Sommet de l'OTAN - Mission accomplie, dit Harper

La contribution de la France est un tournant «historique», estime le premier ministre

OTAN - Sommet avril 2008

Bucarest -- Au terme de la deuxième journée du sommet de l'OTAN, qui se termine à Bucarest aujourd'hui, le premier ministre Stephen Harper estime satisfaites les conditions posées par le Parlement afin que le Canada poursuive sa mission en Afghanistan jusqu'en 2011. «La principale réalisation du sommet de cette année, c'est le ralliement de l'OTAN autour de l'engagement en Afghanistan», a-t-il déclaré.
Le premier ministre Harper se réjouit tout particulièrement du plan que s'est donné l'OTAN en Afghanistan afin de «rééquilibrer sa mission» et de mieux coordonner les combats et les actions auprès des civils. Il se félicite des «progrès considérables» au sujet des drones et des hélicoptères réclamés. Mais surtout, il accueille comme un «virage» historique la contribution de la France. En envoyant un nouveau bataillon dans l'est du pays, elle permettra en effet aux Américains d'en libérer un autre afin de prêter main-forte
Le premier ministre dit avoir l'assurance que les 1000 soldats américains supplémentaires qui seront déployés à Kandahar y demeureront «au moins jusqu'en 2011». C'est un «engagement sans échéance», a-t-il dit. Le gouvernement canadien examine actuellement avec les Américains la possibilité d'envoyer à Kandahar non pas des Marines, très présents dans la région, mais un bataillon de l'armée régulière.
Un «sacrifice disproportionné»
Selon Stephen Harper, l'OTAN a ainsi reconnu que le Canada avait «fait un sacrifice disproportionné» et «subi des pertes significatives» compte tenu de ses forces militaires. «L'OTAN ne pouvait pas se permettre de perdre l'engagement du Canada en Afghanistan», a-t-il déclaré.
Le premier ministre ne craint pas que les Américains en profitent pour prendre le commandement des forces déployées dans la région sud, aujourd'hui assumé à tour de rôle par le Canada, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. «S'il y a un pays qui n'a pas besoin de plus de responsabilités en Afghanistan, ce sont les États-Unis.» Les responsables militaires canadiens au sein de l'OTAN estiment qu'il sera aussi facile de travailler avec les Américains qu'avec les Français. «Les Américains sont souvent mieux équipés, a confié un militaire. Mais ils ne respectent pas toujours la chaîne de commandement établie dans la région par l'OTAN. C'est toujours un peu plus compliqué avec eux.»
Non seulement Stephen Harper juge que les 700 militaires que la France enverra à la frontière pakistanaise permettront de dégager des forces américaines, cette décision marque aussi la fin, selon lui, des «tensions historiques» qui opposaient la France aux États-Unis et au Royaume-Uni. «Les Français ont assumé avec force leur rôle d'allié historique», a-t-il dit.
Le premier ministre n'a pas voulu dire si la décision française d'envoyer ses troupes à l'est plutôt que dans le sud était le choix des Français ou de l'OTAN. Plus tôt en journée, le président Nicolas Sarkozy avait d'abord nié avoir envisagé d'envoyer des troupes dans le sud du pays pour épauler directement les Canadiens, comme l'ont affirmé les médias français et britanniques. «Ce n'est pas nous qui décidons comme ça, a-t-il déclaré. C'est parce qu'on nous a proposé de prendre toutes nos responsabilités à l'est. Il n'y a eu aucune négociation. Cela nous a été proposé ainsi.»
La divulgation hier d'une lettre adressée par le président français à ses homologues de l'OTAN semblait pourtant indiquer le contraire. Le 27 février dernier, Nicolas Sarkozy y affirmait son intention de s'engager «dans une zone nouvelle» si l'OTAN adoptait de son côté une stratégie «globale» destinée à transférer progressivement les responsabilités aux Afghans. Selon la plupart des observateurs, cette «nouvelle région» ne pouvait être que Kandahar puisque les Français ont déjà été présents dans l'est.
Le président français et la chancelière allemande, qui tenaient une conférence de presse commune, ont tous deux souligné l'importance de transférer progressivement les responsabilités de l'OTAN aux Afghans. «Nous voulons la sécurité de l'Afghanistan pour la reconstruction de l'Afghanistan», a déclaré Nicolas Sarkozy. Toutefois, a-t-il aussitôt ajouté, «si nous voulons partir un jour, il faut gagner aujourd'hui».
L'Ukraine reportée à plus tard
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont aussi souligné l'importance de ce sommet pour l'avancement de la défense européenne. Le président français a notamment rappelé la déclaration, qu'il qualifie d'«historique», faite hier matin par le président George W. Bush «sur la nécessité de l'Europe de la défense en complément de l'Alliance atlantique».
On prête à Nicolas Sarkozy l'intention de réintégrer le commandement de l'OTAN, abandonné par le général de Gaulle en 1966, lors du sommet de l'an prochain, qui aura lieu symboliquement en France et en Allemagne (à Strasbourg et à Kehl). «Chaque chose en son temps, a déclaré le président. Dans ce sommet de Bucarest, aux côtés de l'Allemagne, la France a pris toute sa place. Laissons cheminer l'Europe de la défense et nous cheminerons vers l'Alliance.»
Ce sommet qui devait être «une célébration du plein retour de la France» a viré au «débat rancunier» à propos de l'Ukraine, écrivait hier le prestigieux magazine The Economist. L'Ukraine et la Géorgie ont en effet essuyé une rare rebuffade. À l'incitation de la France et de l'Allemagne, l'OTAN a refusé d'accepter leur candidature et d'entamer un processus pouvant mener à leur adhésion. À quelques heures de l'arrivée du président Vladimir Poutine à Bucarest, cette décision est vue comme une importante concession à la Russie, qui considère ces pays comme faisant partie de sa zone d'influence.
Afin de faire passer la pilule, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a affirmé que «ces nations deviendront un jour membres de l'OTAN», ainsi que l'affirme la déclaration adoptée hier. «La porte est ouverte», a-t-il dit. L'Allemagne et la France ont dit s'inquiéter notamment du manque de consensus en Ukraine à propos de l'adhésion à l'OTAN et des mouvements séparatistes proches de Moscou qui sévissent en Géorgie. «Le Canada est satisfait de la déclaration finale», a simplement déclaré le porte-parole du premier ministre Harper.
L'adhésion de la Macédoine a aussi été bloquée par le veto de la Grèce. Celle-ci conteste le nom de ce jeune pays dans lequel elle perçoit des velléités d'annexion de la province homonyme de Macédoine, située dans le nord de la Grèce. L'Albanie et la Croatie deviendront par contre les 27e et 28e membres de l'Alliance atlantique. L'OTAN a aussi lancé des invitations au Monténégro et à la Bosnie-Herzégovine à poser leur candidature.
L'OTAN apportera enfin son soutien au projet de défense antimissile américain, qui prévoit l'implantation d'ici 2012 de dix lance-missiles intercepteurs en Pologne et d'un radar ultra-perfectionné en République tchèque, un projet dont il sera évidemment question aujourd'hui avec le président russe Vladimir Poutine, qui participe pour la première fois à un sommet de l'OTAN.
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Correspondant du Devoir à Paris


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