L'OTAN sans but

OTAN - Sommet avril 2008

Jamais dans son histoire l'OTAN n'avait affiché une puissance militaire aussi imposante que celle dont elle dispose au lendemain du sommet de Bucarest, sans compter l'addition de deux nouveaux membres: la Croatie et l'Albanie. Par contre, jamais depuis sa création l'Alliance atlantique n'avait présenté un profil politique aussi faible qu'à l'heure actuelle.
Depuis la chute du mur de Berlin, depuis l'implosion de l'Union soviétique, l'ennemi numéro un de l'OTAN, cette dernière éprouve toutes les difficultés du monde à définir clairement ses objectifs comme sa raison d'être. Elle oscille entre le rôle de policier du monde et l'élaboration d'un nouveau pacte d'autodéfense. En fait, elle évolue au gré des humeurs des leaders successifs du monde occidental et du repli remarqué de ces derniers sur des intérêts très particuliers.
À preuve, l'énorme difficulté qu'ont les chefs d'État à remodeler et à moderniser les objectifs stratégiques de cette organisation. La dernière fois qu'ils s'étaient penchés et entendus sur le sujet, c'était en 1999. Depuis lors, donc après le 11-Septembre, ils ont toujours remis cet exercice à plus tard même s'ils avaient promis, juré, que ce serait chose faite après la tenue du sommet de Bucarest. Cette énième défaillance a permis à des experts en choses militaires de qualifier ce sommet d'échec.
De fait, on ne sait toujours pas qui défend qui contre qui. Mais on sait mieux qui adhère à tel camp et qui est membre de tel autre. En clair, on constate qu'il y a, grosso modo, une division entre ce que Donald Rumsfeld appelait la «Vieille et la Nouvelle Europe». Cette ligne de fracture a été mise en relief avec plus de force qu'auparavant lors du débat entourant la Géorgie et l'Ukraine.
Depuis deux ou trois ans, ces ex-satellites de l'Union soviétique frappaient avec insistance à la porte de l'OTAN pour intégrer ce club, évidemment. Comme allié dans leur démarche, ils avaient le plus puissant d'entre eux: les États-Unis. Il va sans dire qu'à Bucarest, le président Bush a milité avec fermeté pour que ces deux nations se greffent aux autres. Dans cette histoire, Bush pouvait compter sur le soutien du Canada, du Royaume-Uni et de tous les pays du centre et de l'est de l'Europe qui avaient été dans le giron de Moscou.
Ce souhait, celui de Bush, a été contrarié par le duo franco-allemand, surtout allemand. C'est en effet la chancelière Angela Merkel qui est montée au créneau afin que l'Ukraine et la Géorgie ne soient pas admises. Elle et le président Sarkozy ont justifié leurs positions en invoquant l'instabilité politique qui a cours dans cette région du monde. Plus précisément, il n'a pas échappé à Merkel que plus de la moitié des Ukrainiens ne souhaitent pas intégrer l'OTAN. La Géorgie? Si elle avait été acceptée, cela aurait encouragé les indépendantistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, deux provinces de Géorgie où le sentiment pro-russe domine, à déployer davantage d'énergies offensives.
Dans l'attitude adoptée par l'Allemagne, il y avait également un calcul relevant, si l'on peut dire, de ce proverbe stipulant que «charité bien ordonnée commence par soi-même». On s'explique. Chaque fois que la Russie a usé de la distribution de gaz comme arme de chantage à l'égard de l'Ukraine et de la Géorgie, les Allemands, très captifs de cette source d'énergie, ont encaissé les contrecoups.
Du côté français, Sarkozy a indiqué partager le même point de vue que Merkel tout en travaillant à l'obtention de l'aval des États-Unis à la création d'une défense européenne hors de l'OTAN. Cet objectif en tête, il a donc proposé l'envoi d'un autre contingent en Afghanistan tout en prenant l'engagement que la France réintégrerait l'Alliance atlantique une fois sa présidence de l'Union européenne terminée. Soit à compter de janvier prochain.
On l'aura compris, les poids lourds de l'Europe ainsi que les États-Unis avaient abordé ce sommet en accordant la préséance à des buts nationaux plutôt qu'aux autres. À ce propos, rien n'est plus révélateur de cet état d'esprit que le projet de défense européenne. Les Allemands et les Français, sans oublier les Belges et les Italiens, en rêvent depuis plusieurs années. Bush n'ayant formulé aucune objection, il va sans dire que ces nations vont s'employer à aller de l'avant. À terme, il est probable que cela finisse par embrouiller la raison stratégique de l'OTAN. D'autant, on le répète, que l'actualisation de cette dernière a été remise encore une fois aux calendes grecques.


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