Le parti des Anglais?

PLQ - le parti du Canada... anglais, du West-Island, des fédéralistes purzédurs


Historique! Sans précédent! Le nouveau Conseil des ministres de Jean Charest a suscité de nombreuses réactions fort positives et méritées. Régime minceur, 18 ministres et équilibre hommes-femmes: encore une fois le Québec est à l'avant-garde. Conforme à ses valeurs libérales, le Parti libéral du Québec (PLQ) innove, fait preuve d'audace, poursuit l'avancée sociale et reconnaît la juste place qui revient aux femmes dans les cercles du pouvoir.
Tout va bien. Et pourtant, pas tout à fait. Une ombre au tableau plane. La communauté anglophone lève la voix et exprime son mécontentement. La rétrogradation de deux ministres, Geoffrey Kelly et Lawrence Bergman, incite The Gazette à titrer en éditorial «An insult to the anglos». D'un côté on veut bien saluer la nomination historique et bien méritée de Yolande James, mais, de l'autre, on condamne la sous-représentation d'une communauté et d'une clientèle fort loyale et fidèle au PLQ. Voilà une occasion en or pour l'Action démocratique du Québec (ADQ) et son chef, Mario Dumont -- un diplômé de l'Université Concordia -- de tendre la main. Pourra-t-il le faire?
Ce n'est pas nouveau que l'on déplore le fait que la communauté anglophone soit l'otage d'un seul parti, en l'occurrence le PLQ. Ceci s'explique aisément par le fait qu'il reste la seule formation au Québec fermement engagée à promouvoir réellement la place du Québec au sein de la fédération canadienne.
Pour la grande majorité des anglophones, la souveraineté représente leur exclusion, la menace de leur marginalisation, l'indifférence envers eux et la destruction du Canada. Aucun porte-parole du PQ, même René Lévesque et Lucien Bouchard, malgré leurs efforts, n'ont pu modifier cette perception. Les paroles choquantes de Jacques Parizeau le soir du référendum de 1995 (et pour lesquelles, il n'a démontré aucuns remords) restent toujours gravées dans l'imaginaire des anglophones.
Bien sûr, la relation entre les anglophones et le PLQ n'a pas toujours été au beau fixe. La loi 22 de Robert Bourassa, qui fit du français la seule langue officielle et qui limitait l'accès à l'école anglaise, fut largement répudiée par les anglophones. Le flirt temporaire des anglophones avec l'Union nationale de Rodrigue Biron a largement contribué à la victoire du PQ en 1976.
La loi 178 de 1988, interdisant l'utilisation de l'anglais dans l'affichage commercial extérieur en anglais avec, en surplus, l'utilisation de la clause «nonobstant» pour contrer l'effet d'un jugement de la Cour suprême du Canada, a créé un fort ressac. Rappelons-nous l'élection des quatre députés du Parti égalité aux élections de 1989 dans des circonscriptions de l'ouest de Montréal habituellement acquises au PLQ. Ces deux lois ont affaibli le lien de confiance entre les Anglophones et le parti.
Le PLQ traverse l'histoire
Le temps arrange les choses. Depuis 1994, d'abord sous le leadership de Daniel Johnson et ensuite sous celui de Jean Charest, le PLQ avait repris ses assises auprès de la communauté anglophone. La dernière rebuffade risque toutefois de créer encore de l'animosité et un certain désengagement. Le PQ étant maintenant le troisième parti et l'ADQ, l'opposition officielle qui prône «l'affirmation sans la séparation», plusieurs anglophones risquent de se considérer des «agents libres» au prochain scrutin.
Par ailleurs, quand la tempête s'apaisera, il faudra toutefois reconnaître que le PLQ a maintenu à travers son histoire un statut particulier au Québec et dans la communauté anglophone. Le PLQ traverse l'histoire du Québec. Il s'agit de la seule formation politique qui existe même depuis avant la Confédération. L'Union nationale, le Parti québécois et l'ADQ sont issus des dissensions au sein du PLQ. Quant aux anglophones, le PLQ reste le seul parti au Québec à les courtiser ouvertement par ses représentants, ses valeurs et son programme. Même la loi 22 et la loi 178 comportaient des compromis pour atténuer les réactions négatives de cette communauté.
Vrai: les libéraux peuvent être maladroits, insensibles et parfois condescendants à l'égard de cette communauté qui les soutient si fidèlement. Regardons toutefois de plus près, pourquoi le PLQ obtient au fil des ans l'appui des anglophones?
