux communautés demeurent à bien des égards des solitudes, les efforts de la minorité anglophone pour s'intégrer à la société québécoise sont généralement reconnus. Personne ne conteste son droit à une juste représentation au sein du gouvernement. À plus forte raison s'il est formé par un parti qu'elle appuie aussi massivement.
Même s'ils ont pour la plupart déploré les propos de Jacques Parizeau le soir du référendum, les souverainistes se désolent de la faible proportion d'allophones qui embrassent leur cause. En revanche, l'attachement des anglophones au Canada est généralement bien compris.
Les anglophones ont parfaitement le droit de partager la vision canadienne du PLQ , mais constater qu'elle ne correspond pas à celle de la majorité des francophones ne constitue ni un signe de mépris ni un accroc à la démocratie.
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mdavid@ledevoir.com


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