La relation privilégiée entre la France et le Québec continuera

Le secrétaire à la Francophonie respectera la politique du «ni-ni»

France-Québec : fin du "ni-ni"?



Paris - S'il n'en tenait qu'au nouveau secrétaire d'État français à la Francophonie, Alain Joyandet, la formule qui régit les relations directes et privilégiées entre la France et le Québec depuis 40 ans serait coulée dans le ciment. Pour l'instant, pas question, dit-il, de remettre en question la politique de «non-ingérence et non indifférence» formulée par l'ancien ministre Alain Peyrefitte à la suite du célèbre «Vive le Québec libre!» du général de Gaulle.
«Nous, on en reste vraiment à une relation à la fois directe et privilégiée», dit le secrétaire d'État, qui a remplacé Jean-Marie Bockel et qui sera à Ottawa et au Québec dès lundi pour une visite de trois jours. Selon lui, la politique de «non-ingérence et non-indifférence» demeure «la colonne vertébrale» de la relation France-Québec. «J'entérine cette formule et j'en reste là!» Le nouveau secrétaire d'État n'exclut pas complètement que le président Nicolas Sarkozy souhaite réviser cette politique lors de son prochain voyage, comme l'a récemment laissé entendre l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Mais rien ne l'indique pour l'instant, dit-il. «Après, le président aura sa façon d'approcher les choses, mais il pourrait aussi en rester là.»
Selon le conseiller Didier Le Bret, même à l'Élysée, la formule ne serait pas véritablement remise en question, contrairement à ce qu'avait affirmé Jean-Pierre Raffarin. «Qu'est-ce qu'on aurait à gagner objectivement à faire autre chose, surtout à un moment où tout va bien?», dit-il. Alain Joyandet s'est par ailleurs réjoui que la Chambre des communes ait adopté en 2006 une résolution reconnaissant la nation québécoise. «Ça nous réjouit quand même de voir que cette spécificité est reconnue et ça nous conforte dans notre position.»
La semaine dernière, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait déclaré à la Presse canadienne que Nicolas Sarkozy entendait abandonner la formule traditionnelle. La nouvelle avait été confirmée par Wilfrid-Guy Licari, le délégué général du Québec à Paris, qui avait affirmé ceci: «On cherche une nouvelle formule. Pas seulement Nicolas Sarkozy. Nous aussi.»
Réchauffement climatique
Si Alain Joyandet doit passer par Ottawa lundi avant de se rendre au Québec, c'est notamment pour affirmer que la France tient mordicus à ce que le prochain sommet de la Francophonie, qui se déroulera à Québec en octobre, aborde sans détours la question du réchauffement climatique. La France n'entend pas aborder le sujet par des voies détournées comme l'a récemment proposé Ottawa, qui préfère parler plus généralement d'environnement ou de l'avenir de la forêt et des ressources hydriques. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement de Stephen Harper cherche à éviter que le débat se cristallise autour du protocole de Kyoto, rejeté par le Canada.
«Nous ne voulons pas de périphrase car nous voulons que le sommet permette à tous les pays francophones, du Nord comme du Sud, de prendre ce problème à bras-le-corps, affirme Didier Le Bret. Pour l'instant, le gouvernement canadien tourne autour du problème.» On sait que Stephen Harper vient de nommer un nouveau sherpa pour la Francophonie, l'ancien ambassadeur Jacques Bilodeau. Jugé plus sympathique au Québec, il remplacera Ferry de Kerckhove.
TV5: toujours l'impasse
Alain Joyandet entend aussi aborder l'avenir de la chaîne francophone TV5 Monde avec ses interlocuteurs canadiens et québécois. Alors que la France cherche à mettre en commun ses ressources audiovisuelles extérieures (France 24, RFI et TV5), le secrétaire d'État dit qu'il n'est «pas question de se comporter de manière unilatérale pour intégrer TV5». «Il ne m'a pas échappé que TV5 n'était pas l'outil de la France, dit-il. Aujourd'hui, TV5, c'est TV5. Dans le cadre de la réorganisation de l'audiovisuel français, il n'y a rien de changé.»
On sait que la France, actionnaire majoritaire de TV5 Monde, a créé un nouveau holding, France Monde, dirigé par l'ancien président de France 24, Alain de Pouzillac, qui chapeaute dorénavant France 24, RFI et TV5 Monde. Les négociateurs français ont proposé la nomination à la direction de TV5 Monde d'un directeur général qui viendrait d'une télévision membre autre que française. Mais les négociations achoppent sur la nomination du président. Les Français tiennent à ce que ce soit le président de France Monde, Alain de Pouzillac. Les Québécois, les Canadiens, les Belges et les Suisses craignent que la télévision francophone ne soit ainsi soumise à une structure exclusivement française qui a pour mission de défendre les intérêts de la France dans le monde. Le conseil d'administration de TV5 doit se réunir la semaine prochaine. «Les échéances d'une décision approchent, dit Didier Le Bret. Il faudra trouver une solution dans les semaines qui viennent.»
Alain Joyandet parlera enfin de l'entente que le Québec et la France ont commencé à négocier afin de favoriser la mobilité de la main-d'oeuvre. Il doit notamment rencontrer son vis-à-vis québécois, l'ancien ministre Gil Rémillard, nommé négociateur en chef pour le Québec en janvier dernier. Le secrétaire d'État reconnaît que les travaux n'ont guère avancé. «Je ne veux pas dire que la page est blanche, mais presque.» Il n'exclut pas de signer en octobre prochain un simple accord-cadre dont les modalités resteront à préciser. Les négociations visant la reconnaissance des diplômes et des compétences impliquent un grand nombre d'ordres professionnels de part et d'autre. Un avant-projet de texte sera tout de même déposé la semaine prochaine. Mais il importe «d'y aller prudemment afin de ne pas heurter les champs de compétence fédéraux et communautaires [européens]», précise Didier Le Bret.
Collaborateur du Devoir à Paris


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