Premièrement, les valeurs libérales. Les libertés individuelles, la justice sociale, la démocratisation locale et le discours sur l'inclusion ont un attrait séduisant pour une communauté historiquement branchée sur les valeurs libérales ainsi que sur la promotion d'un climat d'ouverture. Deuxièmement, l'option du fédéralisme et l'attachement au Canada. Pour le PLQ, l'épanouissement du Québec se fait au sein de la fédération canadienne. Troisièmement, le PLQ a toujours été branché sur les représentants et les préoccupations des anglophones. Depuis Jean Lesage, en passant par Robert Bourassa et maintenant, Jean Charest, des anglophones de grande qualité ont contribué au paysage politique du Québec. [...]
De 1989 à 1994, j'ai occupé le poste de chef de cabinet du premier ministre, pour messieurs Bourassa et Johnson, et à ce moment, ma personnalité publique était surtout identifiée aux anglophones. Dans ce poste de pouvoir et d'influence, j'ai pu, à la demande du premier ministre et de concert avec les ministres responsables, mener avec succès des dossiers comme l'accès aux services en anglais dans le secteur de la santé, l'élimination de la clause de dérogation sur l'affichage commercial en anglais (loi 86), et le recrutement de personnalités de marque au sein de la députation et la fonction publique. Aucun autre parti politique au Québec que le PLQ n'aurait pu donner une telle occasion à un représentant de cette communauté.
Cela mène plusieurs à qualifier avec un peu de mépris le PLQ comme le «parti des Anglais». Comme si le PLQ avait moins de légitimité à cause d'un appui soutenu et souvent inconditionnel des anglophones. On a noté surtout ces derniers jours que le PLQ était troisième parmi les francophones. Où est le scandale? C'est comme si le vote d'un anglophone avait moins d'importance et moins de légitimité que celui d'un francophone!
Le parti de l'inclusion
On oublie de mentionner que le PLQ a formé plus de gouvernements depuis la confédération que toute autre formation politique. Son bilan pour le progrès et la modernisation du Québec est impeccable. La différence, au risque de paraître hautement partisan, c'est que le PLQ se voit, et à juste titre d'ailleurs, comme le parti de toutes les composantes de la société québécoise. Peu importe les pourcentages, et cela varie selon les humeurs de l'électorat, le PLQ est la seule formation politique au Québec qui peut se vanter de ce fait de cet exploit. Bref, le PLQ est le parti de tous les Québécois, et les anglophones sont des Québécois à part entière, pas plus, ni moins.
Ce survol historique ne doit pas masquer la grogne et l'amertume actuelle des anglophones envers le gouvernement Charest. Le silence des autres formations me laisse cependant perplexe. Je peux comprendre que le PQ n'ait jamais fait beaucoup d'efforts pour rendre la souveraineté rassurante pour les anglophones. L'ADQ, qui a une occasion de faire un geste, va tout vraisemblablement faire le calcul politique en rapport avec son statut électoral dans les régions. Être trop près des anglophones peut désolidariser ses gains récents chez les francophones! La position de l'ADQ cet automne sur la nécessité de raffermir l'identité québécoise (comprendre ici celle des francophones de souche) lors du débat sur les accommodements raisonnables ne rassure guère.
L'intégration des anglophones à la société québécoise est exemplaire. Maintenant bilingues, les anglophones souhaitent, comme nous tous, pouvoir disposer d'une alternative politique. Ils veulent, avec raison et de manière tout à fait légitime, être respectés et veulent se sentir inclus dans le «nous» québécois.
Avec toutes ses imperfections le PLQ, pour les anglophones, reflète encore et toujours le mieux leurs valeurs. Les anglophones ne cherchent pas à se retrouver au sein «d'un parti des Anglais». Ils veulent simplement pouvoir faire le choix d'un parti où tous les Québécois sont reconnus comme égaux, un parti d'inclusion et non d'exclusion. Le PLQ reste le mieux positionné pour répondre à ces exigences. Et c'est là toute sa légitimité. Qu'en est-il pour les péquistes et les adéquistes?
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John Parisella, Ancien directeur général du PLQ et ancien chef de cabinet de MM. Robert Bourassa et Daniel Johnson. Il enseigne à l'Université Concordia.


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